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Le corrupteur
La corruption est un échange entre deux acteurs. Or, dans l?affaire Sunneechurra, il n?y a qu?un seul inculpé jusqu?ici. Une charge provisoire de ?bribery by public official? pèse contre l?ancien assistant commissaire de police, accusé d?avoir accepté un séjour gratuit à l'hôtel Oberoi alors qu?il enquêtait sur une plainte mettant en cause l'établissement.
Visiblement, les choses ne sont faites qu?à moitié dans cette enquête initiée par l?ICAC. Pourtant, la législation anti-corruption ne fait aucune différence entre le délit de ?bribery «by» public official? et celui de ?bribery «of» public official?. Dans les deux cas, la peine requise peut aller jusqu?à dix ans de prison.
D?un point de vue légal, il n?y a aucune distinction entre la corruption active et la corruption passive. L?une désigne le fait de proposer des présents pour obtenir d?une autorité une décision favorable. L?autre consiste à accepter des cadeaux en échange de faveurs indues.
De fait, le corrompu est un acteur passif tandis que le corrupteur est reconnu comme le plus actif des deux. Par conséquent, il serait absurde que la justice ne s?intéresse qu?à celui qui est soupçonné de s?être laissé acheter et pas à celui qui a tenté d?influer sur la décision d?un fonctionnaire.
La corruption fait appel, forcément, à un processus impliquant au moins deux parties. Si la faute de l?une est établie, rien ne peut excuser la moindre indulgence envers l?autre. Le corrupteur qui achète la conscience du fonctionnaire est autant coupable que l?officier qui monnaye son autorité.
Dans l?affaire Sunneechurra, il y a des circonstances troublantes. Fin juillet 2002, cinq employés de l?hôtel informent la direction que certains produits de l?établissement ne sont pas conformes aux normes hygiéniques. Un cadre du groupe enquête, puis fait une déposition à la police contre ces employés. Il les accuse d'avoir tenté d'exercer du chantage sur l'établissement. La CID organise des descentes chez les personnes incriminées. Celles-ci sont arrêtées, détenues deux jours durant puis poursuivies en justice. Début août 2002, le directeur de la CID passe trois jours à l?hôtel, à titre gracieux, en compagnie de sa famille.
Le haut gradé Oozagheer Sunneechurra ne nie pas avoir passé des vacances à l?hôtel mais soutient que c?est la direction de l?établissement qui lui a demandé de ne pas payer la facture. Si cela s?avère, la justice aura à déterminer si ce geste généreux ne constitue pas un cadeau corrupteur.
Cette nouvelle affaire de corruption peut sembler dérisoire par rapport aux scandales de la caisse noire d?Air Mauritius et du détournement de fonds du NPF. L?ICAC aura tort cependant d?y accorder moins d?attention qu?aux autres scandales qui ont défrayé la chronique car elle se trouve devant une occasion qui ne se renouvellera pas souvent. Les enquêteurs ont recueilli trop de témoignages et de pièces à conviction dans cette affaire pour ne pas aller jusqu?au bout de leur démarche et s?en remettre à la justice.
Les preuves ne sont pas faciles à rassembler dans les affaires de corruption, car le corrompu ne dénoncerait pas le corrupteur et vice versa. Quand il est enfin possible de faire pénétrer dans ce monde d?ombres un peu d?éclairage, il ne faut reculer devant rien.
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