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«Eliminer l?obstacle Arafat»

12 septembre 2003, 20:00

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Cette semaine aurait pu voir la célébration, aujourd?hui, du dixième anniversaire de la poignée de main «historique» entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, sur la pelouse de la Maison-Blanche, sanctionnant les accords d?Oslo. Aujourd?hui, ces accords sont «morts», selon le mot d?Ariel Sharon, Premier ministre d?Israël. Yitzhak Rabin a été assassiné en novembre 1995 par un extrémiste juif. Le siège autour de Yasser Arafat, président de l?Autorité palestinienne, se resserre. Et il n?est désormais plus question que de son expulsion.

Ce serait une «monumentale erreur», a averti le président égyptien Moubarak. Jacques Chirac considère, lui aussi, que ce serait une «grave erreur d?éliminer le représentant légitime de l?Autorité palestinienne». Les Etats-Unis y sont aussi hostiles, comme l?a rappelé un responsable de l?administration américaine : «Notre position est connue, établie depuis longtemps et inchangée. Lorsque la question s?est déjà posée dans le passé, nous avons toujours dit que cela n?aiderait pas et n?était pas la solution.»

Formule alambiquée

«Cela n?aboutirait qu?à lui fournir une tribune internationale d?où il continuerait à représenter un obstacle pour la paix», a-t-il déclaré sous le sceau de l?anonymat, reprenant l?analyse faite peu auparavant par le porte-parole du département d?Etat, Richard Boucher.

Le cabinet de sécurité, qui regroupe les principaux ministres du gouvernement d?Ariel Sharon et les responsables de la sécurité israélienne, s?était réuni pour discuter de l?attitude à adopter après les deux attentats-suicides palestiniens qui ont fait 15 morts mardi en Israël.

Après son retour de son séjour écourté en Inde, Ariel Sharon a réuni un cabinet de sécurité. Celui-ci, après de longues heures de consultations, a déclaré Yasser Arafat «obstacle à la paix» et pris la décision «de principe» d?«éliminer cet obstacle», sans détailler ni les moyens qu?Israël envisage ni un calendrier. Formule alambiquée, selon nombre d?analystes, qui doit prendre en compte l?opposition des Américains à son expulsion. Aussitôt, Nabil Chaath, ministre des Relations extérieures palestinien, a protesté contre cette «véritable déclaration de guerre».

Avant même cette séance, l?expulsion était partout à l?ordre du jour, encore qu?un sondage de la radio militaire indiquait que seuls 38 % de la population étaient en faveur d?une telle mesure.

Par ailleurs, des représailles contre le Hamas devraient se poursuivre, certains responsables militaires prévoyant des opérations d?envergure ce week-end. Toute la question étant de savoir si l?armée procéderait par incursions terrestres et «éliminations ciblées» par air ou par une nouvelle occupation de la bande de Gaza.

La hiérarchie militaire ne cache pas son peu d?enthousiasme pour cette dernière option. Avant même cette réunion de sécurité, à Ramallah, les forces armées israéliennes ont occupé, le dernier étage du ministère palestinien de la Culture, à quelque 300 mètres de la Mouqata?a, à portée des bureaux d?Arafat. Selon un porte-parole militaire, il s?agit de «l?empêcher d?avoir des contacts avec les groupes terroristes». Et aussi d?«un signal et un message à son adresse».

Des avions de la chasse israélienne ont survolé les bureaux du président de l?Autorité palestinienne pendant qu?il tenait des réunions. «Personne ne me chassera», a répondu Arafat à des journalistes, hier, à la Mouqata?a, tout en signifiant qu?il n?a pas, non plus, l?intention de partir de son propre gré. Plus de 1 000 Palestiniens s?y étaient rassemblés jeudi soir. Porté par ses gardes du corps, le leader palestinien souriant s?est adressé à eux. De son côté, Ahmed Qoreï (alias «Abou Ala») a décidé de former un véritable gouvernement, et non plus un «cabinet de crise» comme il en avait l?intention. Le débat d?investiture, prévu pour hier, a été repoussé à dimanche.

Pas de permis

Les parlementaires palestiniens invoquent le refus israélien de délivrer des permis de circuler à certains députés, mais aussi, selon Nabil Chaath, ministre des Relations extérieures du cabinet sortant, des «problèmes sur certains noms». Il s?agit, entre autres, de Mohammed Dahlan, ancien ministre chargé de la Sécurité intérieure du gouvernement démissionnaire.

«Il est le préféré des Américains, le Fatah n?en veut pas», résume-t-on dans ce mouvement. Car il s?agit aussi de satisfaire l?équilibre interne des ambitions au Fatah. Par ailleurs, un comité national coiffant les différents services de sécurité palestiniens a été créé, sous la direction d?Arafat. L?ancien Premier ministre israélien, Shimon Peres, qui a rencontré jeudi Powell à Washington, a estimé quant à lui qu?exiler Arafat serait une «erreur».

«Arafat, s?il quitte le pays, n?en sera que plus amer, et plus négatif», a-t-il déclaré aux journalistes. Arafat a déclaré à plusieurs milliers de Palestiniens réunis devant son quartier général de Ramallah qu?il ne bougerait pas de là malgré les menaces d?Israël.«Vous êtes courageux, mes bien-aimés. Abou Ammar (NDLR nom de lutte d?Arafat) restera ici», a-t-il déclaré, lançant des baisers à la foule, entouré de gardes du corps armés.

Par Jean-luc ALLOUCHE

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