Publicité
Une exposition collective pour ressusciter Gauguin 1
Par
Partager cet article
Une exposition collective pour ressusciter Gauguin 1
Les vingt-deux tableaux retenus qui ornent actuellement les murs de la salle tentent, chacun à sa manière, d?évoquer tant bien que mal le sens de l?art selon Gauguin. Les coups de pinceau de nos artistes locaux retracent à la fois les principaux thèmes du grand maître et ses diverses tendances picturales. Ainsi, de la période d?avant 1885, où l?artiste marque un recul par rapport à l?obédience à la nature, Sunita Beekharee extrait du Christ jaune de Gauguin un Yellow Krsna avec pour toile de fond un paysage qui rappelle celui du Gardien de porcs. Geneviève Leclézio a certainement choisi d?évoquer cette même période où l?impressionnisme influait, si peu soit-il, sur la peinture de Gauguin. On retrouve dans son tableau Les Fleurs de canne à sucre ce côté modeste coin de campagne, où le choix de couleurs se limite aux tonalités grises, comme dans le Jardin sous la neige de Gauguin, réalisé peu avant que celui-ci ne se démarque de six siècles de tradition occidentale pour réclamer le droit à la subjectivité totale de l?artiste.
Expérience tahitienne
De la période après 1885, où le maître entame sa grande aventure (Danemark, Panama, Martinique?), certains de nos artistes locaux empruntent le style affirmé du grand peintre qui s?inspirait du naturalisme à la ?Degas? pour réaliser sa Femme nue cousant par exemple. Ils redonnent alors une couleur particulière, souvent pas nécessairement locale, à nos paysages mauriciens. Malika Teeluck propose ainsi une redécouverte de Chamarel et de Le Morne, vus à travers un regard influencé par celui du maître qui, lors de son évasion à la Martinique, découvre la densité des tons sous des cieux plus lumineux. C?est l?évocation de la période de l?envahissement des couleurs vives et intenses sous l?influence des estampes japonaises qui l?incitait aux éclats de la couleur, et de l?introduction de l?eau comme élément indispensable au décor. La plupart de nos artistes ont cherché à respecter l?expérience tahitienne de Gauguin. Leurs tableaux rappellent tantôt ses plages colorées tantôt ses vahinés.
Tout comme leur maître, certains artistes ont également abandonné le respect des trois dimensions pour se consacrer aux deux dimensions de la toile plane. On ignore si eux aussi ont voulu développer la ligne et l?étendue colorée comme l?a voulu Gauguin pour se libérer des contraintes de l?imitation de la nature, mais dans tous les cas, ils ont réussi à affirmer le pouvoir de la ligne et de la couleur. Par contre, si le tableau du peintre Jagunduth Beejadhur affiche un respect des détails (couleurs, perspectives et proportions), sa réussite se trouve plus dans le souci de l?imitation et reproduction du réel que dans l?évocation des tendances de Gauguin. Car, ce dernier s?opposait au respect du réel, malgré son inspiration du réalisme de Millet pour donner un choix de couleurs dans la gamme modérée. A l?inverse, tandis que Gauguin peint Nature morte au vase en forme de tête, et à l?estampe japonaise, Jeanne Gerval-Arouff, aussi conceptrice de l?exposition, tente de retrouver l?esprit du maître en faisant surgir du thème de la nature morte un paradis vivant avec la tête en forme de vase transformée ici en tête d?enfant représentant l?innocence. Son Eden retrouvé avec Gauguin, est une peinture acrylique sur toile suspendue, sans cadre.
Enfin, entre la montagne et la mer, entre la case créole et les femmes se baignant, entre l?autoportrait et les jardins floraux, l?exposition couvre presque toutes les périodes majeures de Gauguin, de sa lente maturation à la confirmation d?un talent d?artiste original. Nos artistes ont surtout montré, à travers un art de l?imitation (lire à ce sujet billet ?l?art comme imitation de l?art?), leur volonté de suivre Gauguin dans sa tentative de dégager la continuité du dessin dans la peinture.
Publicité
Publicité
Les plus récents