Publicité
Médicaments bon marché : ce n?est pas pour demain !
Par
Partager cet article
Médicaments bon marché : ce n?est pas pour demain !
Médicament générique. Se dit d?un médicament ?dont la formule est tombée dans le domaine public, commercialisé sous la dénomination de son principe actif indépendament de son laboratoire pharmaceutique d?origine?. Il en va que le médicament générique coûtera beaucoup moins cher que ?l?original?. Parfois, jusqu?à un dixième du prix de l?original.
Mais quelle est la position des médecins mauriciens sur la question des médicaments génériques ? Un mot revient sans cesse dans les propos du Dr Ramchandra Bheenick, président de la Private Medical Practionners? Association (PMPA) : prudence. ?Je suis pour, mais pas à n?importe quel prix. Je suis prudent. Les médecins mauriciens, de même, sont prudents.?
Le Dr Bheenick s?explique pour Le Porte-Monnaie : ?C?est une question de confiance. Nous ne sommes pas encore sûrs de la qualité de tout ce qui est mis sur le marché des médicaments génériques. Si le fabricant de génériques reste fidèle au principe actif (substance ayant un pouvoir thérapeutique, contenue dans le médicament), on est sans garantie pour ce qui est des excipients (substance sans activité thérapeutique incorporée dans un médicament pour en faciliter la préparation, la conservation ou l?administration).?
Il explique également que des rapports de l?Organisation mondiale de la santé (OMS) ont fait état de génériques dont la dégradation des molécules représentait de graves dangers de toxicité. ?Il faut exiger la pureté de la substance. Or, certains fabricants trichent avec les excipients, ce qui ne garantit pas la pureté de la substance de l?original.?
?Marché parallèle?
Ravind Gaya, président du conseil d?administration de la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM) est sur la même longueur d?onde. ?Certains génériques peuvent causer plus de tort que de bien au patient. Il n?y a aucune garantie de qualité?. Ravind Gaya souligne un autre danger : celui du marché parallèle. ?C?est un fait, le marché parallèle envahit tous les secteurs d?activités industrielles et commerciales. Le marché pharmaceutique n?y échappe pas. Tant qu?il s?agit d?électroménager ou de portables, ce n?est que de l?argent que l?on risque de perdre. Mais quand il s?agit de la santé, pouvons-nous risquer de la mettre en danger ? Ne parlons-nous pas là de notre bien le plus précieux. Le non-respect de certaines normes dans la composition d?un médicament peut entraîner des effets négatifs permanents chez le patient, voire une invalidité.?
Le Dr Bheenick renchérit : ?Quand je vois le label d?un grand laboratoire, je peux faire confiance, je peux prescrire ses génériques. Il faut le dire, il y a de bons génériques. Mais quand je me vois devant une boîte de médicament d?origine douteuse, dont je n?ai même pas l?adresse du fabricant, je ne peux risquer de mettre en danger la vie du patient. Vers qui se tourner en cas de problèmes ?? Le pouvoir d?achat des patients n?entre donc pas nécessairement dans la logique du médecin au moment de prescrire un médicament. ?Ce n?est pas que nous sommes insensibles aux contraintes financières des gens, mais nous tenons davantage à leur santé. Et nous ne voulons pas prendre des risques inutiles?, explique le Dr Bheenick.
Les patients mauriciens sont-ils donc condamnés à toujours payer leurs médicaments plus chers, alors qu?il en existe à meilleur prix ? Le Dr Bheenick et Ravind Gaya proposent la mise en place d?organismes de contrôle de qualité des médicaments mis sur le marché. ?Tout comme cela se fait pour d?autres produits, voire des services, il faut songer à la question de contrôle des médicaments. C?est une urgence. Si nous voulons faire bénéficier aux consommateurs mauriciens les avantages des génériques, il faut s?assurer d?un contrôle très rigoureux de qualité sur ces produits.?
De qui devrait dépendre un tel organisme de contrôle ? Du ministère de la Santé, en premier lieu, déclare le président de la PMPA. Du Mauritius Standards Bureau (MSB) aussi. Mais surtout d?un organisme indépendant, local ou étranger.
En matière de santé, ne vaut-il pas mieux ?make assurance double sure? ? ?Il faut un système où l?on puisse référer un cas à n?importe lequel des trois organismes ou encore aux trois en même temps. Il ne peut y avoir d?à peu près dans ce domaine?.
Certes, on peut sans peine comprendre l?argumentation du Dr Bheenick et de Ravind Gaya sur leur ?devoir de prudence?. Mais il faut tout de même reconnaître que le consommateur n?a pas grand pouvoir dans cette jungle impitoyable qu?est l?industrie de la santé, et où le patient est, dans bien des cas, à la merci de la décision du médecin. Il faut aussi dire que le patient est très souvent démuni en matière d?information médicale.
Et même si l?on met en place tous les mécanismes de contrôle des médicaments, les médecins joueront-ils le jeu ? A Maurice, comme ailleurs, il n?existe pas de contrepoids au monopole des industriels sur l?information sur les médicaments. Il faudrait peut-être commencer de ce côté.
Publicité
Publicité
Les plus récents