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« On veut bien accepter la différence mais sans faire l?effort de comprendre »
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« On veut bien accepter la différence mais sans faire l?effort de comprendre »
«La notion de tolérance peut s?appliquer à plusieurs domaines. On parle de tolérance zéro chez les policiers, de tolérance d?un médicament pour un patient, ou encore de tolérance de l?autre dans la vie sociale. Or, dans la société, cette notion est plutôt ambiguë car elle implique le respect de l?autre sans pour autant accepter sa différence. » C?est ainsi que le sociologue Ibrahim Koodoruth conçoit la tolérance telle qu?elle est vécue chaque jour à Maurice.
Il cite Martin Luther King qui disait qu?il faut apprendre à vivre comme des frères si l?on ne veut pas mourir comme des idiots.
Selon lui, la notion de tolérance peut nous faire avoir une vision simpliste du respect des droits de l?homme, sans pour autant mettre en valeur l?essence même des principes de ces droits. « La tolérance telle qu?elle est vécue de nos jours ne nous encourage pas à faire un pas vers l?autre. On accepte l?autre d?une manière superficielle, sans que le moindre effort ne soit entrepris pour comprendre l?autre. En pratiquant la tolérance, nous ne faisons pas la démarche qui consiste à nous interroger sur nos propres valeurs, les valeurs qui sont différentes des nôtres et à comprendre et à accepter la différence de l?autre », souligne-t-il en précisant que la tendance à Maurice serait de trop vouloir ramener la tolérance à une question de divergences ethniques et religieuses. Il faut en réalité essayer de la retrouver dans les écrits des éditorialistes, les propos et les attitudes à l?égard des collègues de travail, dans la perception des différentes races et communautés, des pratiques sexuelles que l?on approuve et celles que l?on n?approuve pas et enfin des habitudes, des comportements et des modes de vie des autres.
La peur de l?autre, le sentiment de méfiance et de rivalité, la méconnaissance de l?autre, les stéréotypes, les préjugés et les rumeurs qui sont véhiculés dans la société, le manque de maturité, de sagesse et d?humilité, le nombrilisme, le sentiment de détenir la vérité et l?absence de réflexion sur soi-même et le refus d?admettre la différence de l?autre sont autant de facteurs qui entravent le développement de la tolérance. « Depuis les événements du 11 septembre, par exemple, toute personne qui porte une tenue vestimentaire particulière devient automatiquement un suspect. Mais on peut encore espérer que ces attitudes pourraient changer un jour grâce à l?éducation civique, le développement de l?esprit critique, des dialogues et échanges entre ceux qui ne partagent pas les mêmes valeurs. Il faut favoriser la rencontre des hommes et des idées pour promouvoir la compréhension de l?autre », propose le sociologue comme solution à court terme. Cette éducation sociale que préconise Ibrahim Koodoruth doit être l?affaire de tous : des parents, des membres de la famille, des responsables du système éducatif, des enseignants, des médias, des ONG ainsi que des chefs religieux. « L?homme est au centre de ses actions. C?est lui qui crée le paradis et c?est lui qui crée l?enfer. La coexistence pacifique dépend de lui et de ses actions. C?est pourquoi j?insiste sur le fait que cette coexistence est possible pour peu que l?homme décide lui-même de l?instaurer. Mais il ne faut surtout pas confondre la tolérance et l?indifférence, car la première implique l?effort de respecter l?autre et de le comprendre, alors que dans le deuxième cas, l?autre n?existe tout simplement pas et l?on se moque de ce qu?il peut être ou faire. » À en croire ses propos, l?espoir est donc permis, mais il faudra encore que tout le monde se sente concerné.
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