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Des jeunes créatifs qui en veulent 1
Gillian, un label de qualité
Un drôle d?oiseau que ce Gillian Ragoo ! Pas de bla bla, pas de fioritures, il vous annonce la couleur d?une voix calme et mesurée. « L?idée derrière ce showcase c?est de se vendre. Moi, je me considère comme un AAA by product made in Mauritius (avec code barre). Je n?ai pas tout misé sur le décor du stand parce que je veux qu?on s?intéresse à moi et à mon portfolio. » De fait, contrairement aux autres, il n?y a pas de construction tape à l??il dans son stand.
N?empêche, on va de surprises en surprises avec lui. Sa carte de visite est une boisson de couleur orange (qu?il ne conseille pas de boire d?ailleurs !) qui s?appelle Gillian Ragoo. L?art direction fait aussi partie des composantes de cette boisson-miracle, riche en vitamine Créativité.
Un coup d??il à son portfolio et on constate qu?il est effectivement un label de qualité. Il joue avec les mots et avec les images.
À titre d?exemple, pour illustrer sa position anti-américaine dans la guerre qui oppose les États-Unis et l?Irak, il détourne le logo et le slogan de Nike : « Just do it » devient alors « Just don?t do it ».
Pour attirer les enfants vers une nouvelle boutique de jouets, il crée un story board avec une tortue verte en deux dimensions comme mascotte. Pour encourager les enfants à manger des légumes, il donne des pieds à des petits pois. Illustrer du papier hygiénique par du papier de verre? il faut le faire. Le message « Hopefully Kleenex knows something about softness », ne manque pas d?aplomb.
Où glanent-ils toutes ces idées? « Mille choses se passent devant nous à chaque instant. Il faut savoir les capter », explique-t-il.
« Je me souviens avoir entendu une fois au supermarché, une femme demander à son mari la couleur de papier hygiénique qu?il fallait prendre. Le mari lui a répondu de ne pas prendre le blanc parce que c?est trop salissant. Je voulais utiliser cette idée pour ma pub sur Kleenex mais par manque de temps je n?ai pas pu l?exploiter. »
Dans son portfolio on trouve également une pub sur un produit qu?il a appelé « cancraiela ». On y voit des cancrelats morts dessinés avec une craie spéciale, dans les cases d?un jeu de marelle. On peut même l?écouter chanter une chanson contre l?alcoolisme qu?il a inventée pour une pub radiophonique. Décidément, la star du stand, c?est bien ce jeune homme qui déborde d?idées.
Laurent, en rupture de conventions
De prime abord, Laurent Desmarais ne jubile pas. Il a plutôt le succès modeste. Ce qui compte pour lui, c?est de se réaliser dans ce qu?il fait, trouver un épanouissement personnel. Ses premiers pas dans le monde professionnel graphique sont déjà assurés. À peine l?exposition terminée, Laurent s?est envolé pour l?Afrique du Sud pour un stage qui le mènera peut-être encore plus loin.
Ce qui vole la vedette dans son stand, c?est une pub pour du chocolat. Comme un défi lancé à notre société puritaine, Laurent a imaginé un teaser qui parle d?abord de tiK taK. Suit un billboard qui montre une femme aux seins généreux et qui dit « Its so chunky and you cant resist ». La troisième image, surprenante, est un gros plan sur les jambes d?une femme au niveau de l?entrejambe et le texte dit : « You know what?s inside and you can?t resist ». L?image finale est celle d?une femme allongée sur un homme avec ce texte : « Why control yourself if you cant resist ». Cette pub tourne autour du chocolat Kit Kat.
« Cette pub ne passera jamais à Maurice mais elle a été appréciée en Afrique du Sud », assure Laurent. Ce jeune homme, qui se nourrit de magazines étrangers, est capable d?inventer les mariages les plus osés. Mais on a du mal à lui coller une étiquette. Si sa pub sur le chocolat est érotique, celle sur les enfants souffrant de malnutrition en Afrique, est émouvante et réveille les esprits. D?un registre à l?autre, Laurent innove et surprend.
Bernard : il décoiffe !
Avec son rire franc et tonitruant, Bernard Koo vous décoiffe illico. Son stand est composé d?un mur en carton sur lequel il a esquissé au feutre des personnages. « Ce sont mes amis. Je les ai dessinés d?abord pour qu?on voit tout de suite que je sais dessiner et parce qu?on va se séparer maintenant que l?on a notre diplôme. C?est une façon d?immortaliser l?amitié. »
Il est peut-être jeune, mais il est hardi. C?est un croqueur de mangas. Il aime les personnages qui bondissent dans tous les sens, mais ne lui dites pas qu?il fait dans le Dragon ball, il peut vous écorcher vif. Pour cet artiste, il ne faut pas tout mélanger. Bernard regrette qu?il n?y ait pas de dessins animés mauriciens, il aurait sans doute été un petit génie dans ce domaine. C?est en effet un touche-à-tout qui mélange les genres.
L?audace, il connaît. Les premières pages de son portfolio montrent, dans un décor de western, un préservatif avec un foulard dans le cou qui prend d?assaut des spermatozoïdes. « C?est une pub pour Durex, pour dire qu?il n?y a rien à craindre avec ce préservatif, les spermatozoïdes sont hors d?état de nuire. » Une autre pub montre deux poires sur une ligne imaginaire verticale avec en-dessous, un texte en forme de culotte. « Pear like ? », peut-on lire au sommet. Il s?agit d?une pub pour la promotion d?un Wonderbra.
À l?évidence, il privilégie le cérébral. « Je n?aime pas ce qui est évident, je préfère relever les défis. » Un culot monstre, de bonnes idées, Bernard est bien parti pour bousculer le monde de la publicité.
Amal, le « cyberhomme »
Planté devant son ordinateur impersonnel, « antiartistique » est-on tenté d?ajouter, on peut se demander ce qu?il peut y avoir d?intéressant sur le stand d?Amal Aukloo. Derrière ses lunettes de gentil intello, il est peu loquace. Les mots remontent difficilement à la surface. C?est que notre jeune privilégie l?image.
Amal est un virtuose de la souris. En quelques « clics », on tombe immédiatement sur des images impressionnantes. D?abord un robinet ouvert. On entend presque le bruit fluide de l?eau. Ce spécialiste des effets spéciaux fait aussi verser, dans un mouvement d?ivresse, du vin rouge dans un verre. Ses fresques électroniques, ses couchers du soleil sont baignés de lumière.
En navigant ainsi dans différents tableaux, on devine le travail titanesque derrière l??uvre. Amal triture l?image en plusieurs dimensions. Il combine tantôt la peinture, tantôt la photo pour faire de l?animation. Il conçoit des pages Web, embellit plan par plan une image, gomme les imperfections. Un maître en la matière.
Joan emballe qui veut
Il faut être fort, très fort pour ne pas succomber à ce chocolat que Joan Batterie a inventé pour les besoins d?un devoir. Ce péché mignon se prénomme Caprice. Le chocolat lui-même n?est pas la fin mais le moyen.
L?étudiante a juste imaginé un coffret cylindrique dans lequel il pourrait être logé, des sacs en papier personnalisés pour le transporter, des emballages et des rubans, bref tout y est pour qu?on ait envie que ce chocolat existe. Elle a joué sur les teintes marron et noir, de manière à nous mettre l?eau à la bouche, mais aussi pour séduire une clientèle haut de gamme.
Dans le portfolio de Joan trônent également tous les accessoires publicitaires pour une nouvelle marque d?huile d?olive qui s?appelle Olivesvelte. On découvre aussi un sac pour une marque de sous-vêtements?
Eski serait sûrement étonné de voir un bus de la CNT peint en bleu et vert, les couleurs de sa marque. Mais pas de faux espoirs, ce n?est qu?un montage papier sur lequel l?étudiante a pris la liberté d?imaginer une campagne de publicité pour cette boisson qui, selon les étudiants en marketing, fait surtout le bonheur des enfants.
Mais Joan ne fait pas que dans le superflu-utile. La futée a refait la campagne de l?Icac, sauf que la sienne est adressée aux hommes d?affaires. On voit ainsi un homme d?affaires avec une mallette transparente comme pour dire « méfiez-vous, on a l??il sur tout ».
Autant d?idées intemporelles et d?ouverture d?esprit que l?on voudrait voir encore et encore dans son stand en tôle dédié aux vieilles boutiques chinoises si charmantes.
Et dire qu?elle a failli passer à côté de ces qualités qui sommeillaient en elle. Elle a zappé à temps son emploi à l?hôtel pour trouver sa voie dans le dessin. « J?ai compris que je voulais faire de la communication mais en image. »
Big Ben, entre galères et délires
Nous avons surpris Ben Goburdhun en train de rêver tout haut. Son rêve ? Ouvrir sa propre boîte. « Je ne voulais pas le dire à haute voix, mais voilà c?est fait. » Porté sur les ailes de ses envies, il a toutes les chances de réussir. Sa passion, c?est plutôt le packaging. Il a en effet imaginé un stand en forme de boîte de Weetabix pour promouvoir cette marque de céréales dans les supermarchés. Il a conçu une brochure de couleur bleue métallisée pour l?hôtel Dinarobin, un tube qui contient une palette de couleurs et que SOFAP pourrait offrir aux quincailliers. Citons encore ces illustrations qu?il a créées pour les albums d?un de ses chanteurs préférés. Mais notre coup de c?ur reste ce sac en carton ondulé, « designé » pour contenir du chocolat. « Le thème de ce devoir était la Saint-Valentin. Après un brainstorming où j?ai noté tout ce que cette fête symbolisait, je me suis arrêté au chocolat. » Il a recommencé mille fois et le résultat est là : la boîte en forme de c?ur est devenue un sac. Drôle et intelligent, pratique jusqu?au bout. Il fallait y penser ! En attendant la consécration suprême de devenir son propre patron, Ben fera comme tous ses amis un stage dans une agence de pub. Enthousiaste, il est prêt à faire ses preuves dans n?importe quelle situation.
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