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Ecrans de contrôle

21 août 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La guerre commerciale sans merci à laquelle se livrent les deux chaînes satellitaires,TPS et Canal Plus, n?est pas sans rappeler celle de la téléphonie mobile ou à quelques mois de l?entrée du numérique on vendait des téléphones analogiques. Ne risque-t-on pas d?assister, dans quelques mois, à une fusion TPS/Canal Plus au grand dam des consommateurs ?

Cette fusion, c?est un peu l?Arlésienne du paysage audiovisuel. Cela fait plus de six ans qu?on en parle. Je vous dirais même une chose : on en parle avant même la naissance de TPS. Le monde politique souhaitait nous voir fusionner. En pratique, six ans après, que voit-on ? TPS est presque arrivé à l?équilibre financier et dégage des profits pour les six premiers mois de 2003. Nous avons des actionnaires solides financièrement qui sont TF1 et M6. Il n?y a donc aucune raison objective pour une fusion.

Ces rumeurs de fusion seraient donc nées de rien ?

Si vous regardez l?historique de ces rumeurs, elles viennent essentiellement du Groupe Vivendi Universal. Elles ont été entretenues systématiquement, une fois par an, d?abord par Jean Marie Messier lui -même ou le directeur général de Canal Plus. Ils faisaient état de leur volonté de fusionner. Mais comme vous savez, pour fusionner, il faut être deux? Et pour nous, il n?en est pas question. Il y a d?ailleurs eu une déclaration de Martin Bouygues, notre pdg, qui a dit qu?il ne souhaitait pas de fusion. Et puis, il ne faut pas oublier qu?il y a des contraintes de la Commission européenne qui ne permettrait pas une trop grande concentration entre les mains d?un groupe.

En Italie, elle a permis la fusion de deux chaînes satellitaires?

La fusion dont vous parlez existe effectivement, mais elle a été acceptée parce que les deux partenaires perdaient, je crois, chacune 200 millions de dollars par an. Dans le cas de TPS/Canal, ces deux chaînes sont profitables. Il n?y a pas de raisons économiques.

Le commun des mortels comprend mal pourquoi la naissance d?une chaîne satellitaire coûte aussi cher?

Le temps pour atteindre l?équilibre a été multiplié par deux, de même que les pertes. En attendant, les marchés deviennent de plus en plus sophistiqués et difficiles à conquérir. Les investissements pour une chaîne satellitaire sont énormes. Nos coûts d?opération tournent autour de 500 millions d?euros. 50% concernent les achats de films, les droits d?événements sportifs, les coûts d?édition et les achats de droits des chaînes que nous retransmettons. 50% de nos frais concernent donc le contenu de ce que nous diffusons. Les autres frais concernent la location des capacités satellitaires. Chaque fois que vous émettez huit chaînes, cela coûte entre 5 ou 6 millions d?euros. Imaginez ce que cela représente quand vous voyez le nombre de chaînes que nous émettons. Et puis, ce qui coûte cher, c?est ce dont vous parliez tout à l?heure. Le marketing et la publicité. C?est vrai que nous sommes avec nos concurrents engagés dans un effort de marketing considérable.

Les deux bouquets offerts aux téléspectateurs par les deux concurrents comprennent pour la moitié presque, les mêmes chaînes? Ce n?est pas un peu absurde si l?on se place du point de vue de l?abonné ?

Nous sommes là dans un phénomène de marketing de grande consommation?

On est dans la ?grande surface du film? ?

On peut le dire? C?est comme dans la téléphonie : tous offrent à peu près les mêmes services. Pourtant, chaque société a créé son univers de marque, sa politique de communication et sa méthode de fidélisation. Vous retrouvez, en fait, le même phénomène en télévision. Mais nous avons quand même chacun nos exclusivités. Chacun a sa personnalité.

Ce n?est pas si visible que cela .

On fait des études?Il y a une vraie différence d?images entre Canal et nous. Canal plus est, en quelque sorte, la mère de Canal satellite et garde l?image d?un bouquet un peu haut de gamme, branché, un peu parisien, une image des années 90 et qui, selon nous, est en train de s?essouffler?

Votre concurrent dirait sûrement la même chose de vous?

TPS est un produit plus populaire en terme de contenu et de prix. Nous avons chacun notre personnalité. Il est clair que le profil des deux consommateurs sur le plan socio-démographique, s?il se ressemble dans les grandes lignes, ne se ressemble pas sur le plan du choix du contenu.

Ces différences dont vous faites état se retrouvent-elles sur le marché mauricien du satellite ?

Parabole océan Indien a fait des études qui montrent que dans cette région aussi, on retrouve les mêmes phénomènes de différenciation de marques entre Parabole et Canal Sat.

Le formidable effort de la télévision dans le financement du cinéma peut amener à se demander si la télévision ne contrôle pas aujourd?hui le cinéma ?

Le mot contrôler est un peu brutal, je trouve. Si vous regardez le financement du cinéma français par exemple, il est financé à hauteur de 25 à 30% par la télévision à péage et 15% par la télévision gratuite. Certes, le pouvoir de la télévision est énorme sur le cinéma. Mais d?autre part, c?est une formidable chance pour le cinéma français de bénéficier d?une telle aide. C?est ce qui lui a permis d?être aussi vivant et actif.

On a vu des films connaître des succès modestes à leur sortie et des carrières brillantes lors de leur passage à la télévision. Doit-on conclure que le cinéphile et le télespectateur n?ont pas le même profil ?

Je crois qu?ils ne regardent pas un film de la même manière. Le cinéma est un art. On n?est pas dans un produit d?usine, un produit de masse. Les studios hollywoodiens produisent quinze à vingt films par an. En pratique, il y a deux ou trois seulement qui deviennent de grand succès. On retrouve le même phénomène en France. Pour en revenir à votre question, il y a ce que l?on appelle une chronologie des droits. Un film peut mal marcher au cinéma puis connaître une deuxième vie en DVD ou en télévision. A l?inverse, vous avez aussi des films qui ont été des énormes succès en salle et qui marchent moyennement à la télévision.

Tout cela ne répond toujours pas à la question?

Je crois qu?il y a aussi le fait que la télévision fait le choix pour le téléspectateur. Et puis il y aussi cette concentration d?audience qui joue.

Il regarde ce qui lui est imposé ?

Il a un choix, mais il est clair que celui-ci est plus restreint pour le cinéphile qui décide d?aller dans une salle et choisir son film. On consomme aussi plus facilement un film à la télévision dans la mesure où il vous est offert gratuitement?

Le mariage du cinéma et de la télévision est appelé à durer parce que leurs deux économies sont liées ?

Oui et de manière indissoluble.

C?est ce que vous reprochent les intermittents du spectacle qui y voient là un danger de mainmise pour la création?

Oui, mais nous sommes là sur un autre registre. Nous finançons le cinéma à hauteur de 30 millions d?euros par an. Il est clair que nous avons un pouvoir d?influence sur les films que nous décidons de financer. Mais notre contrôle éditorial est réduit à sa plus simple expression. Les réalisateurs ont une entière liberté. Notre pouvoir est le centième de ce que détiennent les grands studios américains sur les réalisateurs. Nos rapports avec les réalisateurs sont très bons, et puis vous savez, tout ce monde est organisé en syndicats? Il y en a beaucoup en France.

Nous venons de parler de votre influence sur le cinéma. On pourrait dire la même chose du sport. On peut même se demander si le sport de haut niveau existerait sans les droits de retransmission télé?

C?est vrai surtout pour le football de division1, le tennis et la Formule Un. Mais là aussi on retrouve à peu près le même ratio de financement que le cinéma. Je constate une chose. Ces droits sont en constante progression depuis dix ans. Les clubs ne peuvent que se réjouir de cet intérêt que leur porte la télévision. Cela leur a permis de multiplier leurs recettes par trois ou quatre.

A bien voir peu d?événements vivraient sans la télévision

Oui, je le pense. Quand on voit le temps que les gens passent devant la télé, c?est clair que nous représentons un média puissant et qui conditionne le monde de l?entertainment.

On a beaucoup parlé de l?influence politique des grandes chaînes de télévision en France, notamment de celle de votre principal partenaire TF1. Cinéma, sport, politique, la mainmise s?étend?

La séparation entre les médias et le pouvoir politique a été largement débattue. Je ne pense pas qu?il y ait en France comme aux Etats-Unis, le syndrome de la pensée Unique comme la chaîne Fox. La France est fragmentée en termes de politique, de mode de pensée. D?ailleurs, cette diversité est bien reflétée par les médias. L?ère de la concentration de pouvoir des médias est complètement révolue en ce début de 21e siècle.

Il y a quelques mois, le projet d?une chaîne francophone appelée à concurrencer CNN dans le monde, a été évoqué par les autorités françaises. Ce projet tient-il toujours ?

C?est un projet ambitieux. Concurrencer CNN, c?est s?attaquer à Goliath. En revanche, le gouvernement a assez de moyens pour créer une chaîne internationale qui ait une bonne renommée internationale. Quand vous faites la somme d?expérience de l?information de toutes les chaînes publiques (Fr2, Fr3, TV5, RF1 etc, il y a beaucoup de know-how. La vraie difficulté sera de mettre en pratique tout cela).

L?homme de télévision que vous êtes, estime-t-il qu?il faut un pendant à l?information CNN ?

En tant que professionnel, je ne pense pas qu?il faille tout réduire à un système binaire qui serait CNN contre les autres. Le phénomène de domination américaine est partout et il se retrouve aussi dans la télévision. Croire qu?on va concurrencer CNN par un CNN bis est presque une utopie.

Ce qu?il faut, c?est un ensemble de chaînes adressées chacune à leur bassin de population.

On note qu?une grande chaîne de service public français, en l?occurrence France 2, a quitté TPS. Incompatibilité public/privé ?

C?est d?abord une question d?hommes. A l?époque, c?est Jean -Pierre Elkabach qui a été l?instigateur de ce projet. Les hommes changent et les modes de gestion aussi. Son successeur n?a jamais marqué un intérêt pour la télévision par satellite. Il s?est donc retiré. Et puis il faut dire aussi que nous trouvions de plus en plus compliqué de gérer une chaîne avec des actionnaires ayant des intérêts divergents.

Avez-vous exercé un regard sur l?actionnariat de Parabole océan Indien qui diffuse votre bouquet ?

Nous ne nous serions pas permis de le faire. Cela dit, nous avons eu des contacts avec les actionnaires, notamment le Groupe Lagesse qui constitue pour nous un gage de solidité financière et par là-même une certaine pérénnité pour cette entreprise. L?audio visuel est une entreprise où les investissements sont lourds et il faut s?assurer que les partenaires aient les reins solides. Ce qui nous a frappé ici chez Parabole, c?est la capacité d?entreprendre et le dynamisme. Ce sont de vrais entrepreneurs.

Avant cet entretien, j?ai trouvé un CV de vous où sur quinze lignes, le nom de Canal est mentionné trois fois, alors que vous êtes un des patrons de TPS? La concurrence fait-elle rage à ce point ?

(Rires) C?est vrai qu?il y a concurrence et que cela tourne peut-être à l?obsession ! Mais nous sommes sur un marché vraiment duopole. Et il n?y a pas beaucoup de marchés où deux concurrents s?affrontent de manière directe et frontale. La guerre est dure et violente à tous les niveaux. C?est un combat commercial sans merci.

Les carrières dans le monde de la télévision ont la réputation d?être éphémères. Quel est le secret de votre durée ?

Je n?ai jamais que 8 ans d?ancienneté. Ce qui peut, c?est vrai, être long pour le monde des médias. Mais ce sont surtout les gens à l?antenne qui connaissent des carrières brèves. Nous avons la chance de ne pas être soumis à l?audimat. Comme nous ne sommes pas soumis, non plus, aux aléas de la publicité et que nous avons des actionnaires solides, cela nous rend moins vulnérables. Notre investissement est à long terme et nous sommes peu enclins à changer facilement de management. Il faut une continuité dans la vision de notre développement.

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