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Prendre le relais
La République mauricienne a fait la démonstration avec les 6esJIOI de ce dont elle est capable. En termes de savoir-faire et de respect des échéances. La population a profité de l?événement pour envoyer un message fort d?unité et d?appartenance à la nation. Le défi post-Jeux consiste à capitaliser cet élan en donnant priorité aux priorités.
La priorité n?est pas politique. La transition de septembre avec l?accession de Paul Bérenger comme PM et de SAJ au poste de président a été plébiscitée par l?électorat en 2002. L?élection partielle au no. 7, pour importante qu?elle soit pour les blocs et politiques, s?inscrit dans le cadre du fonctionnement normal de la démocratie. Lors des élections générales de 2005, l?électorat choisira les gouvernants pour 2005-2010. Un pays ne peut pas être toujours l?otage de l?électoralisme.
La priorité est de mettre un terme à la « corruption » de la lutte contre la corruption. Jusqu?ici on a assisté à un simulacre de lutte contre ce fléau, où le spectacle se dispute la vedette avec un amateurisme inacceptable. Si on ne peut que se réjouir qu?un frein ait été mis au jeu de massacre, il y urgence à mener un rethinking stratégique en profondeur pour gagner en efficacité. Le pays n?a ni les moyens ni le temps de laisser persister la méthode trial and error. Si on prend la peine de suivre de manière responsable le déroulement de l?enquête que mène l?Icac sur l?affaire de détournements de fonds à la MCB, on y perd son latin. Il y a trop de choses qui dépassent l?entendement, qui ne répondent à aucune logique.
L?autre priorité est d?éviter de transformer la nécessité du Good Corporate Governance en une nouvelle religion où l?obsession de la conformance risque de détruire la performance. L?adhésion tapageuse à laGood Corporate Governance à Maurice ne relève-t-elle pas davantage d?une envie de se donner bonne conscience qu?autre chose ? À vouloir trop faire en termes de conformance, l?administration finira par mobiliser toutes les énergies des entreprises. Dans sa conception intégriste, la Good Corporate Governance est un sabot de Denver pour les entreprises. C?est grave, très grave dans la présente conjoncture.
La priorité des priorités reste la création d?entreprises performantes pour créer des emplois productifs, source de richesses. Il faut d?abord créer la richesse avant de la partager.
Cependant, cette vérité ne doit pas servir d?argument pour ne pas reconnaître la nécessité d?engager un débat sérieux et en profondeur sur la démocratisation de l?économie mauricienne. La concentration des richesses est une réalité à Maurice. Elle deviendra de plus en plus problématique. Dans ce sens, la clé du développement de Maurice à l?avenir relève autant d?une politique économique appropriée que de l?économie politique qui va la sous-tendre. Cet enjeu fondamental devrait interpeller tous les acteurs du développement, hommes politiques, capitaines d?industrie, syndicalistes et autres.
Pour y arriver, certains devraient descendre de leurs tours d?ivoire et sortir de leurs bulles virtuelles pour reconnaître les réalités, les aspirations et attentes de la population. Il faut cesser d?empoisonner le débat avec des slogans démagogiques à relent raciste basés sur des vues simplistes sur la concentration des richesses et du patrimoine. Il faut aussi se garder de faire de faux procès aux entrepreneurs. Ce n?est pas dans une économie politique inspirée de l?idéologie sakenn so bout que résident les clés du développement national.
Les conditions existent pour un débat sérieux et responsable pour dégager les axes d?un modèle de développement socio-économique juste et équitable, animé par des valeurs modernes. La balle est dans le camp des acteurs du développement qui ont cette vision et qui croient en ces valeurs. C?est à eux de prendre le relais que la population leur a transmis dimanche dernier.
par Malenn Oodiah
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