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L?Arabie saoudite renoue avec Moscou
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L?Arabie saoudite renoue avec Moscou
Dans les années 90, le prince Abdallah Ben Abdel Aziz, grand amateur de faucons, était ministre saoudien des Affaires étrangères. Ses activités, tout comme sa passion, l?amenèrent alors à consacrer beaucoup de temps au dossier afghan. Avec une nette préférence pour la ville de Kandahar, capitale de la fauconnerie afghane et berceau des talibans.
Aujourd?hui, le prince héritier Abdallah Ben Abdel Aziz, 79 ans, dirige de facto le royaume et vient d?entamer une visite officielle de trois jours en Russie. Du jamais vu dans l?histoire des relations diplomatiques entre Moscou et Riyad, deux capitales brouillées depuis la fermeture en 1938 de la mission soviétique à Djedda. Il n?y a ?aucune perspective d?amélioration des relations entre nos pays?, avait tranché à l?époque le commissariat au peuple des Affaires étrangères. C?était bien vu : quelques années plus tard, Riyad allait s?arrimer définitivement aux côtés des États-Unis en accordant concessions pétrolières et, surtout, garantie de l?approvisionnement.
Ce pacte d?un demi-siècle a tenu bon et traversé toutes les crises : guerre froide, conflit afghan, chute du Mur... Trop d?intérêts étaient en jeu pour que l?une ou l?autre des parties puisse songer à le dénouer.
Jusqu?au 11 septembre 2001. Ce jour-là, tout changea. Vladimir Poutine le comprit. Et se chargea, peu après, de faire la leçon à George W. Bush, venu en visite officielle en Russie. A son homologue et sous le regard des caméras, il rappela que l?essentiel du commando terroriste parti à l?assaut des tours jumelles était saoudien. Autrement dit : les Etats-Unis avaient un vrai problème.
George W. Bush fit mine d?ignorer l?avertissement et poursuivit sur sa lancée irakienne. Résultat : deux ans plus tard, Moscou et Riyad, les deux premiers producteurs mondiaux de pétrole (plus de 16 millions de barils/jour à eux deux), sont en train de se rapprocher à grands pas tandis que l?armée américaine piétine dans des sables irakiens tardant à dégorger leur pétrole.
Dans l?absolu, les Etats-Unis n?ont pas à s?inquiéter : le front russo-saoudien en voie de constitution n?a nul intérêt à menacer le principal débouché mondial de la manne pétrolière. Néanmoins, Washington ne peut rester indifférent : le contrôle et la sécurité de l?approvisionnement énergétique des Etats-Unis sont, peu à peu, en train de glisser hors des mains américaines. Ce que relève le quotidien Kommersant : cette idylle naissante ?ouvre des perspectives d?influence sur le marché pétrolier mondial?.
A la veille du voyage en Russie du prince héritier, les autorités saoudiennes ont clairement affiché la couleur : ?Cette visite, a expliqué un haut responsable, intervient dans le cadre du souci du royaume d?établir des relations équilibrées avec les différents pays.? Pour bien montrer qu?il ne s?agit pas de mots, le prince héritier a réquisitionné pour son voyage à Moscou tous les hauts responsables du royaume. Saoud al-Fayçal, le ministre des Affaires étrangères, Ali al-Nouaïmi, le ministre du Pétrole, artisan du rapprochement avec Moscou, et le ministre des Finances, Ibrahim al-Assaf, l?accompagnent. Lui-même a donné le ton : ?Ce jour historique, a affirmé hier au Kremlin le prince héritier, restera dans l?histoire des relations entre la Russie et l?Arabie saoudite.?
Le menu des discussions tout juste entamées est très chargé : outre la coopération pétrolière entre la Russie et l?Opep, il devrait être question de lourds investissements et d?un important projet de coopération sécuritaire en discussion depuis plusieurs mois. Un premier accord visant à ?développer les relations de partenariat bilatéral dans le domaine du pétrole et du gaz? a été signé.
D?autres contrats entre entreprises russes et saoudiennes devraient être finalisés.
Patrick de Saint-Exupéry
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