Publicité

L?action

15 novembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?homme n?est pas un simple spectateur : devant les contradictions et les agitations du monde, il peut avoir la tentation de le juger avec une certaine indifférence et de se replier sur sa vie intérieure. Mais si la personne est singulière (chacune a sa propre singularité), la plus haute forme de vie personnelle n?est pas celle de l?exception. La vie quotidienne offre à chacun de nous l?occasion de s?affirmer : « L?homme véritablement extraordinaire est le véritable homme ordinaire », a dit Kierkegaard. L?avenir est un ensemble de possibilités concrètes, nous avons la responsabilité de choisir et de continuer notre effort vers la réalisation du but fixé. Notre être n?est jamais totalement accompli, nos actes nous déterminent et il faut un certain courage pour répondre à l?appel que nous sentons en nous, pour abandonner le domaine des virtualités pures. L?action permet une mise à l?épreuve de nos possibilités aussi bien que de nos convictions. Elle est la pierre de touche de notre sincérité. Nous faisons partie de la nature, mais nous pouvons prendre, vis-à-vis d?elle, un certain recul : « L?homme est un être naturel, mais un être naturel humain », disait Marx. Nous sommes soumis à de nombreux déterminismes qui nous lient concrètement, mais nous pouvons en prendre connaissance, travailler à nous en libérer, briser peu à peu nos servitudes. Il faut accepter notre condition d?être naturel, ce qui signifie ni la subir passivement, ni imposer à la nature une domination tyrannique et irréfléchie. Si l?activité pratique de l?homme a une valeur centrale, c?est qu?elle doit humaniser la nature, sans dégrader les choses ; nos rapports avec elle ne devraient pas être uniquement des rapports de forces, mais des rapports dialectiques. Ces rapports ne peuvent s?ajuster tout seuls : ils dépendent de nos choix personnels, sont compris par nos abandons et le chemin à parcourir est loin d?être terminé.

Or notre action, si elle est solitaire, ne pourrait être efficace. Chaque personne ne constitue pas un monde clos et indépendant. L??uvre des hommes est une ?uvre commune ; chacun est « dans le monde », participe à ses problèmes, à ses luttes. Notre existence est située mais aussi datée : nous vivons dans telle société et à un moment historique précis, et participer à cette destinée collective donne un sens plus large à notre vie. Les transformations de la société peuvent nous sembler inquiétantes, mais il n?est pas possible de rester à l?écart passivement. Cela ne signifie pas qu?il faille adhérer sans réflexion personnelle à n?importe quelle force historique organisée, mais il est utopique de s?enfermer dans un idéal rêvé et de refuser, en son nom, toute action concrète, même si l?avenir comporte un certain risque : il ne nous offre jamais de certitudes, mais des possibilités multiples.

Être, c?est s?affirmer et cette affirmation nécessite des refus, signes d?une plénitude exigeante.

De Christophe Vallée

Publicité