Publicité

?Hulk? en vert et contre tous

14 août 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Stan Lee, auteur de bandes dessinées, et Ang Lee, auteur de cinéma, portent le même nom. Mais ils ne sont pas parents. Pourtant, s?il y a bien un thème que semble affectionner le deuxième Lee, le réalisateur de Hulk, c?est bien les liens de parenté. On ne sait s?il tente d?en tisser avec le dessinateur lui-même, mais c?est certain qu?il s?en est créé avec le personnage. Le sujet est aussi un des éléments clés de son film.

Le personnage du monstre vert apparaît pour la première fois dans les pages des Marvel Comics, dessiné par Jack Kirby, au début des années 60. Tout comme Spider-Man, DareDevil, les X-Men et autres enfants de Stan Lee. Parmi les lecteurs, Ang Lee, fasciné par ?l?énergie et le dynamisme des dessins de Jack Kirby et (par) la fantastique liberté des histoires de Stan Lee?. Pour le cinéaste, ?ces BD parlent de grands problèmes, de grandes peurs, et leur discours est qu?il faut trouver au coeur même de la peur la volonté et l?imagination nécessaire pour la combattre.?

Si les personnages qui défilent dans le générique, au début comme à la fin, sont la réplique de ceux utilisés dans les bulles de la BD, ce n?est pas simplement pour des effets gratuits. Ang Lee a voulu maintenir le spectateur dans ce même univers où tout est essentiellement graphique. Il y a l?utilisation du fameux ?split screen?. La technique, est pour une fois, habilement utilisée et même si cela lasse par moment, l?écran est souvent divisé exactement comme l?aurait été une page de la BD. Tous l?ont noté et n?ont pas manqué d?en parler. Mais il y a plus : les images sont bien souvent prises sous le même angle que les dessins de Jack Kirby. Ou alors elles sont cadrées comme pour une case de la BD. Ce qui est d?autant plus intéressant qu?il n?est pas exclu que le dessinateur se soit lui-même inspiré du cinéma.

Mieux encore : contrairement à bien d?autres réalisateurs moins intelligents, Ang Lee ne se croit pas obligé d?inonder chaque séquence de musique rock. La musique dans ce film est utilisée avec beaucoup de parcimonie. Elle intervient seulement dans certaines scènes d?action et pas du tout dans les autres moments de grande émotion. Ce qui non seulement donne un film d?une grande sobriété avec encore plus d?émotion vraie là où il faut, mais aussi des images qui renforcent cette impression de lecture.

Comme pour la BD aussi, l?histoire du film commence dans les années 60 avec un savant, David Banner, qui se livre à des recherches sur la génétique pour le compte de l?armée. Quelque temps après sa femme met au monde un fils, Bruce. Et on devine déjà que cet enfant présentera plus tard quelque chose de particulier même s?il ne se passe rien pour le moment.

Il se produit effectivement des événements trois ans après. D?abord quelque chose de terrible, puis d?affreux entre les parents. Quoi exactement ? Le film ne révèle rien pour le moment. L?histoire fait un bond d?une trentaine d?années et on retrouve Bruce Banner devenu généticien comme son père. Selon son ex-petite amie, qui est aussi sa collègue de travail, il souffre ?d?apathie émotionnelle?. Lui-même a grandi en tant qu?enfant adopté et a tout oublié de ses vrais parents. Il a juste cette impression qu?il s?est passé quelque chose de terrible durant ses toutes premières années.

?Sans guitare, ni violons?

Nous avons donc un héros tourmenté au passé obscur, mais teinté d?une tragédie. En plus, celle à laquelle il est encore attaché n?est autre que la fille même du général par qui le malheur arriva bien des années auparavant et qui par la suite s?acharnera à sa perte. Et lorsque survient l?accident qui révèle au héros sa nature monstrueuse, nous avons là un véritable maudit de par son affiliation et dans sa chair. Liens de parenté, au sens le plus profond, chers au cinéaste, et les éléments soit d?une tragédie antique, soit du roman d?antan comme chez Alexandre Dumas ou même comme dans les Marvel Comics qui fonctionnent depuis leur création avec ce même ressort.

C?en est presque bête, mais c?est justement à partir du moment où le monstre vert fait son apparition que le film divise les critiques quant aux opinions sur ses mérites. Jusque-là, la plupart des commentaires sont élogieux sur la manière dont Ang Lee met en place les divers éléments de sa tragédie. Sans effets spéciaux, sans violons ni guitare électrique, sans pathos ou surenchère, mais seulement avec une mise en scène et une direction d?acteurs où il fait preuve d?une grande maîtrise et d?une inspiration qui n?est pas en reste.

Le moment où on rencontre les deux personnages principaux (Eric Bana et Jennifer Connelly), l?accident, la réapparition du père (Nick Nolte), Bruce Banner enfant, assistant à l??événement horrible? : autant de moments qui sont filmés avec beaucoup de retenue, mais qui néanmoins portent vers l?émotion.

Le scénario (John Thurman, Michael France & James Schamus), bien rédigé et qui prend le temps de mettre en place les événements et les personnages, y est aussi pour quelque chose, c?est vrai. Mais c?est peu dire que pour certains, le monstre a déçu. Gigantesque et grandissant à mesure qu?il encaisse des coups et avec des traits directement inspirés du visage d?Eric Bana, il est construit uniquement en pixels images de synthèse. C?est justement ce que beaucoup lui reprochent car il ne fait pas ?vrai?. ??Jamais le colosse d?émeraude ne passera pour autre chose qu?un toon qui, tel Roger Rabbit, se serait égaré dans le monde des humains. Faute de goût, (ses couleurs criardes qui aident à le repérer lorsqu?il tend à s?éloigner dans le champ), son animation inexpressive qui ne fait passer aucune émotion acceptable provoquera même l?hilarité (il se déplace comme Benny Hill au mieux de sa forme) là où les frissons et les larmes étaient espérées??, commente un internaute.

En effet, le monstre n?a pas l?air vrai et son aspect est caricatural. Mais après tout, c?est un monstre et il y a surtout ces séquences de combat contre les hélicoptères et des chars dans le désert, qui semblent venir tout droit d?un jeu vidéo et qui sont bien inutiles. On pourrait avancer à la décharge du réalisateur qu?il était tenu par son contrat de livrer un certain nombre de séquences d?action spectaculaires. C?est ainsi que fonctionne la machine hollywoodienne et c?est peut-être la raison pour laquelle le seul personnage le moins reluisant, que les scénaristes aient cru bon inclure dans cette histoire, soit un cravaté avide de se remplir les poches à l?instar des producteurs. On pourrait avancer aussi qu?étant dans l?univers de la BD, le ton étant celui assez particulier pour les images des Marvel Comics, autant y aller carrément !

Tout ça fait très sérieux et c?est ce que certains ont reproché au film. Disons qu?un tel sujet aurait pu avoir été abordé avec plus de légèreté, ce qui aurait été le recours le plus évident. Le tour de force que réussit Ang Lee justement, c?est d?avoir donné de la substance et de la profondeur à un sujet dont d?autres n?auraient tiré au mieux qu?un bon divertissement. Dans le cas présent, cela s?appelle un divertissement de qualité.

Publicité