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Le gouvernement veut contrôler la distribution de l?aide alimentaire
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Le gouvernement veut contrôler la distribution de l?aide alimentaire
Alors que la moitié de la population du Zimbabwe, soit plus de 5 millions de personnes, dépend de l?aide alimentaire, le gouvernement de Harare vient de prendre une décision qui pourrait compromettre toute distribution de vivres. Désormais, les autorités locales et les chefs de village choisiront seuls les bénéficiaires de l?aide internationale.
La directive a déclenché la fureur de l?opposition, la colère des organisations non gouvernementales et l?embarras du Programme alimentaire mondial (PAM). Jeudi 21 août, l?Union européenne s?est déclarée «inquiète» de cette mesure. Face à ces réactions, le gouvernement zimbabwéen s?est dit prêt à discuter avec le PAM et ses partenaires.
Le président Robert Mugabe s?était engagé personnellement, en 2002, devant le directeur général du PAM, James Morris, à ce que la politique n?interfère pas dans la distribution de l?aide humanitaire. Déjà, des ONG dénonçaient les pressions du pouvoir et les tentatives de détournement. Le PAM avait même été obligé de suspendre provisoirement ses distributions. L?agence onusienne avait finalement estimé avoir obtenu suffisamment de garanties. Prudemment, le gouvernement s?était jusqu?à présent gardé de provoquer ouvertement les donateurs.
Faute de parvenir à s?emparer des centaines de milliers de tonnes de maïs acheminées par le PAM, le pouvoir s?est déjà assuré du contrôle total du commerce des céréales, en interdisant toute importation privée et en monopolisant le réseau de distribution. Pour avoir droit à un sac de maïs à un prix conventionné, donc encore abordable, il vaut mieux être en possession d?une carte de l?Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF, au pouvoir).
Ecarter les ONG de la distribution de l?aide pour la confier aux chefs coutumiers et aux élus locaux est une nouvelle tentative pour contrôler quasiment tout l?approvisionnement en céréales du pays. L?opposition a immédiatement dénoncé un «détournement de l?aide», affirmant que les futurs responsables de la distribution étaient en majorité des membres du parti au pouvoir.
Cette directive est une provocation à l?adresse des pays étrangers, notamment des Etats-Unis et des pays européens, qui fournissent l?essentiel de l?aide alimentaire. A la fin juillet, le gouvernement a lancé un appel à l?aide et a réclamé 700 000 tonnes de maïs. La semaine dernière, l?Union européenne a débloqué 25 millions d?euros. Mais les bailleurs de fonds ne veulent pas donner les yeux fermés.
«Nous avons expliqué au gouvernement les préoccupations des donateurs», indique le porte-parole du PAM à Harare, Luis Clemens. Selon lui, en plus, «les autorités municipales et provinciales du Zimbabwe ont fait part des difficultés qu?elles pourraient avoir à appliquer cette directive sur le terrain». Le PAM a décidé de poursuivre ses opérations, pour le moment.
Il est possible que le gouvernement, menacé de se voir privé de toute aide extérieure, n?applique pas sa décision. Robert Mugabe, au pouvoir depuis bientôt vingt-cinq ans, est coutumier des annonces tonitruantes sans lendemain. Il avait ainsi clamé, en juin, après une grève générale très suivie, que les entreprises qui avaient cessé leurs activités seraient définitivement fermées. En 2002, il avait «licencié» plus de 600 instituteurs, également pour fait de grève.
Le Zimbabwe est aux abois. L?inflation frôle les 400 %; les pénuries d?essence y sont chroniques; le pays est à cours de devises et le dollar zimbabwéen ne vaut plus rien; la Banque centrale ne peut même plus imprimer de billets, n?ayant plus les moyens d?acheter de l?encre. Autrefois grenier de l?Afrique australe, le Zimbabwe produit environ deux fois moins de céréales qu?il y a trois ans. Quand il ne s?en prend pas aux aléas climatiques, Robert Mugabe incrimine les «impérialistes et les néocolonialistes». Les Britanniques, mais aussi les Australiens et les Américains qui maintiennent une pression constante pour obtenir son départ, sont vilipendés comme des ennemis «racistes» du peuple zimbabwéen.
Jamais le chef de l?Etat, réélu dans un climat de violence en mars 2002, n?a remis en cause sa réforme agraire. Engagée en 2000 pour réparer les injustices du passé qui avaient permis à la minorité blanche de contrôler 70 % des terres du pays, cette réforme a été menée dans la violence. La plupart des 4 500 fermiers blancs ont été expulsés, et souvent remplacés par des proches du président ou des dignitaires du parti au pouvoir. Des milliers de travailleurs agricoles ont perdu leur emploi et beaucoup des nouveaux petits propriétaires se sont retrouvés les mains vides, sans équipement ni semences pour faire fructifier leurs terres.
Fabienne Pompey
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