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Le ministre Mudenge promet une solution équitable

3 septembre 2003, 20:00

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Lueur d?espoir pour les agriculteurs mauriciens établis au Zimbabwe. La réforme agraire qui leur a volé le sommeil a officiellement pris fin. Les autorités zimbabwéennes s?attachent à présent à réparer les injustices commises, assure Stan Mudenge, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Robert Mugabe.

En voyage de noces à Maurice, Mudenge a essayé, hier, de rassurer la presse locale ainsi que les parents des fermiers mauriciens vivant dans son pays. Les fermiers en question accueillent ses promesses de ?justice? avec scepticisme, pour dire le moins.

?We will try to be fair?, promet le ministre. ?Je n?en crois pas un mot. Je demande à voir?, réagit Benoît Lagesse du Zimbabwe. Ce dernier est le porte-parole de la trentaine de familles d?agriculteurs mau-riciens qui y vivent.

Le Zimbabwe a entamé une réforme agraire, il y a trois ans. Les fermes appartenant aux fermiers blancs ont été saisies de force, sans compensation aucune. La violence qui a accompagné ces saisies a tué cinq fermiers. Une nette détérioration des droits de l?homme a été notée. L?économie du pays était en pente, les sanctions économiques imposées par la communauté internationale et trois années de sécheresse ayant précipité la ruine.

La bagarre première des Zimbabwéens est contre les anciens colons, ces fermiers de souche anglaise qui exploitent 70 % des terres arables du pays. Mais les fermiers d?origine mauricienne n?ont pas été épargnés.

?Je suis en ce moment même en train de résister à la saisie de ma ferme. J?ai fait appel à la justice. Mais le verdict tarde à tomber et entre-temps, les Zimbabwéens s?implantent sur mes terres. Ils essayent de m?engager à signer un accord avec eux en attendant que la Haute Cour tranche. Ils sont convaincus que je perdrai l?affaire de toute façon ?, relate Benoît Lagesse. Un autre fermier mauricien et sa femme viennent d?être tabassés pour la troisième fois depuis le début de la réforme, raconte-t-il.

?Les Mauriciens tout comme les Sud-Africains et les Européens issus de pays amis ont été pris dans la tempête bien qu?à l?origine ils n?étaient pas concernés. Malheureusement, sur le terrain, on ne fait aucune distinction par rapport à l?origine du fermier blanc. Nous sommes conscients de leur situation et nous cherchons le meilleur moyen de leur apporter réparation. Tâche très délicate. La terre suscite des réactions avant tout émotionnelles?, explique le ministre Mudenge.

Identifier les injustices

Robert Mugabe a nommé une commission spéciale pour disséquer la réforme agraire. Cette commission avait pour tâche principale d?identifier les injustices qui ont pu être commises. Le rapport a été déposé bien que les conclusions n?aient pas été rendues publiques.

La réparation, quand elle viendra, se fondera sur quelques principes. Le plus important est que personne ne possédera plus d?une ferme. La superficie des exploitations sera également réglementée : entre 250 hectares et 2 000 hectares selon la région où l?on se trouve.

Selon le ministre Mudenge, la taille moyenne des fermes tenues par les Mauriciens est entre 2 000 et 3 000 hectares. Les grosses exploitations ou encore les ranches peuvent atteindre des centaines de milliers d?hectares en superficie. Les Mauriciens à évoluer dans cette ligue sont peu nombreux.

Mais les Mauriciens sont des investisseurs. Les terres qu?ils exploitent, ils ne les ont pas obtenues en héritage colonial comme les Anglais. Peut-on alors les pénaliser au même titre que les autres fermiers concernés par la réforme ? Le ministre Mudenge admet cette nuance et indique que son gouvernement est à la recherche d?une solution.

?C?est encore une fois très délicat. Comment autoriser aux étrangers des fermes plus généreuses alors que nous sommes en train d?imposer des limites aux natifs ? Le dilemme n?est pas facile à résoudre?, dit-il.

?Fermiers mauriciens mieux traités?

Benoît Lagesse ne souscrit pas entièrement à ce raisonnement. ?L?Anglo-Americain est un des plus gros producteurs sucriers du pays, produisant jusqu?à 280 000 tonnes de sucre. Veut-on me faire croire qu?on ne lui laissera qu?un maximum de 2 000 hectares à cultiver ? Il y a une discrimination flagrante entre petits et grands investisseurs, entre les proches du pouvoir et les autres?, dénonce-t-il.

Ce dernier admet néanmoins que les fermiers d?origine mauricienne sont relativement mieux traités. C?est en partie en raison d?un accord de protection de l?investissement signé entre Maurice et le Zimbabwe. Ce dernier doit encore ratifier ledit accord, ce qui n?est qu?une question de temps, affirment le ministre Mudenge et son homologue mauricien, Anil Gayan. Le statut africain de Maurice joue également en faveur des fermiers.

?Les Mauriciens et les autres citoyens africains sont comme des Zimbabwéens. Ils seront traités différemment ?, promet le ministre des Affaires étrangères. Entre-temps, Benoît Lagesse et ses amis sont las d?entendre ces promesses...

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