Publicité
Clémencia veut sortir de l?ombre
Protégé par une chaîne de montagnes, Clémencia n?a pas connu de développement sauvage. Aujourd?hui encore, la nature a droit de cité et les habitants ne sont pas prêts à brader ce paradis vert.
Désiré Laval Adèle, conseiller de district, est de ceux-là. Il souhaite le développement d?un tourisme écologique plutôt que la construction d?immeubles. ?C?est le seul village de la région où on peut encore pêcher des camarons, des ?tilapia? et des anguilles dans les rivières. La nature est demeurée intacte. On y trouve toutes sortes de fruits et de légumes?, dit-il fièrement?
En effet, ananas, bananes, goyaves et d?autres fruits poussent sur les flancs des montagnes. De génération en génération, les gens du village vivent de la terre. Maintenant, ils souhaitent un meilleur entretien de l?environnement et certaines facilités pour sortir de leur isolement.
Un premier pas
Désiré Laval Adèle, qui représente son village au conseil de district de Moka-Flacq pour la première fois, a franchi un premier pas dans cette direction. Grâce à son initiative, le bâtiment abritant un social hall et une bibliothèque est en train d?être rénové. ?Ce bâtiment est vieux de quarante ans. Une fois les travaux de rénovation achevés, d?ici deux mois, je compte y faire installer une table de billard, des équipements de gym et un ordinateur additionnel?, indique-t-il.
La bibliothèque dispose d?un millier de livres de lecture et de deux ordinateurs. ?Au lieu d?exécuter deux à trois petits projets, j?ai choisi d?investir Rs 250 000 dans la reconstruction du bâtiment afin de mettre d?autres facilités à la portée des habitants?, explique le conseiller de district.
Désiré Laval estime que les nombreux artistes du village, sculpteurs, peintres ou musiciens, n?arrivent pas à trouver des débouchés en raison de leur isolement. ?Clémencia est éloigné des villages développés, dont le plus proche est Bel-Air. Il n?y a pas de sponsor. Nous souhaitons que le ministère des Arts et de la culture vole au secours de ces artistes en mettant certaines facilités à leur disposition?, dit-il.
Un jardin offert par Noëlla François
Le conseiller propose aussi la construction d?un jardin d?enfants à côté du terrain de foot du village.
Désiré Laval, qui est engagé dans le travail social depuis 21 ans, déplore l?état insalubre du SSR Recreational Park, construit il y a quinze ans. ?Le conseil de village n?a pas les moyens de s?occuper de l?entretien du jardin. Le conseil des districts de Moka-Flacq n?a pas voté cette année l?Environment Fund. Nous demandons une augmentation de notre budget ou l?intervention du ministère de l?Environnement?.
C?est Noëlla François, aujourd?hui âgée de 87 ans, qui a offert un terrain pour l?aménagement d?un espace vert dans le village. ?Je revenais d?une visite en France. Je voulais construire sur ce terrain une grotte pour Notre Dame du Grand Pouvoir. J?ai eu alors une réunion avec le comité de quartier. C?est ainsi que l?idée d?y créer également un jardin a germé?, explique-t-elle.
Par la suite, le terrain a été défriché. Un kiosque et un pont surplombant un cours d?eau ont été construits.
Noëlla François habite dans une modeste maison, dont la construction n?a pas encore été complétée. Mariée à l?âge de 20 ans, elle est mère de sept enfants. ?Avant la vie pas ti facile. Mo ti élevé vaches ek travail dans tablissement. Ene fois mo bonhomme ti diman la mare La Lucie avek tablissement pour plante arouille violet. Azordi, nou encore planté la-bas?, confie-t-elle. Cette arrière-grand-mère a un rêve : accueillir le nouveau Premier ministre, Paul Bérenger chez elle.
<B>Jadeo woosye
Des racines et des oeuvres</B>
Jagdeo Woosye est un artiste pas comme les autres dans le village. Il passe le plus clair de son temps à sculpter des racines d?arbre. Son seul outil de travail : un canif.
Depuis qu?il a pris sa retraite, il y a dix ans, il parcourt les forêts et les montagnes du village à la recherche de ses précieuses racines. ?J?observe la forme naturelle des racines. A partir de là, je conçois une sculpture?.
Le septuagénaire montre fièrement une sculpture qui ressemble à un phoque. ?Il m?a fallu une semaine de travail pour la réaliser?.
Tous les objets d?art de Jagdeo Woosye sont soigneusement cirés (pour les protéger) et datés. « Je ne vend pas mes sculptures. Chaque pièce est unique de par sa forme initiale. Où trouverai-je une autre si je la vends ?¨
Des centaines de sculptures exposées dans sa maison témoignent du travail titanesque qu?il a accompli durant ces dix dernières années.
Publicité
Publicité
Les plus récents