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« Qui a peur de Cehl Meeah ? »
La justice va-t-elle mal à Maurice ?
Il a des personnes qui veulent faire croire qu?il y a une tempête sur la justice. Mais je ne le crois pas car les bases inscrites de notre justice sont bonnes. Il s?agit d?une question d?application. Il y a plusieurs points de vue. Il existe plutôt une justice à deux vitesses. L?une pour les gens qui sont relâchés sous caution rapidement et l?autre pour les personnes qui ont des difficultés à obtenir une caution, qui viennent en cour menottes aux poignets et que l?on appelle par leur nom sans leur dire monsieur.
Notre judiciaire est-il dans une phase de transition ?
Non, il stagne. Pour le pénal, le personnel qui sert le DPP doit être choisi par lui sans ingérence. Ceux qui servent l?Attorney General doivent aussi être nommés par lui seul. Chacun doit être séparé et totalement indépendant avec un budget conséquent qu?il gère seul. Le ministre de la Justice doit pouvoir répondre de son administration, sinon il n?est qu?une ombre.
Le gouvernement annonce une révision des pouvoirs du Directeur des poursuites publiques (DPP). Cette décision est-elle justifiée ?
On ne devrait pas revoir les pouvoirs du DPP. Il doit être serein et seul à prendre ses décisions. Je ne pense pas qu?il faut qu?il y ait une collégialité ou plusieurs personnes qui se mettent à la tâche. La loi est claire, c?est le DPP qui est le seul maître de ses décisions. Il peut avoir des collaborateurs, il prend en considération ce qu?ils ont à dire, mais c?est lui qui décide. Qu?est-ce qui a changé pour qu?on doive changer les pouvoirs du DPP ? Ce n?est pas la première affaire que le DPP annule. Cela a été le cas contre Bérenger, Gaëtan Duval ou Vinod Bacha. Pourquoi lui faudrait-il rendre des comptes et à qui ?
On évoque des modèles étrangers comme l?Inde, l?Australie ou le Canada, dont on pourrait s?inspirer?
Ce n?est pas nécessaire. En Angleterre, on ne demande pas au DPP de motiver sa décision de ne pas poursuivre un prévenu. Sauf dans des cas exceptionnels. Mais je ne vois pas ce qu?il y a d?exceptionnel dans l?affaire Meeah. En droit, c?est une affaire simple et claire. En matière politique et d?émotion, c?est différent. Mais le DPP n?est pas une personne mue par les émotions. Il doit juger s?il y a des chances raisonnables pour que la poursuite prouve la culpabilité du prévenu et s?il y a un intérêt public à le poursuivre. Il ne peut pas être sujet aux pressions. Son indépendance est l?un des piliers de la démocratie.
Est-on en train d?infliger une punition au DPP quand on parle de revoir ses pouvoirs ?
On est en train de le menacer. La presse a même dit qu?on comptait référer l?affaire à la Judicial and Legal Services Commission. Mais où va-t-on ? C?est un pas vers la dictature. Une telle institution ne peut pas être sujette aux caprices des gouvernants. Ils ont guillotiné l?Economic Crime Office, maintenant c?est au tour du DPP.
Vous étiez le Leading Counsel de Meeah lors de l?enquête préliminaire. Qu?avez-vous éprouvé à sa libération ?
J?ai été content pour lui et satisfait de voir ma plaidoirie couronnée de succès. Un avocat n?est pas là pour juger son client. Mon contrat, c?était de le défendre dans l?affaire de la rue Gorah-Issac en y mettant un terme afin qu?il ne soit pas déféré aux assises. Il n?a pas été déféré, j?ai atteint mon objectif. J?ai détruit le témoignage de Hateem Oozeer en contre-interrogatoire. Pour les autres questions, je n?en sais rien, je ne connais pas les dossiers. Je présume que le dossier du DPP reposait sur la seule parole de Hateem Oozeer. Mais en cours de témoignage je l?ai démoli. Son témoignage n?étant pas bon pour une affaire, n?a pas tenu pour les autres.
La déclaration du DPP selon laquelle il avait pris sa décision en fonction de la loi et en son âme et conscience a prêté à controverse. Qu?en pensez-vous ?M
Je ne vois pas de contradiction dans ce qu?il a dit. En fonction de la loi veut dire qu?il doit exercer son jugement en son âme et conscience. Ce n?est que de la sémantique quand Gayan et Collendavelloo disent que cela se rapproche de l?intime conviction concernant le juré. Mais ils ont tort, le DPP est tenu de prendre en considération ce qu?un juré potentiel penserait en son âme et conscience.
Vu la dimension émotionnelle et politique qu?a prise l?affaire Meeah, auriez-vous souhaité que le DPP motive sa décision d?annuler les charges retenues ?
La décision en droit est simple mais on en a fait quelque chose d?exceptionnel. Je ne vois pas pourquoi tout à coup, il y a ce drame. Qui a peur de Cehl Meeah ?
Vous vous êtes retiré de cette affaire après l?enquête préliminaire. Pourquoi ? On a parlé d?incompatibilité entre vous et votre client?
Mon contrat était pour l?affaire de la rue Gorah-Issac et c?est tout. Il y avait d?autres avocats qui sont arrivés et qui avaient une opinion différente de la mienne sur la manière de procéder pour les autres affaires. Et quand on n?est pas d?accord, on se retire. Quand je menais l?affaire j?étais content, tout allait selon ce que je décidais. Ils ont alors décidé de faire venir un Anglais et je me suis rendu compte que je n?avais pas le même tempérament que lui.
Quelle est la portée politique de la libération de Cehl Meeah ?
On doit se demander quel rôle on cherche à lui donner. Je pense qu?il cherche un rôle. C?est normal, il a été enfermé, il a un capital de sympathie. Il dit qu?il a mûri, qu?il n?est pas une menace. Sur la portée de sa libération, je pense que pour la partielle du n° 7, cela n?a pas fait de bien pour l?alliance gouvernementale après que Bérenger l?a reçu. Il y a une certaine partie de la population qui est contente et d?autres qui sont étonnés. Il faut savoir gérer cela et Bérenger n?a pas su le faire.
Recevoir Cehl Meeah a été une erreur selon vous ?
Bérenger n?a fait que des faux pas depuis qu?il est Premier ministre. Il a eu tort de faire subir à Pravind Jugnauth cette humiliation publique. Il veut récupérer l?électorat musulman à tout prix. Il reçoit Cehl Meeah, il fait des déclarations à Taher Bagh contre Israël. Il veut réinstaurer la Muslim Personal Law. Il est en train de flirter. Son but, ce sont les élections municipales qui approchent. Il ne veut pas perdre Port-Louis. Il faut bien qu?il séduise l?électorat musulman. Mais il y a l?autre partie du gouvernement qui craint de se mettre à dos une partie de la population.
Paul Bérenger annonce qu?il n?y aura pas de rapprochement entre Meeah et le MMM. Mais est-ce qu?une collaboration avec Meeah ou le Hizbullah intéresse l?alliance sociale ?
Nous n?avons pas de projet d?alliance avec le Hizbullah. J?ai paru pour Cehl Meeah en tant qu?avocat, mais je ne me suis pas du tout engagé dans son action politique. L?alliance sociale n?a jamais dit quoi que ce soit pour laisser croire que nous nous engageons en faveur du Hizbullah. C?est le MMM qui a fait cela, d?où sa bagarre avec le MSM. Ils sont à couteaux tirés maintenant.
Pour en revenir à la campagne électorale. On ne voit pas trop le PMXD sur le terrain?
Il est clair que dans la circonscription n° 7, c?est un électorat traditionnellement travailliste. C?est pourquoi le candidat choisi est un travailliste. Mais le PMXD donne un coup de main. Nous avons, par exemple, une réunion prévue à Pointe-des-Lascars.
L?alliance sociale semble avoir réussi le test du rassemblement vendredi dernier. Comment jugez-vous la situation ?
Elle est très bonne pour l?alliance sociale. Mais une course n?est gagnée qu?au but. Je suis sûr que nous allons remporter une victoire très confortable. Le changement de candidat n?a pas arrangé les choses. Cela montre qu?il y a probablement une guerre entre les partenaires. Et j?ai l?impression que la guerre qui couve va éclater ouvertement après les élections.
« On ne doit pas revoir les pouvoirs du DPP. L?affaire en droit est simple, mais on en a fait quelque chose d?exceptionnel. Je ne vois pas pourquoi tout à coup il y a ce drame. »
Propos recueillis par Rabin BHUJUN
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