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Président Jugnauth
C?est dans l?honneur qu?Anerood Jugnauth prend une semi-retraite de la vie active pour assumer le poste largement honorifique de président de la République. Il aura été constant dans ses engagements envers son partenaire au sein de l?alliance au pouvoir.
Sa détermination à respecter, en toutes circonstances, l?audacieux accord Medpoint a permis une transition sereine au sommet de l?Etat.
L?histoire retiendra de lui ce changement programmé, une contribution positive à l?évolution de notre démocratie. Toutefois, ce n?est pas cette action qui constituera le chapitre le plus glorieux du fabuleux destin national d?Anerood Jugnauth. Il a su apporter une prospérité relative à un pays qui frôlait la catastrophe à son arrivée au pouvoir. L?ancien chef de gouvernement, qui a été l?inspirateur du développement économique des années 80 a été, jusqu?au bout, un catalyseur des idées. Il vient de mettre en place, à travers la cybercité, les échafaudages de notre avenir. Il part en laissant un travail inachevé, certes, mais l?impulsion qu?il a donnée à la nouvelle économie laisse un héritage que ses successeurs se doivent de faire fructifier.
Dans le récit de la construction d?une île Maurice moderne, sa manière de faire de la politique autrement occupera une grande place. Depuis son retour au pouvoir, en septembre 2000, il a refusé d?entrer dans des marchandages avec les lobbies socioculturels. Cette résistance aux forces de l?obscurantisme lui a permis, au cours de la législature actuelle, de faire aboutir deux réformes importantes. S?il n?était pas aussi détaché de ces mouvements, qui font peur aux politiciens conventionnels, il aurait abandonné le projet de centralisation de l?industrie sucrière et de l?abolition du classement à l?examen du «Certificate of Primary Education».
Pour autant, son parcours n?a pas été parfaitement linéaire. Des erreurs ont été commises, surtout lors des phases où il a senti sa survie politique menacée. En 1995, alors que son régime vivait des moments d?agonie, il s?était rapproché de quelques mouvements sectaires en espérant y trouver un support politique. Son style personnel tranchant et le ton cassant de ses propos avaient alors généré un malaise qui se transformait peu à peu en une dangereuse instabilité.
Sur le plan personnel, Anerood Jugnauth a été, surtout au début, un homme très vindicatif. Il s?est montré particulièrement rude à l?égard de ses adversaires politiques en 1983 et n?a pas eu de scrupules pour combattre le leader du Mouvement militant mauricien, dont il partageait pourtant les convictions de gauche.
Son intolérance le mena aussi à élaborer une loi très dure pour restreindre la liberté d?expression en 1984. Une forte mobilisation des journalistes contre une tentative de museler la presse l?a finalement contraint à battre en retraite.
Toujours dans le même registre de l?intransigeance absolue, il utilisa des méthodes musclées à l?égard des syndicalistes durant ses premières années à la magistrature suprême. On peut arguer que s?il s?était montré plus complaisant envers les dirigeants des syndicats, le décollage économique n?aurait jamais eu lieu, mais il n?en demeure pas moins pas que ses excès de l?époque entachent son bilan.
Une députée de son camp a probablement eu le mot juste en le qualifiant de ?papa sévère? il y a quelques années. Son bilan, quoique essentiellement positif, permet néanmoins d?affirmer qu?il a eu les défauts de ses qualités.
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