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Qu?est-ce qu?on l?aime ce Lincoln !
Le cyclisme réunionnais a conservé, hier sur le redoutable circuit de Rose-Hill, sa longue invincibilité dans la course en ligne des Jeux des îles. L?île soeur a décroché, par l?entremise du sprinter Armand Henriette, une sixième médaille d?or consécutive, après celles de 1979, 1985, 1990, 1993 et 1998.
Devant une foule record estimée à plus de 10 000 personnes, foule totalement acquise à la cause des coureurs mauriciens, le vieux Henriette, 36 ans, a fait parler l?expérience pour devancer au sprint le talentueux Yannick Lincoln. Temps de la course : 3h10?26? pour les 122 kilomètres.
Le Mauricien décroche pour sa part sa troisième médaille des Jeux 2003 après l?or du contre-la-montre par équipes et l?argent de l?exercice solitaire. Il rejoint ainsi dans l?histoire Gilles L?Entêté, seul Mauricien à avoir relevé un tel défi jusqu?ici. C?était en 1985.
La deuxième place du vécéjiste vaut toutefois presque autant qu?une victoire. Seul contre trois Réunionnais (Armand Henriette, Ludovic Babef et Brice Payet) bien décidés à ne lui laisser aucune marge de manoeuvre ? trois coureurs qui, en outre, ont parfaitement joué le coup tant tactiquement que collectivement ? Lincoln s?est accroché de toutes ses forces pour offrir à son pays un ultime baroud. D?autres, à sa place, auraient sans doute terminé quatrième. Chapeau bas !
Cette course, il convient de le dire, s?est déroulée dans un cadre exceptionnel. Fermé à la circulation sur l?axe Saint-Jean-Beau-Bassin, le circuit de Rose-Hill a accueilli plusieurs milliers de spectateurs qui ne voulaient rien rater de l?ultime rendez-vous sportif des Jeux 2003.
Drapés pour la plupart du quadricolore, ils ont mis le feu à la course, ce qui n?a pas manqué d?impressionner les coureurs, peu habitués à cette ferveur. ?Je n?ai jamais vu ça. C?est incroyable. Au fait, je n?étais pas seul contre trois Réunionnais. J?ai senti que toute l?île Maurice était derrière moi. Ça m?a fait chaud au coeur?, clamait d?ailleurs Yannick Lincoln après la course.
Armand Henriette, pour sa part, a savouré comme il se doit ce qui devrait constituer l?ultime succès de sa carrière. Il range pour de bon sa bicyclette dans quelques jours, au terme du Tour de la Réunion. ?Ce fut une belle victoire tactique. Nos entraîneurs voulaient qu?on soit en surnombre à l?avant de la course. C?est exactement ce qui s?est passé?, se félicite le coureur du Vélo Club de l?Ouest, ancien porteur du maillot jaune sur le Tour de Maurice. ?Ludovic Babef et Brice Payet méritaient plus que moi la médaille d?or. Ils ont vachement durci la course pour se débarrasser de Yannick Lincoln. J?ai souffert. A plusieurs reprises, j?ai cru que j?allais sauter. Mais ils m?ont demandé de m?accrocher. Et je l?ai fait. Sur la fin, Lincoln n?avait plus de force pour aller me chercher.?
Et le Réunionnais d?ajouter : ?Quoi qu?il en soit, Lincoln a été très fort. Je le félicite pour la façon dont il a géré sa course. Il a été digne.?
Philippe De Cotte, conseiller technique régional de la Réunion, abondait dans le même sens à l?arrivée : ?La résistance de Yannick Lincoln a donné de la valeur à votre cyclisme. Il a été vraiment grand.?
Un commentaire qui n?a pas laissé insensible le nouveau patron du cyclisme mauricien. ?Venant de Philippe, ça fait plaisir. Ça console pour la médaille d?or manquée??
C?est que le vécéjiste, vous l?aurez compris, espérait davantage qu?une deuxième place. ?Je suis toujours déçu quand je perds. Sans doute parce que j?ai un tempérament de gagnant, confie-t-il. Mais la Réunion, je dois l?avouer, a très bien joué le coup. A l?arrivée, il faut bien que je me contente de l?argent.?
Invité à commenter sa course, Yannick Lincoln dira ceci : ?Les Réunionnais ont passé la matinée à m?allumer. Quand j?ai vu que Cédric Passée avait lâché prise et que je me retrouvais seul contre trois adversaires, j?ai compris que ça allait être infernal. Mais j?ai pris mon courage à deux mains, je suis resté serein. J?y ai cru jusqu?au bout.?
Yannick Lincoln a-t-il des regrets ? ?Disons que je me pose des questions. Si j?avais attaqué plus bas, est-ce que Henriette aurait tenu le coup ? Si Hacques était avec moi, est-ce que ça se serait mieux passé ? On se dit toujours si. Avec des si on refait le monde??
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