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Varsha, 12 ans, atteinte de leucémie : « Je veux vivre »

18 octobre 2003, 20:00

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À six ans, une douleur sourde lui paralyse les mains et les pieds. Quelques mois plus tard, elle est hospitalisée. Le verdict tombe. C?est la leucémie. Ballottée d?un centre hospitalier à un autre à la recherche d?une solution, la petite Varsha Bicka, 12 ans, lutte pour sa survie. Son dernier espoir : un traitement à l?étranger qui est très coûteux.

Sa frêle silhouette titube le long des marches d?un escalier. À l?arrivée, elle se glisse dans une salle et se réfugie dans un fauteuil. Elle plie avec difficulté ses jambes décharnées, qui laissent entrevoir quelques écorchures noircies, pour les cacher sous une robe à carreaux roses. De ses petites mains fines, Varsha Bicka ôte lentement son capuchon. La scène qui suit est difficilement supportable. Elle fait mal. Le crâne de la fillette est complètement dégarni. « Avant, mes cheveux étaient très longs, mais peu à peu, ils sont tombés. Je ne pouvais rien faire contre ma maladie, mais je veux vivre », explique-t-elle d?une voix saccadée. Ce qui frappe, c?est son regard. Dans ses grands yeux noisette, on lit une grande douceur, mais on voit aussi l?impuissance et l?amertume d?une enfance brisée. À force d?ingurgiter de nombreux médicaments, ses lèvres se sont desséchées et elles ont rosi. Varsha Bicka a dû renoncer à gambader ou à se plonger dans ses bouquins après avoir à peine entamé sa première année de scolarité. À l?époque, elle n?avait que six ans. « Mo ti fek fini fer tests dans l?école et quand mone rétourne dans classe, mone senti ène doulère dans mo lipied ek dans mo la main. Mo ti népli capav marsé ni fer nanié », confie-t-elle.

Lorsqu?elle en fait part à sa maîtresse, cette dernière prévient sa mère, qui s?empresse de venir la chercher. Malgré les baumes qu?elle applique pour apaiser la douleur de sa fille dans la nuit, le calvaire de Sunita Bicka, la maman de Varsha, recommence dès le lendemain. Elle va chercher du secours auprès des médecins privés, mais sans succès. D?autres complications telles que des crampes et des poussées de fièvre apparaissent. Sunita décide alors de l?emmener à l?hôpital de Candos. « Après une injection, Varsha a subi plusieurs examens médicaux. Peu de temps après, le médecin m?a dit que mon enfant était atteint de leucémie. Je n?y comprenais rien. C?était un terrible choc pour moi. Je ne savais plus quoi faire », raconte-t-elle.

Reprenant ses esprits, elle demande au médecin quels sont les traitements qui existent pour guérir cette maladie. La réponse la tétanise : il faut recourir à la chimiothérapie. On inflige alors à la petite une série de piqûres à la colonne vertébrale, des perfusions, des injections intraveineuses et elle doit prendre des ampoules et des cachets. Pour les besoins du traitement, elle est admise à l?hôpital dans une salle isolée. Coincée entre ces quatre murs, à l?écart des autres enfants, elle reste clouée au lit : « Mo ti bien chagrin. Bocoup kitchose mo ti népli capav fer. Mo pas ti meme capav zoué ni danse lors banne santé indien ».

Bien que l?enfant réagisse positivement au traitement médical, les effets secondaires apparaissent. Elle vomit chaque aliment avalé, saigne abondamment de la bouche et souffre de diarrhée. Sa magnifique chevelure y passe aussi. Un soir, elle est prise de convulsions. Ses muscles se crispent, son corps ne réagit plus et devient glacé. Varsha sombre alors dans le coma.

« J?ai eu une grosse frayeur cette nuit-là et je me suis mise à prier pour que Dieu sauve ma fille. Au bout de quelques jours, son état s?est amélioré », relate Sunita.

Quelques mois plus tard, la fillette peut enfin regagner son foyer et retourne à l?école. Mais elle doit se rendre régulièrement à l?hôpital pour passer des visites médicales. Varsha se dit qu?elle a enfin une deuxième chance de renouer avec sa vie d?enfant. Mais, hélas, le sort s?acharne contre elle. À dix ans, elle fait une rechute. Le cauchemar recommence? les douleurs sont plus vives, les poussées de fièvre deviennent insupportables et elle continue à perdre ses cheveux. « Nous l?avons immédiatement transportée à l?hôpital. Après avoir examiné sa moelle, le médecin nous a confirmé qu?elle faisait une rechute. Il fallait recommencer le traitement. Mais cette fois-ci, nous l?avons fait soigner à l?hôpital pour enfants de St-Denis, à la Réunion. Nous y avons rencontré un médecin qui nous a expliqué que Varsha était arrivée en phase terminale de sa leucémie et il a pratiqué une intervention chirurgicale pour poser un petit appareil ? un Prota 4 ? qui facilite l?assimilation des médicaments.

Il existe des traitements plus sophistiqués pour guérir ma fille, mais cela coûte environ 56 000 euros (plus de Rs 1,7 million). Je ne peux plus la voir souffrir ainsi, dépérir de jour en jour et lutter contre la mort. Je dois sauver mon enfant. C?est son dernier espoir », explique Devjee Bicka, le père de Varsha.

Afin de recueillir les fonds nécessaires pour le traitement à la Réunion, ce dernier a fait une demande auprès de la police pour organiser une collecte de fonds en juin dernier. Cela fait deux semaines que sa requête a été agréée.

« J?ai commencé à effectuer la collecte il y a quelques jours grâce à des amis et à ma fille aînée », ajoute notre interlocuteur.

Pour tenir le coup, Sunita Bicka puise sa force en Dieu : « Je garde espoir que ma fille sera sauvée. Je prie à chaque minute pour qu?elle le soit ». Mercredi dernier, Varsha a de nouveau dû être admise à l?hôpital de Candos. La nuit, sa solitude la désespère. Elle rêve de retrouver ses livres de mathématiques, mais surtout de grandir et d?enfiler une blouse blanche plus tard. Pas celle d?une infirmière mais plutôt celle d?un médecin. Elle examinera les malades avec son stéthoscope pour les sauver à son tour.

« Coum ça mo pou capav pik zot moi osi », avoue-t-elle en esquissant un petit sourire espiègle. Ce qui prouve que les interminables séances d?injection l?ont marquée, au point où elle veut en faire aux autres. La bataille risque bien d?être rude, mais elle la mènera jusqu?au bout. Son désir de vivre est presque palpable et sa volonté farouche ressemble àun hymne à la vie dans les ténèbres de la souffrance et de la peur.


« J?ai eu une grosse frayeur ce soir-là et je me suis mise à prier pour que Dieu sauve ma fille. »


Berty Salva, de l?association Enfant de lumière :

« Nous allons venir en aide à Varsha »

« Dès notre prochaine réunion, nous allons présenter le cas de Varsha Bicka qui est très grave, pour lui venir en aide. Nous devons trouver une solution au plus vite », déclare Berty Salva, président de l?association

Enfant de lumière, lancée récemment pour soutenir les enfants leucémiques de moins de 16 ans. Composée d?une vingtaine de membres, cette association assure également l?encadrement des parents de leucémiques et recueille des fonds pour que ces jeunes patients puissent aller se faire soigner à l?étranger.

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