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A tous nos perdants des JIOI
En sport, ce qui donne au vainqueur sa valeur, c?est? le vaincu. De même que la mise en valeur de la couleur blanche nécessite la présence des nuances brunes aux alentours, l?exploit du champion n?est pas reconnu sans l?échec de son adversaire. En effet, en sport, le gagnant n?est gagnant que parce que son adversaire est perdant.
Autant le dire tout de suite, il n?y a pas de vainqueur en compétition sportive sans la présence de vaincus sur le terrain. Un sportif ne devient champion que lorsque ses adversaires ratent leur coup. Si sa performance atteint la reconnaissance publique, c?est grâce à la participation de ces derniers au jeu. Chaque victoire est donc le fruit d?une organisation sportive à laquelle chaque perdant a contribué par son échec, et le public par sa présence.
Et, à ce même public, chaque perdant, en s?investissant à plein régime dans le déroulement d?un jeu magnifique, lui offre en retour un moment d?émotion sublime. Songez à un coureur qui, seul en piste, se livre à une course contre la montre. Quelle que soit sa performance, il ne saurait enthousiasmer le spectateur de la même manière que le ferait une course qui se joue entre plusieurs participants.
La sensation qui s?en dégage est plus excitante. C?est ce moment unique où une poignée de coureurs s?approchent vivement du but en se livrant à une bataille féroce, l?un contre l?autre et chacun contre soi-même, qui fait vibrer le public. Cela avec une telle intensité que ce dernier vibrera longtemps encore au seul souvenir de cet instant magique.
Ainsi, le mérite de nos perdants n?est pas seulement dans leur participation à l?organisation des jeux pour dévoiler la splendeur de nos champions mais aussi dans la concertation de leur effort pour offrir au public un moment de bonheur qui lui a fait, ne serait-ce qu?un court instant, oublier ses dures réalités.
Tandis que les yeux de tous les spectateurs seront braqués sur les muscles de nos gagnants qui accéderont au podium et que, sur leurs lèvres, les noms de ces derniers retentiront à chaque coin de la rue, ce discours se veut un hommage à tous ceux qui n?ont pas eu et qui n?auront pas la chance de rentrer chez eux avec une médaille. Qu?ils soient rassurés, on se souviendra tous de leur effort. Ils ne sont pas vraiment perdants.
Là où règne l?esprit sportif, il ne saurait y avoir de perdants. S?ils ont perdu, c?est uniquement pour nous avoir dévoilé nos champions. En ce sens, nos perdants sont des gagnants. Vive les perdants !
par Vèle PUTCHAY
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