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Maurice défendra les spécificités des petites économies à Cancun

4 septembre 2003, 20:00

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Maurice a bouclé ses préparatifs en vue de la cinquième réunion ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) qui se tiendra à Cancun au Mexique la semaine prochaine. La sérénité est de mise au niveau des autorités mauriciennes même si la vigilance prime. ?L?important sera de pouvoir rallier une coalition pour défendre nos intérêts?, résume le ministre de l?Industrie et du Commerce international, Jayen Cuttaree.

Si Maurice est effectivement plutôt tranquille sur les dossiers comme le textile et l?agriculture ? nos principales exportations ? le pays tentera surtout d?arracher une avancée concrète sur la nécessité d?un traitement spécial et différencié pour les Etats en développement et les petites économies. La défense des préférences commerciales sera une autre priorité de Maurice à Cancun.

Jayen Cuttaree a eu deux importantes réunions de travail hier pour finaliser la position et la stratégie mauriciennes. Il a rencontré d?abord les instances du secteur privé, notamment les représentants du Joint Economic Council (JEC), de la Chambre d?agriculture, de la Chambre de commerce et d?industrie (CCI) et de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim).

Départ samedi pour Cancun

Le ministre Cuttaree était accompagné de ses hauts cadres notamment, Asad Bhuglah, directeur de la Trade Policy Unit et de son assistant, Narrainduth Boodhoo. Il a enchaîné avec une réunion au niveau ministériel présidé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Paul Bérenger.

C?est samedi que la délégation mauricienne quitte Maurice pour se rendre à Cancun. Elle sera dirigée par Jayen Cuttaree et par le ministre de l?Agriculture, Pravind Jugnauth. Le directeur du JEC, Raj Makoond, le secrétaire général de la CCI, Mahmood Cheeroo, et le secrétaire général de la Chambre d?agriculture, Jean-Noël Humbert, feront aussi partie de la délégation.

A 48 heures de son départ pour Cancun, Jayen Cuttaree se dit plus serein qu?il y a quelques semaines. Cela s?explique en grande partie par le fait que le dossier concernant les modalités de négociations sur les tarifs industriels a connu un développement positif la semaine dernière.

Les propositions initiales du président du comité chargé de ce dossier, Pierre Louis Girard, ont été modifiées à la satisfaction de Maurice. Initialement, ce dernier avait ciblé particulièrement le textile et le thon où les tarifs devaient être abolis. Le projet de déclaration finale de la réunion de Cancun ne cite aucun secteur spécifiquement. Par contre, le projet de déclaration finale fait précisément mention de la nécessité de préférences commerciales. Il y a aussi une mention spéciale pour les petites économies. Ce sont là des sources de satisfaction pour Jayen Cuttaree.

Mais l?OMC doit faire davantage, insiste le ministre. Un traitement spécial et différencié pour les pays en développement et les pays insulaires est nécessaire. ?L?OMC a reconnu la pertinence d?un traitement spécial et différencié pour les Etats les moins avancés, elle doit en faire de même pour les pays en développement comme Maurice qui sont autant, sinon plus vulnérables, que les PMA?, déclare Jayen Cuttaree.

Un traitement spécial et différencié permettrait au pays d?ouvrir plus lentement son marché en réduisant les droits de douane. Une telle approche protégerait l?industrie locale de la concurrence des produits importés et ne réduirait pas les revenus de l?Etat en termes de droits de douane. Maurice est un pays dont le budget en dépend beaucoup, précise Jayen Cuttaree.

?Le traitement spécial et différencié sera sans doute un major issue à Cancun. Le délai pour arriver à une proposition sur ce sujet a été dépassé mais je pense qu?on pourra toujours trouver un consensus à Cancun?, commente pour sa part le directeur du JEC, Raj Makoond. C?est un sujet que le continent africain tient à coeur et Maurice peut compter sur leur soutien pour tenter de faire avancer les choses.

Le prix du sucre remis en question

Outre cette approche défensive, la délégation mauricienne compte aussi jouer la carte des petites économies pour obtenir le maintien des préférences commerciales. Les petits Etats insulaires comme Maurice sont désavantagés de par leur taille même. Avec un petit marché domestique, il est difficile pour l?industrie locale de bénéficier d?économies d?échelles qui les rendraient aptes à concurrencer les autres pays.

Le développement économique de Maurice a été bâti sur des préférences commerciales pour le sucre et le textile, qui sont sous pression. D?une part, le prix de soutien du sucre sur le marché européen, qui est lié au prix du sucre ACP, est remis en question. D?autre part, l?élimination des tarifs sur les produits industriels ferait perdre à Maurice ses avantages compétitifs sur les prix par rapport à des producteurs comme la Chine et le Vietnam, rappelle Jayen Cuttaree.

Bien que les propositions de Pierre Louis Girard sur le textile notamment aient été écartées et qu?un accord sur l?agriculture semble lointain, la vigilance reste de mise. D?où la nécessité pour Maurice de continuer à militer pour la reconnaissance des spécificités des Etats insulaires qui ne peuvent compter que sur deux ou trois produits d?exportation pour leur survie économique.

Comme indiqué par Jayen Cuttaree, Maurice comptera surtout sur le soutien des pays amis pour défendre ses intérêts sur plusieurs dossiers, à savoir, la nécessité d?un traitement spécial et différencié pour les pays en développement, le textile, l?agriculture, le concept des petites économies insulaires, et les services.

Mardi prochain, la veille de l?ouverture de la réunion ministérielle, Jayen Cuttaree comme porte-parole de l?Union africaine, aura une série de rencontres de mise en commun avec le groupe africain. Ce dernier aura une séance de travail avec le chef négociateur américain, Robert Zoellick, une deuxième avec sa contrepartie européenne, Pascal Lamy, et une troisième session en interne. Ces réunions seront cruciales pour inclure dans la position commune africaine les préoccupations de Maurice qui ont d?ailleurs été prises en compte dans la déclaration adoptée à l?issue de la réunion des ministres africains du commerce qui s?est tenue à Maurice en juillet.

Le pays joue en gros sur deux tableaux. Il compte sur le soutien de l?Afrique et de tous les Etats en développement pour obtenir une avancée sur le traitement spécial et différencié. Puis, parallèlement, il aura aussi à faire comprendre à l?OMC les spécificités des petites économies et intégrer la nécessité du maintien des préférences commerciales dans le cadre de la libéralisation du commerce. La délégation mauricienne à Cancun aura à jouer aux équilibristes de la diplomatie.

Rapport

La Banque mondiale pour une approche ?pro-pauvres?

Dans un rapport rendu public hier sur les perspectives économiques globales, la Banque mondiale (BM), plaide pour la poursuite du processus qui a démarré à Doha, il y a deux ans, lors de la dernière réunion ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce. Comme les pays en développement et les moins avancés, la BM reconnaît que la réunion de Doha était, pour la première fois, pleine de promesses pour les pays les plus pauvres de la planète. Va-t-on laisser cet espoir s?éteindre à Doha ou au contraire va-t-on poursuivre dans la même voie pour enfin réduire la pauvreté dans le monde ? interroge l?institution de Bretton Woods. Comme Maurice et l?Union africaine, la BM soutient que l?élimination des barrières tarifaires, soit la libéralisation, n?est pas la panacée pour les maux économiques et sociaux des pays pauvres. La BM préconise donc une approche ?pro pays pauvres? dans la ligne de l?agenda balisé à Doha. L?institution se dit convaincue que des avancées fructueuses à Cancun sont la voie pour la relance de l?économie mondiale qui passe par une intégration du monde sous-développé.

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