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Ali Parkar : un homme de bonne entreprise
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Ali Parkar : un homme de bonne entreprise
Le statut politique des pays où il a vécu a, dans une grande mesure, conditionné la vie d?Ali Parkar. Malgré le fait qu?il célébrera ses 70 ans le 5 décembre prochain et qu?il a mené une vie assez mouvementée, Parkar a toujours le pas alerte et l??il acéré d?un jeune premier.
Cet Indien a passé les 12 premières années de sa vie dans son pays natal, plus précisément dans la région de Kokan au sud de Bombay, avant de suivre ses parents au Zanzibar, île de la Tanzanie insulaire.
Si son père Mohmed, commerçant en céréales, quitte la Grande péninsule, c?est principalement pour des raisons économiques. Mais son sens de l?aventure n?y est pas étranger. Ali, qui est le cadet de deux enfants, ne se sent pas le moindrement du monde déraciné.
Car à l?époque, de nombreux Indiens émigrent dans les pays d?Afrique de l?Est dont Zanzibar encore sous tutelle britannique. Là, il retrouve le style de vie, la religion et la culture indienne. C?est également là qu?il complète ses études primaires et secondaires et décide d?étudier le droit.
Responsable d?un cabinet d?avocats
Bien que préférant la médecine pour lui, son père cède et l?envoie étudier le droit au Lincoln?s Inn à Londres. Ali regagne Zanzibar en 1959 après avoir prêté serment comme avocat. Son père est alors un homme d?affaires prospère ayant étendu ses activités à l?élevage et à la culture du coco à des fins industrielles.
Ali se joint au cabinet d?un ami. Il plaide aussi bien pour des affaires civiles que criminelles. Un an après son installation à Zanzibar, son père meurt. Sa mère, Salima, préfère regagner l?Inde. Sa s?ur aînée et le mari de cette dernière continuent à gérer les affaires familiales.
Quand l?avocat qui partage son cabinet avec Ali est nommé juge en 1960, celui-ci se retrouve à la tête du cabinet d?avocats. Il y reste jusqu?à la fin de 1963 quand Zanzibar obtient son indépendance. C?est la liesse générale.
La joie est toutefois de courte durée car en janvier 1964, le nouveau régime est remplacé par un gouvernement marxiste lors d?un coup d?Etat violent et sanglant. «Comme un différent type de justice prévalait, je me suis retrouvé à la rue. Le pire était à venir. Du jour au lendemain, tous les biens des possédants ont été purement et simplement confisqués. Les miens et moi avons tout perdu. Et encore, nous avons été chanceux qu?ils nous laissent quitter le pays sains et saufs.»
Ayant des amis en Afrique de l?Est, ceux-ci l?aident à se refaire une vie aux Seychelles où les cocoteraies sont nombreuses. Familier avec la fabrication de paille de coco comme il a vu son père le faire, Ali se lance dans cette industrie qui emploie 300 personnes. Lui qui n?a jamais fait des affaires, s?en accommode parfaitement. «J?ai appris au fur et à mesure. La chance a son mot à dire mais aussi le bon sen.»
Son usine devient vite profitable. Quand les Seychelles s?ouvrent sur le monde extérieur avec l?aménagement de son aéroport, le tourisme y prend de l?essor et absorbe une bonne part de la main-d??uvre locale.
Ce facteur joue contre Ali qui a du mal à trouver le personnel adéquat et est obligé de fermer son usine. Il n?est pas découragé pour autant. Ayant pris goût aux affaires, il se lance dans plusieurs autres créneaux car il réalise que pour être profitable dans de si petites îles, il faut jongler avec les entreprises.
Il devient d?abord voyagiste, après s?être associé au United Touring, le plus important voyagiste d?Afrique. Il fonde alors sa compagnie qu?il nomme Coraline. En parallèle, il devient l?agent de Hertz et fait de la location de voitures avec une flotte d?une centaine de véhicules. Il introduit ensuite une navette inter-îles avec l?achat d?un ferry-boat de 100 places construit en Grande-Bretagne, nommé La Belle Coraline.
Il fait son cinéma
Il entre ensuite en partenariat dans une compagnie distribuant de l?alimentation et des spiritueux. Fort de ses succès, il se lance dans l?immobilier et fait construire le plus grand complexe commercial de Victoria, appelé le Premier Building et qui comporte plusieurs étages. Il est le premier à promouvoir le cinéma aux Seychelles en faisant aménager une salle baptisée Olian Cinéma. A l?époque, Ali a tourné le dos aux mauvais souvenirs et mène un grand train de vie. Ce célibataire de 32 ans décide de se stabiliser en 1966 en épousant une Seychelloise, Mariam Arphy, qui, à l?époque, a 19 ans.
S?il ne se fait pas confisquer ses affaires quand France Albert René fait son coup d?Etat le 5 juin 1977, lui, son épouse et leurs trois enfants, Ahmed, Salima et Faisal, aujourd?hui âgés de 37 ans, 33 ans et 27 ans, abandonnent les Seychelles trois ans plus tard quand les écoles privées sont purement et simplement fermées. «J?avais déjà mis Ahmed dans un boarding school anglais mais je ne pouvais pas faire de même avec les deux autres qui étaient encore si jeunes. Finalement, nous avons préféré partir pour l?Angleterre.»
Ali vend pratiquement toutes ses affaires aux Seychelles, ne conservant que son complexe commercial géré par un de ses neveux.
Lui et les siens s?installent à Windsor. Ne pouvant vivre de ses rentes, il investit dans une Finance House qui prête de l?argent aux usines pour qu?elles achètent des matières premières et repaient leurs dettes une fois leurs produits finis vendus. Cet établissement ayant des bureaux à Sydney en Australie et à Singapour, Ali voyage beaucoup.
Il ne parvient toutefois pas à s?adapter au climat anglais et décide, au bout de cinq ans, de changer d?air. Il vend ses parts dans la Finance House à une société plus importante et le manager du bureau singapourien de la Finance House en question lui trouve un partenaire singapourien qui est dans le textile. Bien qu?il ne connaisse rien en la matière, Ali, qui est toujours aussi intéressé par la gestion, se laisse tenter et part à l?aventure.
Lui et ses partenaires se mettent en quête d?un pays attirant les investisseurs en textile et un ami lui parle de Maurice. Ils se renseignent et décident de venir s?y installer. C?est ainsi que l?usine Unistar, partenariat entre les Singapouriens et Ali, voit le jour à Rivière-du-Rempart. Au début, Ali ne connaît pas grand-chose en textile. Il se contente de fournir les finances et de s?occuper de gestion. Au contact des techniciens singapouriens, il apprend vite.
Au bout de deux ans et en raison de divergences de vue, Ali décide de faire bande à part et monte en 1987 sa propre usine de confection de polos et de t-shirts, à savoir Star Knitwear à Rivière-du-Rempart, qui emploie aujourd?hui 1400 personnes.
A cette unité de production vient s?ajouter une autre usine à Quartier-Militaire, baptisée Sunline Textile et qui embauche 300 personnes. La dernière usine, City Textile, basée à Coromandel, emploie à peu près le même nombre de personnes. Au fil des ans, ses enfants et son gendre l?ont rejoint dans le groupe familial.
L?Honneteté avant tout
Ainsi, Ahmed s?occupe de Star Knitwear et de Sunline Textile alors que City Textile est géré par Faisal. Salima, plus créative, est responsable de la qualité et du développement. Son mari, l?Allemand Dirk Robens, est directeur du marketing.
Ali a conservé ses clients d?origine, c?est-à-dire ses commanditaires anglais et français qui prennent 95 % de sa production. Une fidélité qu?il met sur le compte d?une satisfaction de la qualité du service offert et d?un rapport qualité-prix excellent. Pour réussir ce tour de force, explique-t-il, le Star Group a dû continuellement investir dans la technologie de pointe qui réduit les coûts de la main d??uvre et qui apporte précision et efficacité.
La plus grosse difficulté rencontrée par lui est le manque de main-d??uvre locale. «Les aptitudes ne sont pas un problème, la productivité non plus. C?est trouver la main-d??uvre locale qui est difficile. De tous mes employés, 600 sont des travailleurs étrangers. Non pas en raison du fait qu?ils font des tâches plus spécifiques mais par manque de main-d??uvre locale. Un travailleur étranger me coûte 25 % plus cher qu?un travailleur mauricien. J?aurais préféré embaucher des Mauriciens, mais je n?en trouve pas. Si vous savez où en trouver, dites-le moi.»
Ali ne craint pas la compétition. Il estime qu?elle a toujours existé. «La compétition a toujours existé. A certains moments, elle est plus forte qu?à d?autres, mais elle est présente tout le temps.
Il est possible de continuer à prospérer à condition de réagir rapidement aux demandes de nos acheteurs et d?être fiables à leur égard. Ma politique est de pratiquer l?honnêteté la plus totale avec mes acheteurs. Quand je ne peux honorer une commande, je le dis carrément et ils respectent cela. L?honnêteté et la compétence sont les qualités les plus importantes dans la gestion d?une affaire.»
Le Star Group vient de s?agrandir avec l?aménagement de sa teinturerie et la progression naturelle serait la filature. Nous sommes en négociations pour en aménager une, mais pour cela, il faut un investissement d?au moins US $20 millions.» Son souhait est de consolider le groupe. «Ma plus grande satisfaction est de savoir que je donne du travail à autant de personnes et à leurs familles».
Mais le P.-d.g du Star Group n?est pas que philanthrope. Il sait aussi apprécier les plaisirs de la vie. «Je suis content de créer la richesse de façon à vivre pleinement. Je travaille dur et j?apprécie la vie. Ma philosophie c?est de profiter de la vie comme elle vient, au jour le jour? »
Ali Parkar n?envisage plus de boucler ses valises et de reprendre son bâton de voyageur, en quête de plus grands avantages fiscaux. « J?aime ce pays comme s?il était le mien. Je suis heureux ici. La main-d??uvre à bon marché n?est pas tout dans la vie d?une entreprise. Il faut une conjugaison de facteurs dont une situation politique stable. C?est le cas à Maurice. Mauritius is one of the best packages I know. Je suis reconnaissant aux Mauriciens de m?avoir accueilli ici et de m?avoir facilité la vie. Malgré tous mes déracinements, je suis un homme très chanceux?»
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