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Au nom de l?honorable
Le MMM tolère depuis deux ans les agissements de Dev Hurnam ?au nom de la liberté d?expression?. Le député avocat a craché allègrement, pour dire le moins, sur magistrats, juges et autres images d?autorité, prévenant la population de manière la plus dangereuse qu?il soit qu?elle courait le risque d?être abusée par la justice de son pays.
Le DPP, les juges Lam Shang Leen et Sik Yuen, les magistrats Hossen et Teeluck, puis le commissaire de police et des hauts officiers, le président du Bar Council, la directrice de l?ECO? tous, à ses dires, ont fait le déshonneur de leur profession. Jamais le MMM n?a demandé à son député ne serait-ce que plus de sobriété dans ses critiques, même lorsqu?il a utilisé son siège de représentant du peuple pour régler ses propres comptes avec ses supérieurs.
Entre l?agacement face aux écarts du député et une certaine popularité, voire du charisme, que lui procurent sa grande gueule et son travail, le MMM a choisi. Il en avait sans doute la liberté. Mais aujourd?hui que la cour a parlé, c?est leur responsabilité, face à la nation, et la dignité du parti, qui doivent interpeller les instances du MMM.
D?un simple citoyen, le MMM a fait de Dev Hurnam un membre ?honorable? du Parlement. Il l?a présenté à la population comme un garant des valeurs du parti. C?est à ce titre qu?il a été élu. Il lui a demandé de jurer, sur son honneur, allégeance à la plus haute instance du pays dans le respect de la loi. Il représente Maurice aux yeux du monde.
Or, la loi vient de déclarer qu?Hurnam n?est pas ?honorable?, qu?il a cherché à mentir pour libérer un criminel; qu?il a détourné ses connaissances du discours juridique pour tromper plus avant la justice.
Le leader du MMM, qui sera dans un mois ministre de l?Intérieur et Premier ministre, a le devoir d?assurer à la population qu?il reconnaît que dans un Etat de droit, rien n?est au-dessus de la loi. Il doit donner de lui-même l?image d?un homme qui sera en mesure d?imposer la discipline dans le pays parce qu?il sait la faire régner dans son parti. Attendre la procédure d?appel n?est qu?un prétexte. La cour peut se tromper et elle le reconnaît par cette procédure. Mais elle s?est prononcée et le vice-Premier ministre doit montrer qu?il la respecte.
Il est malheureux que les seules déclarations publiques du leader du MMM, pour l?heure, aient été qu?il a ?écouté Dev Hurnam? et qu?il est ?troublé? par certaines révélations. Ce qui ?trouble? le vice-Premier ministre, ce sont les propos que l?avocat tient depuis deux ans selon lesquels il fait l?objet d?un harcèlement par la tête du judiciaire. L?on aurait plus facilement cru Dev Hurnam s?il ne se disait pas victime de tous, tous ceux qui ont le tort de douter de son intégrité.
La magistrate consacre dix pages à tenter de démolir cette thèse ?d?injustice? faite à Hurnam, refrain qu?il continue à claironner. Et elle rassure : ?A court is for peasant as well as for the palace. Its sworn duty is to do right to all manner of people after the laws of Mauritius without fear of favour, affection or ill will. The accused, irrespective of his status, was treated with the same impartiality as any other citizen would have been by the court. He was given no privileges nor subjected to any prejudices.? Lorsqu?on dirige un pays, c?est cette image-là de la justice que l?on doit répandre. On ne peut pas se contenter d?être troublé.
Paul Bérenger aurait dû d?autant plus prendre position que Dev Hurnam a effectivement tenu des propos susceptibles de? troubler la population. D?abord, ce que conteste le député, ce n?est pas tant le jugement. Il met en doute la probité de celle qui le prononce, la magistrate Gulbul cette fois. Il reproche aux juges de se laisser dicter leurs décisions par des principes autres que ceux du droit. C?est grave. Ensuite, il soutient que la peine d?emprisonnement qui lui a été infligée est disproportionnée par rapport à la faute. C?est fort contestable et pas du tout dans le ton du combat gouvernemental du moment en faveur d?une certaine moralité publique, contre la fraude et la corruption.
Un avocat qui pousse à tromper la justice pour remettre en liberté un voleur, que Hurnam soit cet avocat-là ou non, mérite la prison. Dans l?affaire Bernard Tapie, le député-maire qui avait produit un faux témoignage pour aider ce dernier, a écopé d?un an d?emprisonnement, d?une amende de 30 000 francs et d?une interdiction de se présenter à des élections pendant cinq ans. La juridiction française reconnaît mieux que la nôtre l?importance de l?intégrité de l?homme public.
Cette intégrité est sacrée en ce que l?homme public reflète l?image du pays. Le MMM, puisqu?il est le seul à pouvoir agir, entache l?image du Parlement et la sienne s?il ne prend aucune action. La tentation sera forte en ce moment crucial de son histoire de n?en rien faire. Il risque de perdre le député qui en parlant de siéger en indépendant a déjà fait savoir qu?il n?acceptera pas d?être rabroué. Mais le leader du MMM doit pouvoir décider quand l?image du pays doit primer sur les intérêts politiques. Choonee ne fait l?objet que de soupçons. Cela a suffi pour que son leader lui demande de rendre le portefeuille dont il avait la charge et d?afficher un ?low profile? à l?Assemblée nationale. C?est ainsi qu?agissent les chefs.
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