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Mohnisha, une adolescence détruite par un accident
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Mohnisha, une adolescence détruite par un accident
Devika Hurbungs est une mère aigrie. Elle attend depuis dix ans que Mohnisha, sa fille, soit compensée pour l?accident qu?elle a subi à la jambe. Un van l?a heurtée alors qu?elle n?avait que sept ans, la rendant invalide. Cette semaine, en cour, Devika a accepté l?arrangement passé avec celui qu?elle poursuivait, mais le regrette : comment pourra-t-elle garantir à sa fille un avenir tranquille avec Rs 400 000?
«Depuis mardi (NdlR : jour du procès opposant les Hurbungs à la compagnie Happy World, propriétaire du véhicule impliqué dans l?accident), je ne suis plus dans mon état normal. Je rêve depuis dix ans du moment où je pourrais rendre à ma fille sa jambe, par une opération de chirurgie esthétique en Afrique du Sud ou en Europe. Mais cela coûte des millions de roupies. Nous avons réclamé Rs 5 millions. Nous n?en avons eu que Rs 400 000 Comment y arriverai-je? », se demande Devika Hurbungs, 39 ans.
Dans la foulée, elle soulève la jupe de Mohnisha, aujourd?hui âgée de 16 ans, pour dévoiler ses cuisses. Et là, c?est une vision d?horreur. La cuisse gauche de l?adolescente ressemble à une peau de crocodile tant elle est couverte de cicatrices qui descendent le long de la jambe jusqu?au tibia. Son genou n?est plus qu?une bosse informe et boursouflée. La jeune fille ne peut plus se mouvoir normalement et traîne la jambe. Elle ne sait plus ce qu?est plier le genou.
Séquelles morales
Le drame remonte au 15 juillet 1994. Mohnisha est alors en Std III, à la Petit Raffray Government School. Elle est plutôt bonne élève. Pour qu?elle s?améliore davantage, Devika, qui fait du ménage dans des bungalows de Kalodyne, et son mari Shivnarain, homme à tout faire, lui font prendre des leçons particulières avec un instituteur qui habite Fond-du-Sac. Ce jour-là, au sortir de l?école, la fillette se rend à sa leçon. Elle longe la boutique Gowreesungkur, à Petit-Raffray, devant laquelle est garée une fourgonnette de livraison de Happy World Ltd. A un moment donné, le véhicule recule et fait tomber Mohnisha avant de lui passer sur le corps. L?enfant s?évanouit.
Gravement blessée à la jambe, Mohnisha est transportée à l?hôpital SSR où elle demeure un mois. Ses plaies tardent tellement à guérir que l?amputation est même envisagée. Ses parents sont catastrophés. Mohnisha est transférée à l?hôpital Victoria où elle reste un autre mois. Une partie de peau de la cuisse droite est prélevée et greffée sur la cuisse gauche. Mais cela ne lui rend pas pour autant l?usage de sa jambe gauche dont l?incapacité est évaluée à 65 %.
A ses séquelles physiques s?ajoutent celles morales. Mohnisha est si découragée qu?elle a du mal à étudier convenablement. Les jours où sa jambe la fait atrocement souffrir, elle n?a pas le courage de se rendre à l?école.
Depuis que sa fille a été blessée, Shivnarain est sous le choc. Une baisse de tension subite et drastique lui est fatale un an après l?accident. Devika se retrouve alors seule à élever Mohnisha et son frère, Shivamsha, aujourd?hui âgé de 13 ans.
La jeune fille parvient tant bien que mal à atteindre le Certificate of Primary Education mais échoue à l?examen final. Elle redouble mais l?échec est encore au rendez-vous en fin de parcours. Elle est donc renvoyée de l?école. Depuis, elle végète dans la maison à Petit-Raffray, étant incapable d?accomplir les travaux domestiques les plus simples, comme balayer.
Son rêve d?enfant de devenir un jour esthéticienne s?est volatilisé. Elle ne fait qu?un peu de couture et de broderie. Complexée par les cicatrices qu?elle porte aussi bien physiquement que moralement, elle ne peut même pas envisager le mariage. «Si ou pas conne lire zordi, ou ène zéro. Ou pas vaut narien. Ban garçons aster-là, zot guette l?éducation, la beauté. Ler zot pou guette so lipié zot pou sauvé», se lamente Devika.
Peu de temps après l?accident, les Hurbungs intentent un procès de réclamations à Happy World Ltd. Me Anil Kumar Ujodha, leur avocat d?alors, leur conseille de réclamer Rs 5 millions. C?est ce qu?ils font. L?affaire traîne. Ils sont obligés de trouver un autre homme de loi quand Me Ujodha est nommé magistrat. C?est l?avocat Kader Bhayat qui récupère l?affaire. Leur avoué est Me Ally Rojubally.
La police a le temps de poursuivre le chauffeur de la fourgonnette, un certain Rajendra Rutun, pour homicide involontaire que le procès de réclamations n?est toujours pas pris sur le fond. Rajendra Rutun plaide non coupable devant le tribunal de Mapou mais le magistrat en décide autrement. Il est condamné à une amende de Rs 2 000.
Le temps passe. Le procès de réclamations doit être appelé le mardi 16 septembre et deux jours avant, Devika et sa fille se rendent au cabinet de Me Bhayat pour un briefing. Devika attend qu?un briefing similaire ait lieu mardi matin mais tel n?est pas le cas. Une fois en cour, Me Bhayat discute avec l?avocat de la partie adverse dans le but de parvenir à un accord. L?avocat de la compagnie propose d?abord un dédommagement de Rs 200 000. Indignée, Devika refuse. Les négociations reprennent entre avocats et la surenchère est portée à Rs 400 000.
somme dérisoire
«Je ne voulais pas accepter cette somme que je trouve dérisoire car je considère que les dommages subis par ma fille sont nettement plus élevés. Mais mo avocat dire moi accepté, ki zaffaire là risqué traîné encore, ki mo pou bisin retourne dans box. Létemps mo guette mo avoué pou conné ki bisin fer, li aussi dire moi accepté. Monne accepté mais mo regretté zordi», affirme-t-elle.
De plus, poursuit Devika, une fois qu?elle aura payé l?avocat et l?avoué, il ne lui restera pas grand-chose. «Couma dire mo zenfant ine gaigne ène ti cash pou partage li. Je ne peux même pas envisager une greffe dans un pays étranger pour elle».
Elle en appelle au ministère de la Santé. «J?aurais souhaité que le ministère de la Santé se penche sur son cas et voit s?il ne peut pas la faire opérer à ses frais à l?étranger pour qu?elle puisse retrouver l?usage de sa jambe».
Devika se dit dégoûtée par la vie. «Mo tifi pas ti dans so tort. Si li ti en tort, mo pas ti pou poursuivre. Li ène victime. Ce kine arrive nous li ène grand injustice?»
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