Publicité
Le test de maturité
En démocratie, une élection partielle est le baromètre qui permet de mesurer l?humeur d?une partie de la population à un moment précis. La consultation populaire est un test de popularité pour le pouvoir en place et une opportunité pour l?opposition. La joute qui aura lieu à Rivière-du-Rempart-Piton, le 21 décembre, a une signification particulière. Elle permettra de constater si nous avons effectivement connu une évolution dans nos m?urs politiques. Le changement, s?il y en a eu, se mesurera à la façon dont l?électorat réagira par rapport aux campagnes menées par les politiciens jusqu?au 21 décembre.
Le choix des candidats par les deux principales formations politiques donne des raisons d?espérer. Pour une fois, les états-majors des partis ne donnent pas l?impression d?avoir cédé à des lobbies organisés. Ni le monde socioculturel, ni les bases tapageuses n?ont, semble-t-il, exercé d?influence sur les leaders au moment du choix de celui qui défendra les couleurs de leurs partis respectifs. C?est un progrès.
La disponibilité de deux jeunes universitaires est l?autre fait marquant de la prochaine partielle. Voilà deux membres de la nouvelle élite du pays qui n?hésitent pas à délaisser le confort et la satisfaction que leur procurent leurs métiers pour venir se jeter dans l?arène politique. Cela fait longtemps que des jeunes professionnels ne s?étaient pas précipités pour se porter candidat dans le cadre d?une élection partielle. C?est réconfortant.
Les jeunes cadres recommencent à s?intéresser à la politique. Tant mieux. On peut donc avoir des raisons de croire à un renouvellement pour le meilleur du personnel politique national. À entendre les premiers discours des deux candidats des principales alliances, on peut espérer trouver une nouvelle manière de faire de la politique. Les deux novices ont marqué leur entrée par des propos mesurés. Ils ont décidé de porter les débats sur les programmes, les idées et les bilans. On aura noté qu?ils ont tous deux évité les attaques personnelles et les propos déplacés. Mieux, Prakash Hurry et Rajesh Jeetah ont chacun trouvé des mérites à leurs adversaires directs respectifs. C?est inédit.
Mais hélas, les bonnes notes s?arrêtent aux deux néophytes. Certains de leurs dirigeants ont manifestement choisi un registre différent. Navin Ramgoolam poursuit sa stratégie divisionniste et passéiste. Pravind Jugnauth, lui, choisit de faire dans le défi personnel. Et ne parlons pas des seconds couteaux. Rajesh Bhagwan et Burty David ont annoncé la couleur. Le premier dérape et insulte alors que le travail remarquable qu?il accomplit dans son ministère parle en sa faveur et fait la démonstration de son sérieux à la tâche. Quant au député de l?opposition, il débite des grossièretés alors qu?il peut certainement trouver des arguments politiques pour attaquer ses adversaires.
Dans ces conditions, l?électorat qui s?attendait à ce que les débats portent sur les choses sérieuses doit déchanter. Il est indispensable que les électeurs se donnent les moyens de refuser une campagne volant au ras des pâquerettes. Les Mauriciens doivent pouvoir dire leur appréciation d?un discours politique qui ne les abêtit pas. On doit faire comprendre à certains politiciens qu?ils sont à côté de la plaque.
Aucun politique ne s?aventurera à nager à contre-courant si l?électorat lui fait comprendre que les méthodes de campagne marquées par l?insulte, l?abrutissement et la terreur sont mal venues. Si certains d?entre eux y ont recours, c?est parce que des électeurs applaudissent ces procédés d?un autre âge, alors que la majorité se tait.
Le pays progressera dans la voie de la maturité politique si l?électorat parvient à faire comprendre aux formations politiques, qu?il veut une campagne qui s?adresse à l?esprit et non pas aux tripes. Si les politiques persistent à infantiliser les électeurs, c?est que ces derniers montrent qu?ils le souhaitent.
Le test de Rivière-du-Rempart, c?est aussi une épreuve de maturité pour l?électorat.
Publicité
Publicité
Les plus récents