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Plaidoyer pour la philosophie

23 novembre 2003, 20:00

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?LE SOUCI de léguer à nos enfants les fondements pour une société à venir où le verbe ?raisonner? ne sera pas une utopie m?empresse, Monsieur le Ministre, de soutenir votre honorable sens du patriotisme et partager votre devoir qui est aussi le mien comme celui de tous les Mauriciens. A l?aube de ce vingt-et-unième siècle, personne n?est sans savoir qu?une société sans sagesse est une société condamnée à s?autodétruire (pas tout à fait au sens physique, mais pas étonnant qu?elle le fasse). La société dans laquelle nous évoluons actuellement court inévitablement un risque similaire. Puis-je me permettre, pour marquer la journée mondiale de la philosophie, de rappeler à Monsieur le Ministre, qui j?en suis fort convaincu ne l?ignore pas, que la philosophie est cet art de vivre qui rapproche l?homme de la sagesse, en lui permettant de considérer chaque événement avec sérénité et de voir le bon côté de chaque chose ? Mais voilà, notre système éducatif prive nos jeunes esprits de l?exercice de la raison : la philosophie n?est pas enseignée dans nos collèges !

Notre système éducatif, qui n?arrête pourtant pas de progresser ces dernières années, fait parfois preuve de manquement au besoin intellectuel de la génération montante. Il tend à négliger le fait que nos étudiants adolescents sont parvenus au seuil de la vie d?adulte et qu?ils ont atteint ce que la grande majorité des psychologues du monde appellent ?l?âge philosophique?. C?est l?âge où ces jeunes gens nourrissent le besoin de la réflexion critique qui les pousse, bien malgré eux, à remettre en question les significations de chaque chose liée à leur vie et avenir. Chaque donnée sur le sens de leur propre existence leur apparaît comme imposée par les adultes. Leur avenir, dont ils commencent seulement à prendre conscience du sens, leur est révélé tout tracé. Il n?est donc pas étonnant, puisque la nature humaine même est faite ainsi, que la juvéni-lité de leur esprit les pousse à vouloir renouveler ces valeurs établies et partir à zéro. Il est de notre devoir, nous en tant qu?adultes responsables, de les aider dans leur démarche. Cela ne se fera point sans une revalorisation préalable de notre structure éducative.

Monsieur le Ministre, votre sens des valeurs, tel qu?il est réputé, m?autorise à croire que votre politique de gestion condamne fortement tout système qui cautionne le maintien des structures dépassées. Et il n?est pas nécessaire, ici, d?une quelconque ?philosophie? pour démontrer que notre système d?éducation, qui construit l?infrastructure qui a pour charge de conduire nos jeunes à l?âge de raison, est lui-même dépourvu de raison par le simple fait qu?il ne s?occupe pas de leur apprendre à penser de manière raisonnable. Des pays comme la France et l?Allemagne ne se trompent pas en proposant la philosophie aux étudiants qui sont en fin de cycle secondaire. L?objectif consiste à leur donner un support pour encourager l?exercice de leur esprit critique et le rendre authentique. La philosophie comme matière est un moyen d?emmener les jeunes esprits à l?art de la réflexion. Elle inaugure une aventure spirituelle qui entraîne ces jeunes à s?opposer au dogmatisme, au fanatisme et à l?intolérance. Enfin, elle privilégie la liberté de l?esprit, libère de la tyrannie intellectuelle et participe à la formation d?une meilleure société.

La philosophie doit être proposée à la bonne période d?âge, qui est celle de l?adolescence. Dans le cadre de cette journée mondiale de la philosophie, une réflexion dans cette optique s?impose. Quel que soit le domaine qui nous intéresse, nous sommes toujours amenés à le dépasser pour réfléchir sur les lois de la pensée et approfondir sa signification. Il existe bien une philosophie du droit, de l?art, des sciences, entre autres. Sans doute, est-ce parce qu?il n?a pas encore atteint un niveau de réflexion philosophique, c?est-à-dire qu?il n?existe pas de ?philosophie de l?éducation?, que notre système éducatif néglige cette discipline dans son programme ? Platon disait que la philosophie est l?ultime recours quand on a épuisé tous les autres chemins. Alors, au risque de paraphraser Aristote, je me permets d?en faire usage pour élever le sujet à sa juste valeur en suggérant que s?il faut philosopher, philosophons; s?il ne le faut pas, alors il faut encore philosopher pour démontrer qu?il ne le faut pas. Mais dans tous les cas, il faudra toujours philosopher. Monsieur le Ministre, à quand la philosophie dans notre programme scolaire ??


Conférence

?Philosophie et croyances?

  • Le discours de Christophe Vallée, mercredi dernier au Centre Charles Baudelaire, est venu nous rappeler que les croyances ne sont pas étrangères à la philosophie. Il existe un rapport entre les deux par le fait même que les croyances sont un phénomène qui soulève l?interrogation philosophique. Croire, c?est avant tout adhérer. Mais, qu?est-ce qui fait que l?homme adhère à quelque chose ? L?objectif de la philosophie, a précisé notre conférencier, consiste alors à donner un sens à ce ?phénomène? d?adhésion. En ce sens, les croyances ne s?opposent pas à la philosophie. Au contraire, elles cherchent des explications à la raison qu?elles foisonnent.

Mais, c?est justement là que se trouve toute la difficulté : les croyances ne se laissent pas expliquer. Elles ne maintiennent pas de rapport avec la rationalité parce qu?elles sont injustifiables. Croire est un effet sans cause. Qu?est-ce qui fait, par exemple, que demain il fera jour? Rien ne garantit qu?il fera jour demain. On ne saurait l?expliquer sans faire appel à l?expérience. Il fera certainement jour demain parce qu?il a fait jour les autres jours précédents. Les croyances supposent ainsi une expérience.

Si les croyances supposent des objets dans lequels l?homme investit sa foi, elles nécessitent parfois la présence d?autrui pour qu?elles soient concrètes. On ne peut faire confiance à quelqu?un qu?en sa présence. Ici, la croyance suppose l?intersubjectivité. Faire confiance à, c?est donner son sentiment librement. La croyance est ici un acte gratuit, un acte d?esprit, un acte de foi. Elle vient de l?intérieur. Elle est une adhésion qui vient du c?ur. Et elle peut aussi faire que l?homme aille au-delà de lui-même pour atteindre un degré supérieur de ses actes. Elle se fait alors valorisation; elle se fait acte moral.

Le mode de fonctionnement des croyances est celui de l?habitude. C?est le mécanisme de toutes les croyances. On croit par habitude, par coutume. Il y a un phénomène d?accoutumance. La régularité vient comme fondement de la croyance. Ainsi une adhésion qui vient du c?ur est une coutume intériorisée.

En somme, la philosophie est la représentation de ces croyances. Elle a pour rôle de les analyser. Pour le faire, très souvent elle a recours au mythe. C?est ce qui donne un sens à ce qui n?est pas démontrable. Le propre de la philosophie est donc de faire que les croyances ne tombent pas dans l?illusion.

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