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L?opposition a le vent en poupe

15 novembre 2003, 20:00

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L?opposition a pris de l?avance sur le gouvernement. Telle est la photographie de la mobilisation à 35 jours de l?élection partielle. Au n° 7, on parle de trois facteurs qui expliquent la perte de terrain du MSM-MMM : le départ précipité de Prakash Hurry, la rencontre Cehl Meeah-Paul Bérenger et l?entrée ratée de Dayal pour son premier meeting.

Même si les dirigeants de l?alliance MSM-MMM ne l?admettent pas, force est de constater que les deux meetings de vendredi, dans les deux plus importants villages du n° 7, constituaient un test, une indication de la capacité mobilisatrice des deux principaux blocs politiques.

Et les résultats sont les suivants. A Piton, il y avait un peu plus de 1 000 personnes venues écouter Paul Bérenger, Pravind Jugnauth et autres dirigeants de l?alliance au pouvoir. A Rivière-du-Rempart, ils étaient au moins 3 500 les partisans de l?opposition. Outre le combat des foules, l?équipe de Navin Ramgoolam a également remporté celui de l?ambiance : les drapeaux rouges s?agitaient avec beaucoup plus de frénésie que ceux en mauve et blanc.

Dans les deux camps, chacun dissémine sa lecture des deux meetings par conférences de presse interposées. Le MSM-MMM parle de leur rassemblement comme étant un « meeting de circonscription» et qualifie celui de l?opposition de «meeting national». Selon Rajesh Bhagwan, l?un des responsables de la campagne, «les travaillistes ont importé des gens des quatre coins de l?île». Au Square Guy Rozemont, la mine est visiblement plus réjouie, le ton plus enjoué. Les travaillistes parlent allégrement d?une foule de «7 000 personnes». Ce qui est largement exagéré, mais toujours est-il que l?alliance sociale a rassemblé au moins trois fois plus de partisans que l?alliance au pouvoir. Satisfaction donc légitime.

Depuis ces deux dernières semaines, le MSM-MMM semble être en difficulté dans plusieurs localités du n° 7, alors que les travaillistes maintiennent le tempo depuis la désignation de leur candidat Rajesh Jeetah. Si le Campaign Manager du gouvernement, Pravind Jugnauth, évoque une « période d?adaptation déjà passée » et d?une « vague mauve et blanc qui monte », par contre ils sont nombreux les partisans MSM-MMM à confier leur « désarroi face à certains signaux qui sont mal perçus ».

Il y a eu tout d?abord le « désistement » du premier candidat, le Dr Prakash Hurry. Un flou entoure toujours ce départ précipité. Et les déclarations incohérentes du médecin n?apportent aucun éclairage. Des fois, le Dr Hurry affirme qu?il a choisi de prendre ses distances pour des raisons personnelles et professionnelles. Et d?autres fois, il laisse échapper qu?il a été contraint de démissionner, qu?on lui a présenté une lettre de démission qu?il a été forcé de signer. Pravind Jugnauth maintient que « le Dr Hurry lui a déclaré que ses propos ont été mal rapportés dans la presse et que bientôt il viendra donner un coup de main à ses amis du MSM-MMM. »

Hurry « gêné »

Interrogé par l?express-dimanche, l?ancien candidat MSM-MMM déclare qu?il « se repose pour l?heure auprès de sa famille » et concède qu?il a pu faire « certaines déclarations à chaud » alors qu?il était « aigri ».

S?il n?a pas voulu revenir sur tout ce qu?on raconte sur son départ précipité, en revanche, il n?a pas caché sa gêne face aux nombreuses questions qu?on se pose sur lui.

Mais un fait est notable : depuis que Prakash Maunthrooa a été désigné pour le remplacer, le Dr Hurry n?a été vu à aucune manifestation MSM-MMM...

Si le départ de Hurry, quelles que soient les véritables raisons, a cassé l?élan de la campagne du gouvernement, décourageant plus d?un dirigeant et activiste qui avaient vendu le « bon docteur, candidat de proximité» dans tout Piton-Rivière-du-Rempart, l?opposition a, elle, saisi cette aubaine inattendue pour intensifier sa campagne. Pour elle, le Dr Hurry n?est qu?une « victime de la machinerie MMM qui a préféré imposer un des siens au MSM ».

Dès lors, la campagne de l?opposition porte sur le remplaçant de Hurry, l?ancien directeur du port, Prakash Maunthrooa, décrit comme étant « l?homme de Bérenger ».

A grands coups de communication, le MSM-MMM fait tout pour neutraliser cette campagne. Paul Bérenger et Pravind Jugnauth martèlent à chaque réunion, à chaque conférence de presse, que « Maunthrooa est un candidat du MSM choisi par le MSM ».

Derrière le candidat Maunthrooa, Navin Ramgoolam et ses pairs de l?opposition visent directement Paul Bérenger. Pravind Jugnauth, lui, est quasiment absent de leurs attaques, pourtant c?est lui qui mène la campagne au nom du gouvernement. « La partielle du n° 7 est une joute entre Bérenger et moi », se plaît à dire Navin Ramgoolam. Pravind Jugnauth, sur la défensive, affirme, lui, que c?est un duel entre « Navin Ramgoolam et moi », sauf que son adversaire ne veut pas de lui...

« L?opposition mène une campagne communale contre la personne de Paul Bérenger et nous condamnons cela. N?importe quel Mauricien peut être Premier ministre », s?élève Rajesh Bhagwan. «Mais nous n?avons rien contre sa personne, nous critiquons sa politique, le développement à deux vitesses qu?il instaure », réplique le travailliste Arvin Boolell.

Le PTr en fait a choisi d?être subtile dans sa campagne contre Paul Bérenger, essayant de l?atteindre par subterfuges, par exemple en évoquant sa « proximité » avec le secteur privé ou le grand capital.

Mais ces cartouches-là, l?opposition peut les ranger. Cette semaine, sur un plateau, Paul Bérenger lui a offert de quoi alimenter sa campagne jusqu?à la partielle : l?affaire Meeah.

« Nous faisons tout pour désamorcer cette bombe. Cette affaire a choqué nos partisans », confie un agent MSM-MMM très connu à Rivière-du-Rempart. Celui-ci, natif de la région, fait ressortir que certains « signaux », comme la visite accordée à Meeah, sont très mal perçus, puisqu?ils sont amplifiés en temps de campagne électorale par les adversaires. « Il a fallu demander aux dirigeants de l?alliance de rectifier le tir pour ne pas provoquer une démobilisation», ajoute notre interlocuteur.

En attendant... Meeah

Pourtant Paul Bérenger pensait bien faire sur le plan politique en recevant illico presto Cehl Meeah à son bureau. Son service de presse avait même convié, à un certain moment, les photographes pour couvrir la rencontre. Mais à la dernière minute cette idée a été abandonnée ... Outre le tête-à-tête avec l?adversaire d?hier, la phrase de Paul Bérenger selon laquelle il a été « agréablement surpris » n?a pas manqué de surprendre plus d?un ministre au MSM et ceux-ci n?ont pas caché leur embarras pour expliquer les propos du Premier ministre aux partisans de l?alliance lors des réunions et autres congrès nocturnes.

C?est donc en quatrième vitesse que Pravind Jugnauth et Rajesh Bhagwan ont dû mettre fin aux spéculations d?un éventuel rapprochement du Hizbullah de Cehl Meeah avec le MSM-MMM : « Nous n?avons rien à voir avec un tel individu. Pas Bérenger ki fine faire largue li, mais DPP...»

Volte-face pour Paul Bérenger. Au meeting de vendredi, il a insisté qu?il n?a abordé que le dossier des prisons et « qu?en attendant il n?est pas question d?un rapprochement avec le Hizbullah ». Au lieu de clarifier la situation, le terme « en attendant » a jeté un certain trouble parmi plus d?un au MSM-MMM : en attendant quoi ? Bérenger, dans sa logique, veut-il, encore une fois, jouer sur deux tableaux ?

Mais la balle Meeah était déjà partie et l?opposition l?a saisie au bond. Juxtaposant la libération du leader du Hizbullah, sa visite chez Paul Bérenger et son accolade avec le lord-maire avec la récente interpellation de l?ancien ministre MSM Mookeshwar Choonee, l?opposition a trouvé un argumentaire fertile sur le terrain du n° 7. « Alors coume sa Choonee gagne menottes, ek Meeah gagne visite dans Trésor. Ou trouve sa correk ou ? », demande l?opposition à l?électorat...

Le MSM-MMM a tenté de retourner l?affaire Meeah contre l?opposition : « C?est le PTr qui est proche du Hizbullah. Ils avaient conclu un accord électoral lors des municipales...» Mais Ramgoolam a une parade, qu?il utilise désormais à n?en plus finir : «Ou croire si mo ti proche are zot, banne-là ti pou rode assassine moi. A qui aurait profité le crime alors ?»

Jusqu?au 21 décembre, date du scrutin, les thèmes de campagne, les uns plus pernicieux que les autres, ne vont pas manquer. Et l?alliance sociale et l?alliance au pouvoir ne vont se faire aucun cadeau. Mais dans cette joute électorale, le gouvernement se retrouve avec un autre sérieux désavantage, qui s?est confirmé mercredi à Rivière-du-Rempart. Le candidat Raj Dayal n?a réuni qu?une centaine de partisans pour son premier meeting. Une lutte à trois, avec un Raj Dayal rassembleur, aurait favorisé le gouvernement, puisque l?ancien commissaire de police aurait puisé dans le réservoir de votes des travaillistes. Manifestement tel n?est pas le cas...

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