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Un homme de 37 ans tué par un de ses amis
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Un homme de 37 ans tué par un de ses amis
Lorsque le corps déjà roide d?Indarshan Goburdhun est acheminé pour autopsie à l?hôpital Victoria, Candos, dimanche soir, sa famille pense qu?il s?est suicidé.
A moins que sa mort ne soit due au passage à tabac dont il a été victime jeudi soir. L?examen post-mortem pratiqué hier par le Dr Satish Boolell, prouve qu?il s?agit bel et bien d?un assassinat. Un habitant de Riambel a avoué le crime. Il a dénoncé son complice. Tous deux sont sous les verrous.
Selon le médecin légiste, la mort serait imputable à un choc causé par une violente compression au cou. Le Dr Boolell situe la mort entre 16 et 17 heures dimanche. Indarshan se trouvait seul chez lui. Sa mère, Satyawatee, s?était rendue à 11 heures à un mariage à Rivière-des-Anguilles. C?est elle qui découvre le corps de son fils à son retour vers 19 heures.
Assise dans un fauteuil dans son salon, Satyawatee reçoit les messages de sympathie. Elle a l?air impassible. Elle explique : ?Vous savez, ma vie a tellement été ponctuée de chocs que j?ai fini par me faire une raison. J?ai décidé que plus rien ne me ruinerait la santé.?
En effet, la vie n?a pas été tendre envers elle. Veuve à 35 ans, Satya-watee travaille très dur pour élever six enfants. Elle est laboureur dans les champs de cannes, plante des légumes, nettoie le centre social de Chemin-Grenier. Tous ses enfants, sauf Indarshan, achèveront leur scolarité secondaire et rêveront de faire leur vie ailleurs.
L?une de ses filles se marie à un Mauricien et va habiter dans le Nord. Trois autres enfants émigrent à Bologne et à Palerme, en Italie. Une autre s?installe en Grande-Bretagne.
Il y a 16 ans, Indarshan, ?le plus influençable de ses enfants?, se laisse tenter par l?aventure sicilienne. Il se retrouve à Palerme où il épouse une Mauricienne. Au bout de huit ans, il rentre au pays. Son épouse refuse de le suivre et c?est le divorce.
Il ne s?empresse pas de trouver du travail et habite chez sa mère. C?est elle qui lui donne son argent de poche et il dépend de ses frères et s?urs vivant à l?étranger pour se vêtir et se chausser.
Beuveries nocturnes
Indarshan fréquente des personnes plus jeunes que lui et qui ont la réputation d?être des durs. D?abord, ils viennent regarder la télévision chez les Goburdhun. Quand Satyawatee rentre des champs, elle les voit affalés dans ses fauteuils. Ils parlent haut et fort. ?Je leur ai archi répété que chez moi, ce n?était pas une salle de cinéma. Ils s?excusent du bruit et s?en vont mais ils reviennent toujours.?
Non contente de squatter chez les Goburdhun, la bande vient chercher Indarshan pour des beuveries nocturnes. Satyawatee tente de raisonner son fils qui boit plus que de raison. En vain. ?So caractère vif. Pas capav contrôle ène zenfant ça l?âge-là. Parfois quand li rentré et ki li saoul, so la tête fatiguée et li tire so colère are moi.?
S?il n?a jamais frappé sa mère, le fils reporte sa frustration sur ce qui lui tombe sous la main : argentier, chaises, vitres. Tout y passe. Si bien que Satyawatee est obligée de faire appel à la police. On le coffre pour la nuit et au matin, il est de nouveau sobre et libre. Ces mauvaises habitudes n?encouragent aucun entrepreneur ou patron à lui offrir un emploi.
Indarshan s?entiche d?une fille de l?endroit, ?ène bon tifi, bonnes manières tout? mais qui souffre de ?troubles mentaux?. Leurs parents respectifs les découragent de se voir mais ils passent outre. Si bien que Satyawatee finit par accepter de les marier. Le mariage a lieu en l?an 2000. Il durera six mois. Les troubles mentaux de la jeune femme l?obligent à séjourner à l?hôpital Brown-Sequard. Les médicaments qu?elle doit ingurgiter provoqueront une fausse couche et Indarshan sombre davantage dans la boisson.
?Ene groupe mafia?
Il poussera en outre sa mère à lui donner sa part d?héritage. Elle vend le terrain qui doit lui revenir et le fils empoche Rs 150 000. Il insistera aussi pour recevoir sa part sur le toit familial estimé à Rs 50 000. ?So ban camarades-là, cotte zot pou allé, zot pou dévalise dimoune ça. Zot couma ène groupe mafia. Oune trouvé dans film couma zot été non ? Zot fine conne so faiblesse et zot fine zoué lor là. Line dépense tout so cass are zot. Zot fine diverti. Li napli éna narien.?
Malgré l?emprisonnement d?un de ses amis, Indarshan continue à fréquenter le reste de la bande, notamment un jeune d?une vingtaine d?années. Sa mère lui donne toujours de l?argent pour sa nourriture et ses cigarettes. ?Mo bisin donne li parski si mo pas fer li, li pou alle batte dimoune ou coquin zotte.?
Les relations entre le fils et ses ?amis? ne sont pas au beau fixe. Il y a deux ans, ils le passent à tabac et Indarshan est hospitalisé à Rose-Belle. Il refuse toutefois de dénoncer ses agresseurs. C?est la même attitude qu?il adopte jeudi vers minuit quand il rentre à la maison le visage tuméfié, après une beuverie particulièrement violente. Sa mère dort et ne l?entend pas frapper.
Le fils brise sept carreaux de vitre. Quand elle lui ouvre la porte, elle a le choc de sa vie : ?Sa figure était enflée et il avait perdu une dent. J?ai fait une déclaration à la police pour dire qu?il avait été battu mais il s?est contenté d?affirmer qu?il était tombé et s?était fait mal seul. A l?hôpital de Rose-Belle où il s?est rendu vendredi, le médecin ne lui a donné que des antibiotiques et des analgésiques. Il aurait dû lui faire passer une radiographie.?
Samedi, Indarshan passe toute la journée à la maison. Il a du mal à s?alimenter tant sa mâchoire le fait souffrir. Bien qu?elle doive participer aux préparatifs d?un mariage, chez sa belle-s?ur à Rivière-des-Anguilles, Satyawatee préfère rester à la maison avec son fils. Toutefois, dimanche matin, elle se rend à la cérémonie. Elle quitte son domicile à 11 heures. Indarshan lui paraît toujours mal en point. Il s?apprête à prendre sa douche. ?J?ai simplement poussé la porte donnant sur la plantation et je suis partie. A mon retour vers 19 heures, la porte était telle que je l?avais laissée. Il ne l?avait pas fermée à clé.?
Mort asphyxié</B>
C?est sur un matelas, devant le téléviseur, qu?elle retrouve le corps inanimé de son fils. La mère et les autres membres de la famille pensent au suicide, puis à une hémorragie résultant de son passage à tabac de jeudi soir. L?autopsie du Dr Boolell remet les choses dans leur juste perspective : il s?agit hélas d?un assassinat.
Sur la base des indications fournies par Satyawatee, la Criminal Investigation Division de Rivière-des-Anguilles, menée par l?inspecteur Bhageerutty et le sergent Appadu, arrête Wesley Alan Paul, un maçon de 26 ans, habitant Riambel. Après un interrogatoire serré, le suspect passe aux aveux. C?est lui qui a pénétré au domicile d?Indarshan alors qu?il dormait. Il l?a tué en appuyant sur sa gorge avec son genou. Il n?a pas agi seul. Il balance le nom de son complice, Louis Michael Sirou, 23 ans, également de Riambel. L?aide-chauffeur est aussitôt interpellé.
Les funérailles d?Indarshan Goburdhun sont prévues demain, pour permettre à ses frères et s?urs à l?étranger de venir soutenir leur mère dans ces moments difficiles.
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