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L?esprit de revue
La réincarnation de ?L?Essor? en ?Nouvel Essor? et le lancement du dernier volume de la ?Collection Maurice? nous rappellent qu?il existe un ?esprit? de revue qu?on a trop souvent tendance à oublier. Cet ?esprit? se définit avant tout par l?expression stylistique de son contenu. Ce qui suppose l?importance du choix des auteurs. Mais toute revue a par ailleurs une fonction expérimentale qui consiste à aider les jeunes apprentis écrivains à intégrer la République des Lettres. Elle se fait alors expression de nouveaux ?talents?. Cependant, à cause de leur nature incertaine, ces ?talents en herbe?, confèrent en retour à ce même support qui est responsable de leur venue au monde, sa fragilité. N?oublions pas que toute littérature à venir doit sa forme à l?incertitude qui la caractérise dans l?immédiat. Elle s?inscrit d?emblée dans le domaine de l?improbable avec le risque d?un ?avenir? bien défini. Souvenons-nous de tous ces débutants, certains mêmes couronnés, tombés dans l?oubli, disparus de la scène littéraire comme par enchantement.
A l?inverse, il est indéniable que le passage par la revue constitue une étape essentielle dans la carrière de nombreux écrivains. Ils sont plusieurs à avoir eu, suivant les époques et les écoles, une expérience revuiste : Balzac, Apollinaire, Léautaud, Gide, Bataille, Paulhan, Breton, entre autres. Certains ne seraient certainement pas devenus ce qu?ils sont sans l?existence de ces revues. Aujourd?hui, leur gloire vient récompenser l?initiative de toutes ces publications mensuelles ou autres qui ont osé prendre le risque. Cependant, il ne va pas sans dire que, ce faisant, c?est leur propre crédibilité que ces dernières jouent sur table. En prenant le risque d?introduire des talents en herbe, un ouvrage collectif prend également le risque de publier n?importe quoi et n?importe qui. Car, ?talent en herbe? n?est pas talent confirmé.
Ce qu?une revue ou autre ouvrage collectif publie aujourd?hui peut se révéler demain autre chose qu?un objet littéraire. Nul ne sait quels sont ces critères qui surgiront demain pour juger l?initiative d?aujourd?hui. Certaines mauvaises langues pourraient reprocher à une publication sa qualité à cause d?un choix apparemment peu judicieux. D?autres y verraient un manque de discernement. Mais la plate-forme littéraire mauricienne est en nette progression même si elle n?a pas la réputation d?un univers aux portes béantes prêtes à accueillir n?importe qui. C?est vrai qu?on ne devient pas écrivain pour avoir lié des unités linguistiques douées de sens, selon les règles grammaticales, et pour avoir en douceur pondu une anecdote. On n?entre pas dans la littérature comme dans un moulin. Mais le pari entrepris par le ?Nouvel Essor? et la ?Collection Maurice? pour donner la chance aux nouveaux talents est louable.
Le risque des réactions indésirables à venir ne doit pas constituer un obstacle à la production littéraire d?aujourd?hui. Tout ouvrage collectif, par essence, reste quelque part une étape intermédiaire de l?activité littéraire. En ouvrant un espace aux ?talents en herbe?, il se constitue comme production littéraire qui se veut être l?affirmation d?une nouvelle génération d?écrivains. Son mérite se trouve dans l?acceptation de cet ?esprit? et dans la conscience d?une initiative qui peut se révéler demain une utopie d?aujourd?hui.
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