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Ces entreprises qui nous empoisonnent la vie
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Ces entreprises qui nous empoisonnent la vie
«Nous avons économisé de longues années pour construire, non pas de belles mais de jolies petites maisons pour pouvoir enfin vivre en paix mais nous nous retrouvons finalement prisonniers chez nous. Nous n?ouvrons plus nos fenêtres et nous ne sortons plus de chez nous. Nous ne pouvons même pas recevoir nos parents. Que nous reste-t-il ? » Une grande question que se pose Balkrishna Goorcharan, président des forces vives de Mare-Chicose, et tous ces riverains des usines qui subissent quotidiennement les affres d?entreprises polluantes. Keshwari Bhundoo, qui habite près de l?usine Sinotex de Montagne-Longue est au bord de la dépression. « Je n?arrive pas à parler à mes enfants comme d?autres mères le font. C?est-à-dire en toute tranquillité.
À force d?être stressée par le bruit et la fumée pendant la journée, on a les nerfs à vif. Quand ils rentrent de l?école, cela ajoute au surmenage. On leur crie après et souvent ils ne comprennent pas. Pensez-vous que c?est de cette manière que l?on va en faire de bons citoyens ?», s?écrie Keshwari Bhundoo. Elle pleure. À quelques mètres de sa maison, une vieille dame se veut réaliste : « Nombre de nos enfants travaillent dans cette usine et nous ne souhaitons pas sa fermeture. Mais cela ne peut et ne doit pas justifier cet inconfort quotidien », souligne-t-elle. À Arsenal, le scénario est le même, les protagonistes aussi. L?entreprise pointée du doigt porte
le même nom que celle qui fait souffrir Keshwari Bhundoo, sa famille et ses voisins de Montagne-Longue depuis? dix ans. Le ministère de l?Environnement est au courant de cette situation, sinon comment expliquer le fait que Mme Bhundoo ait reçu une copie de la lettre portant la référence RN COM-4/60 faisant état d?un ordre du ministère (enforcement notice) émis à l?encontre de Sinotex sur l?émission excessive de gaz polluant et de produits chimiques ? « Je pense que c?est la preuve que les experts du ministère ont trouvé que les choses n?allaient pas et je trouve dommage que ces derniers n?aient pas jugé utile de venir nous voir personnellement et prendre connaissance de nos doléances comme vous le faîtes ! », souligne-t-elle.
Manoj, d?Arsenal, vient tout juste de rentrer du travail. Après avoir appuyé sa bicyclette contre le mur en tôle de sa maison, il vient s?enquérir de notre présence. Une fois mis au courant de la raison de notre visite, il explose littéralement : « Continuez tout droit dans la ruelle et vous vous trouverez devant une porte qui donne sur une entrée de l?usine. Nous sommes là depuis toujours et l?usine s?est installé récemment. Et pourtant elle est devenue le maître chez nous. Les gens qui vivent à plus de 500 mètres d?ici, viennent souvent nous faire des reproches car nous vivons dans l?environnement immédiat du problème et nous ne réagissons pas. Pensez-vous que nous pouvons vraiment faire quelque chose ? », demande-t-il.
Ce problème de pollution industrielle n?est pourtant pas récent car certaines entreprises industrielles sont l?exemple même de la négligence des uns et du laxisme des autres. « Il faut bien admettre que le début de la révolution industrielle à Maurice date des années 70 lorsque les lois sur la protection de l?environnement n?existaient pas. Puis les lois pour la protection environnementale ont suivi et en septembre 2000, nous n?avons fait qu?hériter d?une situation déjà pourrie. Aujourd?hui, trois ans après, nous sommes satisfaits de constater que Novel Garments Ltd se soumet aux normes. Ils voulaient rendre la mer plus bleue que nature mais nous les avons contraints à respecter les normes et nous suivons leur évolution de très près », explique Ananda Rajoo, conseiller au ministère de l?Environnement.
Novel Garments Ltd n?est sans doute pas la seule entreprise à ne pas respecter complètement les normes. Mais il est dommage qu?il faille attendre que des gens se fassent admettre à l?hôpital pour que les autorités agissent. La bonbonne baladeuse d?Albion, les intoxications d?écoliers et de nourrissons par des pesticides, les rivières polluées par certaines usines, les fumées toxiques de Sinotex, l?odeur incommodante de Princes Tuna sont autant de blessures. Les gens veulent vivre sainement. Ils sont en colère et ne comprennent pas les attitudes de certains qui pensent pouvoir régler les problèmes entre les quatre murs d?un bureau où les « victimes » n?ont pas accès.
« Mais comment font les autorités pour accorder des permis à des usines utilisant des appareils et des produits dangereux dans des régions hautement résidentielles au risque de nuire à la santé même des habitants ? » s?interroge avec colère Keshwari Bhundoo. Réponse d?Ananda Rajoo : « Mais il ne faut pas oublier qu?il y a aussi des gens qui achètent des terrains à proximité des usines pour ensuite se plaindre du bruit et de la pollution. Cela dit, il existe des normes que les entreprises sont tenues de respecter. Le ministère de l?Environnement et sa police veillent à cela. Il existe des lois et notre devoir est de les faire respecter. Entre-temps, nous essayons de trouver des solutions à la satisfaction de tout le monde. Nous ne pouvons pas nous permettre de fermer des entreprises à tort et à travers et nous croyons que les choses peuvent être réglées d?une manière civilisée. Il y a des lois et nous sommes tous tenus de les respecter », souligne Ananda Rajoo. « Mais pourquoi est-ce toujours le lot des pauvres d?en subir les conséquences. Je connais moi des endroits à Maurice où personne n?oserait construire des usines. Alors pourquoi ? » s?indigne une de nos interlocutrices de Terre-Rouge.
<B>Les normes selon l?Environmental Impact Assessment Act</B>
<B>Pollution sonore </B>
? Industrie : Le niveau sonore ne doit pas dépasser les 60 dB entre 7 heures et 21 heures et 55 dB de 21 heures à 7 heures.
? Particuliers : La limite est de 60 dB de 7 heures à 18 heures, de 55 entre 18 heures et 21 heures et de 50 dB entre 21 heures et 7 heures.
<B>Pollution atmosphérique</B>
Les émissions de fumée dans l?air doivent se limiter à 5 minutes par heure alors que celles de particules solides doivent être de 200 mg par mètre cube d?air.
<B>Dispositions pour les déchets toxiques</B>
Les déchets doivent être stockés et traités dans un endroit précis prévu à cet effet et tout projet de stockage doit être au préalable avalisé par les autorités. Le transport des déchets doit être effectué dans des conditions strictes et les conteneurs étiquetés.
<B>Dispositions pour les eaux usées</B>
Il est strictement interdit de déverser des eaux usées sur les terrains ou dans les cours d?eau.
*Les contrevenants sont passibles d?une amende pouvant atteindre Rs 25 000 et d?une peine de prison ne dépassant pas une année.
<B>Les chiffres </B>
-20 prohibition notices (résiliation de permis d?opération) ont été servies jusqu?ici aux entreprises mauriciennes pour non-respect des lois sur la protection del?environnement.
- 50 % des contraventions infligées aux entreprises concernent le déversement d?ordures sur les lieux publics et les terrains vagues.
-52 % des Mauriciens se sentent concernés par la protection de l?environnement.
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Environ 50 tonnes de plomb ont été éliminées de l?atmosphère grâce à l?introduction de l?essence sans plomb.
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7 000. C?est le nombre de procès-verbaux dressés contre les pollueurs de décembre 2000 à janvier 2003.
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