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28 jours plus tard images-chocs pour scénario défaillant

4 septembre 2003, 20:00

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Que ceux qui connaissent Londres essaient d?imaginer le coin Oxford Circus-Tottenham Court Road complètement désert en pleine journée, laissé à l?abandon comme une ville fantôme. Tout le reste de la capitale anglaise aussi : Piccadilly, les abords du Parlement, les ponts enjambant la Tamise? Pas un chat dans les rues; à l?arrière plan, le Millenium Eye toujours debout aussi stupidement qu?avant et, ça et là, quelque indice d?une terrible catastrophe qui aurait eu lieu. Filmées avec une caméra vidéo numérique, ces images donnent un pincement au c?ur et provoquent aussi une sourde angoisse. Peut-être à cause de leur texture qui rappelle les images de la télévision et donc fait penser aux informations, peut-être tout simplement parce que l?idée même?.

Mais ce ne sont pas avec ces images que débute le film de Danny Boyle, devenu presque un réalisateur culte. 28 jours plus tard débute avec des images horribles aussi, mais de manière disons plus conventionnelle : des images d?émeutes durement réprimées, de gens transformés en torches, de lynchages dans des pays arabes. Ces images défilent sur des écrans de télévision sous le regard d?un chimpanzé dans un laboratoire, retenu devant ces écrans comme l?était le personnage d?Orange Mécanique.

La référence paraît d?autant plus volontaire que dans le cas présent, l?image est réellement atroce : l?animal a des électrodes qui lui sortent du crâne, est pris de convulsions, pousse des cris et toute cette souffrance est difficilement supportable. Comme la vue des autres chimpanzés retenus dans ce laboratoire et visiblement traumatisés parce qu?on leur a fait subir. Autant d?images qui amènent le spectateur à éprouver de la sympathie pour les militants de la cause animale, qui viennent libérer ces primates.

Ce n?est qu?au moment où les chimpanzés portant un virus mortel et devenus subitement enragés, se jettent sur leurs libérateurs pour les massacrer qu?on se dit que ce n?était peut-être pas une bonne idée de les libérer après tout. Ce sont les effets de ce virus : en l?espace de vingt secondes, tout être humain qui le contracte se transforme en une sorte de zombie tueur hyper violent et enragé. La maladie se transmet au contact du sang ou de la salive d?un contaminé.

L?histoire n?est pas très claire là-dessus. Après l?incident dans le laboratoire, elle reprend 28 jours après pour se fixer d?abord sur le sort d?un survivant, Jim (Cillian Murphy), qui se réveille dans un hôpital désert. Sortant d?un mois de coma, il ignore tout des récents événements et c?est lui que nous voyons errer dans Londres vidée de tous ses habitants. Puis, son histoire rejoint celle de Selena (Naomie Harris) et Mark (Noah Huntley) lorsque ces derniers viennent à son secours quand il est attaqué par des contaminés. Ce sont eux qui le mettent au courant (??les nouvelles ne sont pas très bonnes?, lui annonce Mark).

Instinct de survie

Après une catastrophe, les survivants dans un environnement hostile se regroupent. Moins, bien moins pour se réconforter mutuellement que pour augmenter leurs chances de survie. C?est le propos du film dans cette première partie ; d?abord à travers le personnage de Selena, jeune femme pas méchante mais tout simplement intraitable et impitoyable dans son application jusqu?au bout de la logique de survie (on ne dévoilera pas ce qui se passe à un moment).

C?est aussi cette même démarche qui amène nos survivants à la rencontre d?autre survivants : Frank (Brendan Gleeson), le costaud sympathique et Hannah (Megan Burns), sa fille adolescente. Et, toujours avec ces mêmes motivations, le groupe de survivants prend la route vers Manchester dans le nord, après avoir capté un appel lancé par des militaires à la radio.

La logique veut qu?un virus dont les signes se manifestent en si peu de temps a peu de chances de survie et donc encore moins de chances d?être la cause d?une épidémie. C?est une de ces défaillances scénaristiques dont il faut s?accommoder. Car avec cette limite de 20 secondes, le scénariste nous évite en contrepartie, un suspense ?ordinaire? où on se demande constamment qui est contaminé ou pas.

Il justifie aussi l?élimination aussi rapide que brutale de certains personnages pour mieux faire ressortir l?horreur de l?épidémie? et amène le spectateur à compter jusqu?à vingt lors d?une scène cruciale. D?autre part, si le scénariste avait voulu nous éviter un suspense à bon marché, nous n?aurions pas eu droit à la séquence du tunnel, entre autres.

De plus, ce virus en tant que procédé scénaristique, pose des questions auxquelles le film ne répond pas (combien de temps les contaminés restent-ils encore en vie ? Pourquoi ne sortent-ils que la nuit ? S?ils sont en bandes et s?ils ont des pulsions si meurtrières, comment se fait-il qu?ils ne s?entretuent pas?) Il est plutôt question de sonder l?être humain dans son instinct le plus primitif, celui de survivre. La question y est abordée d?une manière très intelligente mais aussi très sombre et tellement désespérée. Cette première partie, filmée caméra au poing, bénéficie d?une réalisation nerveuse, avec une action qui, une fois lancée, ne retombe pas, et des scènes d?attaques très efficaces.

Il faut à la nature humaine une raison pour survivre, un but. C?est autour de ce thème que se construit la deuxième partie qui, de film de zombies, devient un road movie. Le danger laissé momentanément derrière, la campagne anglaise verte et paisible, les chevaux en liberté, la route libre de tout encombrement et l?espoir que suscite le but du voyage ? tout cela crée un espace de relative sérénité pour que les personnages se révèlent. Symbolique: cela se passe lors d?un pique-nique au milieu des ruines d?une abbaye du Moyen Age. Le moment est à la détente et surtout à l?idée même qu?il pourrait y avoir un futur. Frank, étant père, pense à sa fille Hannah. Quant aux autres, ils ne savent pas encore quel sera le but de leur existence, mais ils sont tout émus à l?idée de pouvoir y penser ; et nous aussi avec eux.

Il est dommage après tout cela que la troisième partie soit en deçà de ce que laissaient espérer les deux premières. Toujours dans le but d?en révéler le moins possible, on se contentera de dire que les protagonistes arrivent finalement chez des militaires, que ces derniers se révèlent être du genre qu?on aurait préféré voir exterminé, et que le road movie se transforme alors en un film d?action guerrière assez ordinaire avec des incohérences, des cassures dans le fil de l?action et un peu de confusion, aussi.

C?est là que les spectateurs feront leur choix : soit ils ne pardonneront pas à 28 Jours? de leur avoir tant promis au commencement pour finalement trahir leurs espérances dans sa dernière partie, soit ils auront été si enthousiasmés par les deux premières parties si riches qu?ils pardonneront volontiers au film cette faiblesse de fin de parcours.

On ne révèlera rien (car ceux qui verront le film s?y attendront) en disant que ceux qui auront choisi la première option se demanderont pourquoi, à la fin du film, l?avion qui survole les survivants ne leur envoie pas une bombe thermique; cela aurait été dans la logique de ce genre d?histoire. Les autres pardonneront à Danny Boyle d?avoir choisi une fin où l?avion agite ses ailes. C?est son film et il y a droit.

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