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Quatre mutants pour réaliser « Mosaik 1.0 »

13 septembre 2003, 20:00

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Il y a un an et demi, lorsque Jonathan, Krystel, Marc et Wendy débarquaient dans des bureaux pour exposer leur projet, on les prenait pour de jeunes fous. Avec leurs dix-neuf ans et des poussières, leur bouille juvénile, leurs jeans délavés, c?était comme s?ils entraient par effraction dans un univers réservé aux adultes.

« Des portes se sont fermées devant nous. Certains de nos messages et de nos questions sont restés sans réponse », raconte Krystel. On n?avait pas de temps à perdre avec des jeunes rêveurs qui, fraîchement débarqués du collège, prétendaient publier un guide pratique sur les études universitaires dans le monde. « On nous demandait à chaque fois le nom de l?entreprise pour laquelle on travaillait », renchérit à son tour Wendy.

Comment expliquer aux gens qu?ils ne travaillaient pour aucune compagnie, que leur projet s?appelait pour le moment « projet X », qu?ils s?appelaient « le Team » et que leur rêve était réalisable ? Un véritable casse-tête ! Qu?à cela ne tienne, Envers et contre tous, mais aussi avec l?aide de quelques personnes bienveillantes, ils ont continué, la foi chevillée au corps, à naviguer contre vents et marées jusqu?à bon port.

Quand on est jeune et frustré, on est capable de tout. Par exemple de décider qu?il faut coûte que coûte faire quelque chose pour ceux qui veulent poursuivre leurs études, mais qui ne savent pas à quelle porte frapper.

Des jeunes gens talentueux

On est aussi capable de renoncer à un stage rémunéré dans une entreprise privée, comme l?a fait Krystel, pour se lancer à l?aventure dans l?inconnu. On peut aussi faire appel aux amis de ses amis pour que les choses aillent un peu plus vite. D?appeler les mêmes personnes pour la énième fois jusqu?à ce qu?elles daignent vous écouter.

Résultat : au bout de dix-huit mois, nos quatre jeunes font un joli pied de nez à ces adultes qui n?ont pas cru à leur projet, et surtout à ceux qui leur ont mis des bâtons dans les roues. « Une belle revanche sur les sceptiques, mais aussi sur toutes les fois où on a dû galérer pour produire notre ?uvre ! », s?écrie Wendy. Comme quoi le temps joue toujours en faveur des gens talentueux qui en veulent.

Mosaik 1.0 est donc né il y a quelques jours. Le 8 septembre précisément. Somptueux sous sa couverture noire.

Du jamais lu ! Avec son lot d?informations pratiques, ses chiffres, ses témoignages, Mosaic 1.0 est un guide novateur, rempli de renseignements pour qui veut suivre des études supérieures à l?étranger comme à Maurice.

Les quatre jeunes ont ainsi couvert douze pays : l?Australie, le Canada, la Chine, la France, l?Inde, la Malaisie, Maurice, la Russie, Singapour, l?Afrique du Sud, le Royaume-Uni et les États-Unis. Au fil des pages, ils donnent un aperçu de ces pays, de leur climat, de leur culture, des différentes universités, des calendriers, du prix des études, mais aussi et surtout des témoignages d?étudiants qui y sont déjà.

Pour l?Afrique du Sud, par exemple, on apprend qu?il faut compter Rs 200 000 par an pour payer ses cours, les frais d?hébergement et vivre confortablement. L?année universitaire commence en février et se termine vers novembre-décembre. Pour s?inscrire, il faut télécharger les fiches d?inscription par l?Internet. Pour obtenir le visa et le permis de séjour étudiant, il faut le demander au haut-commissariat sud-africain. Le guide donne des adresses, la liste des documents à présenter, le coût total des formalités à accomplir telles que le dépôt de Rs 10 000 en cas de rapatriement etc.

Le but est surtout d?orienter les jeunes, de leur donner des adresses pour qu?ils sachent par où commencer », Explique Wendy.

Il faut dire que le travail abattu est colossal. En mars 2002, alors qu?ils échafaudaient leur projet, les quatre jeunes gens se voyaient régulièrement, passaient des nuits blanches à organiser le travail, à se soutenir mutuellement, quand l?un d?eux se trouvait dans une impasse.

« On a eu le vertige de la page blanche quand il fallait trouver le titre. » Comme ils n?avaient jamais fait de journalisme, ils ont parfois dû se tourner vers les gens pour vérifier les informations.

Trouver le financement a été une autre paire de manches. « On a tenu à n?insérer que de la pub qui avait trait à l?éducation, aux assurances, aux banques. Et on a essuyé des réponses comme « Revenez pour votre prochaine édition » ou « On n?est pas une institution caritative ».

Et puis au fur et à mesure, le Team a dû se disperser parce que ses membres partaient pour l?université. Mais ils continuaient à communiquer par mail, à partager le travail. « Les derniers mois de bouclage ont été les plus durs. Nous n?étions que deux. Il fallait faire le va et vient à l?imprimerie, expliquer au graphiste le format qu?on avait en tête. C?était la crise quand la couleur affichée sur l?écran ne correspondait pas celle du papier », raconte Wendy.

Tout est possible?

Aujourd?hui, les deux filles qui sont à Maurice en ce moment sont contentes d?elles, de leurs premières armes à la rude école de la vie. « On a appris que dans cette société, il faut avoir des contacts pour avancer. » Elles savent désormais que tout est possible quand on travaille en osmose avec les autres. Elles sont pleines de gratitude pour leurs parents qui les ont soutenues et aidées financièrement, en payant les factures de téléphone ou les pellicules, par exemple.

Aujourd?hui, Wendy peut rire de ce jour où on l?a prise pour une voleuse. « Une femme m?a même menacée. Ils croyaient que j?avais volé une carte du monde dans une agence de recrutement. Quand ils l?ont retrouvée, ils n?ont même pas daigné s?excuser », Confie Wendy. Krystel pardonne aussi à Marc son manque de ponctualité. « Quand on avait un rendez-vous à dix heures, je lui disais que c?était à neuf heures. S?il arrivait avec trente minutes de retard, on était encore en avance. »

Maintenant, ils ont rangé leur magnétophone, leur bloc-notes, leurs appareils photos et laissent leur bébé entre les mains des jeunes.

Krystel Dookhit regagne bientôt Paris pour sa deuxième année d?économie-gestion. Wendy Tsang Man Pun entame quant à elle sa première année de droit à l?université de Cambridge. Jonathan Lim Sze How bosse déjà dur au Canada. Marc est aussi pris par sa licence de Design en Australie.

Les quatre mutants de Mosaic 1.0 se retrouveront-ils un jour tous ensemble à Maurice pour se rappeler leurs aventures ? Leur seule certitude, c?est que même éparpillés aux quatre coins du monde, l?esprit du Team persistera. Leur amitié est scellée à jamais. Leur reconnaissance pour Wilson Li Youn Hing est infinie, car c?est l?adulte qui a cru en eux.

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