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La loi du plus fort

20 septembre 2003, 20:00

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La nouvelle a produit l?effet d?un électrochoc à travers le monde. L?intention affichée par les Israéliens de liquider le président élu de l?Autorité palestinienne, Yasser Arafat, défie le bon sens. Mais certains dirigeants politiques

et militaires de l?État hébreu ne le voient nullement de cette manière. C?est d?ailleurs avec une certaine légèreté qu?ils évoquent cette « option ». Si la branche armée de l?OLP, le Fatah, incarne une réelle menace pour la paix, il est aujourd?hui évident que les visées expansionnistes d?Israël et sa politique de colonisation ne contribuent pas non plus à faire aboutir une quelconque feuille de route.

L?éventuelle liquidation du chef de l?OLP a été unanimement condamnée. D?un point de vue strictement technique, ce n?est pas une cour de justice qui condamne le « terroriste » Arafat mais des militaires et des politiques. Ces derniers craindraient-ils un procès qui ferait remonter à la surface leurs propres écarts ?

Il est un fait que Yasser Arafat incarne une autorité pour les Palestiniens. Son élimination, à n?en point douter, embraserait la région et pire susciterait une réaction, dont la nature ne peut encore être déterminée, du monde arabe. Qu?est-ce qui pousse Israël à prendre un tel risque ? La politique de colonisation et la construction d?un mur en Cisjordanie baptisé « clôture de sécurité » pourraient être une réponse à cette question. Elles indiquent une volonté d?association d?une partie de la Cisjordanie. Ce désir d?annexer des territoires palestiniens ne peut se faire en période de négociation. Par contre, il devient possible dans une situation de conflit. C?est dans un tel scénario que les intentions belliqueuses des Sharon pourraient, au nom de l?autodéfense, s?exprimer plus ouvertement. Une révolte particulièrement violente des Palestiniens justifierait une riposte encore plus sanglante. Le contexte serait plus profitable pour non pas coloniser mais ouvertement s?approprier ces territoires.

Entre-temps, le principal allié de Sharon, George W. Bush, a fait savoir qu?il réclamait un changement à la tête de la direction palestinienne. Ce qui fragilise davantage Yasser Arafat quoi qu?il était prévisible que le président américain allait se ranger aux côtés des Israéliens. Les deux parties mettent en avant l?incapacité, voire l?absence de volonté, du leader de l?OLP à mettre fin à l?Intifada. Au nom de la lutte contre le terrorisme, Yasser Arafat est placé en haut de la liste rouge. Certes, il est vrai que ce dernier fait preuve d?une velléité autocratique, qu?il semble encourager l?Intifida et qu?il ne crée par les conditions nécessaires du côté palestinien pour une reprise des dialogues. Mais d?un autre côté, il demeure la principale référence des Palestiniens. Ces derniers ont été des milliers d?ailleurs à venir le soutenir en scandant : « Nous te vengerons avec notre sang. »

La prise de position du président américain vient rassurer les Israéliens dans leurs intentions de provoquer l?exil, voire de tuer, le leader de l?OLP. Toujours, au nom de cette fameuse lutte contre le terrorisme, la légitimité recherchée pour une éventuelle élimination d?Arafat est toute trouvée. Si, dans les cas de Ben Laden et de Saddam Hussein, on avait affaire à des hommes qui n?étaient pas des élus, par contre, avec Arafat, on retrouve un homme choisi par un peuple pour le diriger. La tentation de l?éliminer pousse la logique de la guerre contre le terrorisme dans son extrême irrationalité.

L?impuissance de la communauté internationale et des Nations unies ne vient que renforcer cette folie guerrière. Une assemblée générale extraordinaire des Nations unies devait se tenir vendredi dernier pour demander à Israël de renoncer à son projet de faire exiler ou de tuer Yasser Arafat. Déjà, mardi dernier, les États-Unis avaient mis un veto à un projet de résolution abondant dans ce sens. Dans les conflits liés à la lutte contre le terrorisme, les Nations unies sont devenues une véritable farce.

Au-delà du cas de Yasser Arafat, il devient évident que le monde est en train de basculer dans un ordre ? ou pourrait-on dire désordre ? où seuls les États-Unis détiennent toutes les cartes maîtresses. Un monde unipolaire où, à n?importe quel moment, la loi du plus fort ne craindra pas de s?exprimer.

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