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Eric Lagesse l?envie de cinéma
Le rendez-vous a failli ne pas avoir lieu. Problème d?emploi du temps. Eric Lagesse sourit, vous serre la main, d?une poignée de main ferme et sincère. On est à Grand-Baie. Un morceau de son histoire personnelle : il y a passé son enfance. Des années se sont écoulées. Il contemple ce coin de Maurice si prisé par les visiteurs, avec le même regard. Il retrouve son pays de c?ur pour un nouveau projet de cinéma : Bénarès. Un « film d?auteur que j?ai envie de défendre, face à des blockbusters genre Matrix.»
Eric Lagesse est directeur de Pyramide et de Flach Pyramide International, dans l?ordre et dans le désordre. C?est une «petite société de production et de distribution indépendante» en France. Indépendant, comme celui qui la dirige depuis dix ans. Partagé entre le souci financier et les qualités artistiques d?un film, Eric Lagesse choisit toujours de faire confiance à son flair. En écoutant la voix de son c?ur, il rate rarement sa cible.
Complètement mordu de cinéma depuis qu?enfant, il a vu Il était une fois dans l?Ouest de Sergio Leone, Eric Lagesse a bifurqué de son parcours d?homme de lettres, pour se consacrer au cinéma. Il aurait certes pu être grand reporter ou professeur de lettres, mais c?était trop classique et trop prévisible comme parcours. Il ne raconte pas sa vie. Il la réserve à ses filles et à son épouse, qu?il retrouve chaque soir, après une journée ponctuée de coups de fil, de rendez-vous avec des clients, des réalisateurs et de films à visionner. Il aurait pu s?intéresser aux grosses productions françaises ou étrangères. A la place, il choisit de défendre bec et ongles, «les jolis premiers films» et «les films d?auteur», parce que «c?est le goût des uns et des autres».
Sa discrétion se mue en emballement, dès qu?il évoque son métier. Trop simple pour se perdre dans des phrases boursouflées, il reste humble. «Mon travail consiste principalement à dire si Pyramide peut risquer de l?argent sur un film. Il faut surtout se demander si ce film va trouver un public.» A force de forger, Eric Lagesse s?est taillé une solide réputation de négociant depuis qu?il a vendu les droits des films de Catherine Breillat et des petits films japonais.
Pot de terre contre pot de fer
Son dernier coup d?éclat remonte au mois de septembre dernier avec Les Invasions Barbares de Denys Arcand, Prix du scénario et Prix de la Meilleure interprétation féminine à Cannes. «A Pyramide, nous avons une envie commune. Celle de défendre des films dans lesquels nous croyons, dans un marché submergé de films commerciaux. » C?est un peu le combat du pot de terre contre le pot de fer, mais c?est une compétition saine avec laquelle il faut compter.
Mais Eric Lagesse a la peau dure. Ce créatif qui se dit «artisan», a fait sortir le premier film de Jim Jarmush, sans parler d?autres films pour lesquels il a eu la main heureuse. «Le fait d?être cinéphile fait que je jauge un film sur son aspect artistique plutôt que sur une base commerciale. Je ne me vois pas uniquement comme un commercial.» L??il attentif, il lit et relit les scripts des films qu?on lui demande de défendre. « Il me faut trouver des niches pour des films qui n?ont pas forcément valeur de film commercial.» A force de conviction et de persévérance, Eric Lagesse parvient à susciter envie et intérêt chez les cinéphiles.
Après avoir appris le cinéma, son économie et ses leçons à Mainline Pictures, à Londres, Eric Lagesse a vite pris du gallon. Un heureux concours de circonstances a voulu que les directrices de Mainline Pictures et de Pyramide, lui aient proposé « d?assurer les ventes » de ce qui est devenu Flach Pyramide International. Aujourd?hui, Eric Lagesse est un homme totalement épanoui dans son métier. « C?est un métier à risque mais c?est un métier passionnant,» dit-il, ses magnifiques yeux verts pétillant tout à coup de plaisir.
Rentré de festivals internationaux, cet acharné de travail, « au rythme de vie un peu fou,» a sacrifié ses vacances de Noël qu?il passe en terre natale depuis toujours, pour jauger, le cheminement de Bénarès, en plein tournage sur les routes mauriciennes. Ce qui le tient à c?ur pour le moment, c?est de « pousser» un maximum le film de Barlen Pyamootoo, mais aussi de retrouver sa nationalité mauricienne qu?il a «oublié de revendiquer à dix-huit ans».
Après avoir goûté au plaisir de revoir les siens pendant une trop courte semaine, Eric Lagesse va retrouver la frénésie parisienne. «J?ai la chance de pouvoir échapper souvent à Paris.» Entre deux aéroports, deux festivals et la quinzaine de films qui attendent son coup de pouce, Eric Lagesse n?oublie pas de rester zen. C?est le secret de son succès.
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