Publicité

Le fer envahit de plus en plus le terrain

16 novembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le fer est grand rival du roc pour la solidité. Il le supplante même quand il s?agit de locutions. L?on aime à dire, par exemple, croire dur comme fer, main de fer, santé de fer, ou discipline de fer. De plus, le métal s?associe à la chance, par exemple celle apportée par le fer à cheval. A condition qu?il ne soit pas encore attaché au sabot lors d?une ruade.

Le métal s?érigea en dominateur quand l?âge de fer supplanta l?âge de pierre. Il demanda beaucoup plus de savoir-faire que la pierre pour exploiter au mieux ses possibilités. Son emploi ne s?est généralisé qu?après celui d?autres métaux comme le cuivre bien qu?il soit très commun dans la nature. C?est parce qu?il se terre efficacement dans un mariage avec l?oxygène. L?union est si ferme que la procédure de divorce est ardue.

Mais le hasard intervint pour inspirer le moyen de séparer le métal de son associé. Les premiers métallurgistes acquirent certainement beaucoup de prestige et furent peut-être vus comme magiciens inféodés au Malin.

Aujourd?hui encore dans plusieurs communautés des spécialistes qui savent extraire le fer et le travailler, jouissent d?une estime teintée de respect. Même dans des groupes avancés on peut être fasciné par l?art du forgeron. Longfellow lui a consacré un poème débutant ainsi :

Under a spreading chestnut-tree

The village smithy stands ;

The smith, a mighty man is he

With large and sinewy hands.

Le mot forgeron toutefois ne date que du XVIe, ainsi que ferronnier ou marchand de fer. Il nous fait penser à la belle Ferronnière qui eut comme épitaphe :

?Ci-gît la belle Ferronnière

Dont les dangereuses faveurs

Par les soins d?un jaloux qu?aveuglaient ses faveurs

Ont d?un galant monarque abrégé la carrière.?

Le vainqueur de Marignan a dû murmurer : ?Souvent femme avarie?.

Pour les alchimistes, le fer était associé au symbole du mâle qui désignait aussi Mars devenu avec le temps dieu guerrier. On n?est donc pas étonné de voir en littérature plus d?allusions aux batailles qu?aux labours.

Le métal fut mis à l?honneur par les Hitties, peuple guerrier d?Asie Mineure, il y a environ 4000 ans. Des armes de ce métal contribuèrent probablement à leurs conquêtes.

Souplesse et résistance

Avec le temps, le fer envahit de plus en plus le terrain et les bonnes lames étaient parfois connues par un nom : Excalibur du légendaire roi Arthur, seul homme à pouvoir l?extraire d?une roche. Par ailleurs, l?épée de sacre des rois de France, dite Joyeuse, est surtout associée à Charlemagne. La légende apporte aussi à l?empereur l?aide du preux Roland armé de sa Durandal. Hélas, il essaya en vain à Roncevaux de briser cette épée pour lui éviter de tomber aux mains de l?ennemi. Et à côté de lui se battait le paladin Olivier dont l?épée s?appelait Haute Clère.

La réputation des épées, forgée avec le temps, devait beaucoup au talent des armuriers bien avant le conseil de Boileau. Ces artisans remettaient maintes fois sur le métier ou plutôt sur l?enclume le fer à travailler. Ils le battaient, le repliaient, le rebattaient jusqu?à obtenir une arme composée de nombreux feuillets qui lui assuraient souplesse et résistance.

Une autre amélioration, probablement accidentelle, fut la trempe. On imagine un tyran plongeant un glaive brûlant dans la poitrine d?un chef ennemi. Un usage subséquent lui montra une lame plus efficace, ayant acquis, disons, meilleure trempe. Après les sacrifices de plusieurs victimes naquit l?idée que ce n?était pas le sang de l?ennemi qui conférait la nouvelle magie, mais le refroidissement brutal du métal. Et l?on finit par apprendre que plonger l?arme brûlante dans un liquide froid n?était pas un coup d?épée dans l?eau.

Les discours sur le fer recouvrent généralement plusieurs formes du métal associées à divers éléments dont le carbone. Ce grand Noir s?utilise pour le divorce d?avec l?oxygène et peut prendre une partie de la place abandonnée. Le résultat est un alliage dit fonte, quand le pourcentage de carbone tourne autour de quatre. Cette fonte doit être fondue et coulée dans un moule. L?anglais cast iron révèle la même nécessité. La fonte fait des statues et de plus conduit bien la chaleur. D?où les poêles aussi bien que nos marmites et karail. La marmite, que l?on ne voit plus guère, a un ventre renflé et repose sur trois petites pattes. Au sommet elle porte deux oreilles, l?ensemble ayant inspiré la sirandann : guél dan guél sét pat kat zoreil réponse lisin manz dan marmit.

Les poêles font de bonnes omelettes et des crêpes qui n?attachent pas quand on s?en sert convenablement. La fonte contribue aussi à des chaudières et des poêles (au masculin) mais son fleuron fut, à la fin du XVIIIe, la construction d?un pont sur la rivière Severn en Angleterre. Il est maintenant réservé aux piétons et classé monument historique.

Claude MICHEL

Publicité