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Les leçons de cancun
Cancun. Jusqu?à cette semaine, ce nom n?avait aucune signification pour de nombreux Mauriciens. Pourtant une rencontre d?une importance capitale pour des pays en développement, comme Maurice, s?y tient. Les ministres du Commerce des 146 pays membres de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), se retrouvent à la station balnéaire mexicaine pour discuter des modalités des échanges commerciaux entre les États signataires de l?accord signé à Marrakech au Maroc, en 1994, pour créer l?OMC.
Notre pays est représenté à cette réunion par une délégation mixte secteur privé-gouvernement dirigée par le ministre du Commerce international, Jayen Cuttaree. Ce dernier a bien situé les enjeux de la rencontre ministérielle. Nous y jouons la survie de notre économie, déclare-t-il.
D?un point de vue mauricien, la réunion de Cancun a le mérite de nous rappeler les contraintes à la poursuite du développement économique de notre pays. Celles-ci sont connues : la petitesse du marché local, la dépendance sur des régimes préférentiels, la cherté de nos coûts de production, l?éloignement de nos principaux marchés d?exportation, la qualité parfois médiocre de certains de nos produits. Si l?on doit concourir dans un environnement sans filet de protection, ces désavantages s?avéreront de vrais boulets.
Quand on sait qu?à terme, la mondialisation est inéluctable et que les barrières tarifaires et non tarifaires disparaîtront, on est condamné à se créer des opportunités dans le nouvel ordre qui régira le commerce international à partir de janvier 2005. Pour y parvenir, il faut bien capitaliser sur nos atouts. Sur ce chapitre, Maurice peut compter sur quelques solides acquis. Notre population a la faculté d?apprendre rapidement. L?infrastructure du pays n?est pas délabrée. Les entrepreneurs mauriciens savent se montrer dynamiques quand ils le veulent. Et surtout, on note à Maurice, une entente parfaite entre le secteur privé et le secteur public, quand il s?agit de relever des défis économiques.
La tâche de nos représentants à Cancun n?est pas facile. Les intérêts divergents des pays d?un même bloc et la complexité des relations commerciales les contraignent à réaliser un véritable numéro d?équilibristes. Tantôt Maurice doit se ranger aux côtés des pays développés, comme c?est le cas sur la question des subventions agricoles, tantôt elle doit se montrer solidaire des pays les moins avancés. Il en est ainsi quand il s?agit de l?accès aux marchés pour les produits non agricoles.
Quoi qu?il en soit, les Mauriciens doivent se rappeler que notre économie dépend grandement des marchés à l?exportation. Donc, il faut nous préparer à opérer sans les béquilles que constituent les régimes commerciaux préférentiels. Tout simplement, parce qu?à l?avenir, les produits venant des pays en développement ne bénéficieront d?aucun traitement privilégié.
L?objectif premier de toute stratégie commerciale est de mettre sur le marché des produits de qualité à un prix compétitif. Pour y arriver, il faudra assurer une formation adéquate de la main d??uvre mauricienne. On doit investir dans la recherche. Les politiques, entrepreneurs, cadres et ouvriers mauriciens doivent faire preuve d?imagination et de rigueur. Baisser les bras un seul instant implique la perte de compétitivité, et partant, des parts de marchés.
Même si ces conditions internes au pays sont satisfaites, on ne sera pas complètement à l?abri de quelque revers. Il faut savoir se tourner vers la région. C?est notre planche de salut.
Le décollage économique de Madagascar représentera un apport de quelque 13 millions de consommateurs. La mise en ?uvre de l?intégration au niveau africain ouvrira des perspectives aux États du continent et de ceux de l?océan Indien. On pourra alors dire que l?on s?approche de cette masse critique indispensable à la création d?un véritable marché régional et des entités fortes. Alors, les relations avec d?autres blocs de pays industrialisés se développeront. Dans l?interview qu?il nous a accordée, le nouveau haut-commissaire indien à Maurice, Pripuran Singh Haer, souligne les possibilités offertes à Maurice. Le pays a une belle carte à jouer, mais faut-il que les Mauriciens comprennent les enjeux et soient prêt à s?engager pour relever le défi.
par Jérôme Boulle
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