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« Des femmes-objets entre les mains des organisateurs »

6 septembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

- Le concours Miss Mauritius est relancé. Comment définissez-vous la beauté ?

Quand on suit des concours tels que Miss Mauritius, on a l?impression que la beauté se résume à l?aspect physique et à un stéréotype en particulier : celui de femmes minces, les 36, 24, 36. Le plus grave, c?est que cette image est répercutée dans la presse, dans les médias. On érige donc ce genre de femmes en modèle et on donne l?impression que les femmes potelées, par exemple, ne sont pas belles. C?est une injustice flagrante. Qui peut savoir qui est belle et qui ne l?est pas ? Est-ce qu?on ne fait pas de discrimination en classant les femmes ? Pour répondre directement à votre question, je dirai que la beauté c?est ce qu?il y a à l?intérieur de soi, ce que l?on est, c?est sa générosité. Quand on a de l?amour à donner, quand on fait attention aux autres, on a de la lumière dans les yeux, c?est ça la beauté.

- Ce concours ne porte pas que sur la beauté, mais une combinaison de beauté, d?intelligence et de charme.

En tout cas, la plupart de ces filles que j?ai eu l?occasion de voir et d?entendre lors de ces concours ne me semblent pas être dotées d?une grande intelligence. La plupart du temps, on leur pose des questions basiques, et même là, elles n?arrivent pas à répondre correctement. Je peux comprendre qu?elles puissent avoir le trac, mais on sent bien quand quelqu?un n?a pas d?opinion, qu?elle n?est pas au courant de l?actualité. Posez-leur des questions sur les problèmes sociaux tels l?avortement, la prostitution, ou le sida. Demandez-leur ce qu?est le Nepad, la SADC, l?Agoa et vous verrez si elles représentent l?intelligence.

- On constate néanmoins que le profil des candidates évolue. Elles sont de plus en plus diplômées. C?est bon signe, les ambassadrices de Maurice ne peuvent-elles pas ainsi mieux représenter le pays ?

Une vraie ambassadrice fait avancer son pays. Elle doit pouvoir représenter le pays n?importe quand, n?importe où, défendre par exemple ces personnes qui meurent de faim, ces femmes qui attrapent le sida parce qu?elles n?ont pas eu le choix etc. Elle doit s?intéresser aux problèmes qui existent dans son pays, être consciente des gender issues au lieu de mettre des bâtons dans les roues des autres femmes.

- Les détracteurs des concours de beauté estiment qu?ils portent préjudice aux efforts déployés pour faire avancer l?égalité des sexes et pour combattre l?exploitation des femmes. Vous partagez cet avis ?

Absolument. Pendant que certaines personnes font tout pour qu?on ne traite pas la femme comme un objet, une marchandise, qu?on respecte tout le temps la femme, qu?on arrête de la harceler, d?autres se pavanent en bikini, devant toute la population et les membres d?un jury. Je pense que cela fait reculer la cause des femmes.

- Toutes ces filles qui s?inscrivent à ces concours montrent quand même qu?il y a une libéralisation des m?urs. Quelque part, c?est une liberté que de pouvoir disposer comme on l?entend de soi et de son corps?

Ce ne sont pas des filles en bikini qui défilent sur un catwalk et se font prendre en photos par tout le monde qui symbolisent l?émancipation de la femme. Quand on les regarde, on constate qu?elles se ressemblent toutes, qu?elles marchent de la même façon. On se demande à quel point elles sont autonomes, libres dans leur tête. J?ai plutôt l?impression qu?elles ont été conditionnées, qu?elles ne se rendent pas compte qu?elles deviennent des femmes-objets entre les mains des organisateurs. This is a business et à qui profite ce gros business, on devrait se le demander.

De toute façon, ce genre de concours a été inventé par et pour les hommes.

- Il y a aussi des concours de beauté pour hommes?

Ça fonctionne sur le même principe de discrimination. C?est le musclé, le tombeur qui monte sur le podium. Est-ce qu?on prend en considération ceux qui sont attentionnés, qui aident dans les taches ménagères à la maison. Je crois que le débat reste entier tant du côté des femmes que de celui des hommes. Et puis, nous sommes tous des enfants de Dieu, on ne devrait pas nous catégoriser ainsi.

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