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Let?s do the bloody thinking

16 août 2003, 20:00

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Nous sommes en train de récolter les fruits d?une démarche qui consiste à mettre la charrue devant les boeufs. Il en est ainsi sur le front de la lutte contre la corruption comme sur d?autres fronts. Est-ce notre complexe nombriliste prétentieux d?être « un modèle dans le monde » qui fait qu?il nous est si difficile de commencer par le commencement ?

L?affaire MCB-NPF ? et tout ce qu?elle a suscité et suscite comme réactions et prises de position ? est venue réveler, en l?amplifiant, la profondeur et l?étendue de la crise de notre transition sociétale. Des dynamiques dangereuses, dont celle engendrée par la corruption, travaillent la société mauricienne depuis plus d?une décennie. Ce qui est en jeu n?est pas un « fait divers », encore moins un « spectacle ». La corruption est un phénomène complexe avec des enjeux sociaux, économiques, politiques, moraux et culturels. Toute stratégie pour lutter contre la corruption exige comme préalable une réflexion approfondie. Si on n?avait pas brûlé cette étape cruciale, le pays se serait doté d?une législation appropriée, aurait évité de se retrouver avec un Etat dans un Etat, et aurait pris le temps nécessaire pour trouver « the right men in the right places ».

A la place, on s?est précipité et adopté une approche parcellaire privilégiant l?arsenal légal sans tenir compte des réalités et spécificités nationales. Des méthodes tantôt misant sur le spectacle, tantôt pratiquant les abus et l?appel à la délation, le tout flattant le populisme dangereux et pervers, sont venues s?y greffer. Avec pour résultat que loin d?assainir le climat social, l?approche adoptée s?est transformée objectivement en un jeu de massacre pour l?image et l?économie nationales, et un catalyseur de la fragilisation sociale. Ailleurs il a été établi que la corruption ne s?éradique pas à coup d?anathèmes et d?incantations. Tout comme il a été démontré que toute volonté d?épuration est malsaine et vaine: elle ne puise ses forces que dans ses intentions « politiques » très soupçonnables. Il faut donc la prévenir par une véritable lutte contre la corruption qui soit dénuée de faiblesse mais aussi de naïveté.

La corruption dans la république est aussi corruption de la république. Lutter efficacement contre la corruption passe par un projet de société mûrement réfléchi pour s?attaquer aux dynamiques qui concourrent à la corruption de la république. Une société dont les élites sont discréditées est en péril quand même elles ne seraient pas toutes corrompues. La défiance généralisée vis-à-vis des élites donne naissance à un désir d?égalité extrême. Dans ce cas, l?autorité se réduit au pouvoir, la gent politique à la magouille, la démocratie à la prévarication. Tous les discours deviennent possibles et les plus démagogiques vantent les plus bas instincts. Le discours radical qui consiste à dire

« nettoyez moi tout ça » pour ensuite entonner l?air des « tous pourris » est dangereux. Les actions s?inspirant d?un tel discours, au lieu de susciter notre activité rationnelle de citoyen, peuvent bien au contraire agiter nos instincts les plus bas, de vengeance et de haine. De telles actions ne font que renforcer les dynamiques mortifères à l?oeuvre, anéantissant du coup les chances de notre pays de surmonter sa crise de transition sociétale. Même si l?Icac avait, comme elle l?affirme, le soutien de 70 % de la population, il faut savoir qu?il n?est pas certain que l?opinion publique perçoive bien les enjeux. Une opinion publique matraquée depuis des années par l?argumentaire populiste n?a pas toujours raison de penser ce qu?elle pense.

La lutte contre la corruption est urgente. Mais c?est son urgence même qui impose d?éviter le spectacle et la précipitation. Il faut trouver un fil rouge, dégager une unité de vue qui oriente toutes les mesures dans une même direction. Et s?accorder sur une méthode en vue d?une prévention plus efficace et une instruction mieux orientée, plus rapide et plus juste. Au-delà de la régularité dans l?échec de l?Icac, ce sont tous ceux qui avaient la responsabilité de mettre au point la stratégie de la lutte contre la corruption qui ont échoué. L?heure n?est pas aux fuites en avant, encore moins aux demi-mesures. Ayons le courage politique de tout repenser. Let?s start ? by doing the bloody thinking.

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