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?Je suis l?homme à abattre?

14 août 2003, 20:00

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Envisagez-vous de prendre congé du Parlement comme le demande le PTr, et du barreau comme l?a réclamé le président du Bar Council ?

La demande de Navin Ramgoolam relève de la démagogie. La loi suprême de ce pays me permet d?exercer mes fonctions de député et je ne veux pas priver mes mandants de mon travail parlementaire. En ce qu?il s?agit de ma profession d?avocat, rien ne m?empêche de plaider en cour.

Mais il y a une rébellion qui couve en moi. Je ne supporte pas l?idée de plaider en cour en ce moment. Je laisse le soin à la cour suprême de décider. Mais j?ai dit que j?ai le courage et la détermination de terminer ce que j?ai commencé. Je le ferai parce que j?ai la foi, parce que je suis entouré d?amis et de mes partisans dans ce combat. Pour le judiciaire, je suis l?homme à abattre. Mais ils ne m?auront pas. Il faut qu?ils aillent chercher ailleurs.

Est-ce que votre parti approuve votre décision ?

J?ai tout expliqué à mon leader le jour même du jugement et je lui ai dit que si je gêne le gouvernement, je suis disposé à prendre mes responsabilités. Je lui ai aussi fait part de l?article 36 (1) de la Constitution et il a fait une déclaration publique dans les journaux pour dire qu?aucune décision ne sera prise en attendant l?appel que j?ai interjeté contre ma condamnation.

On vous reconnaît un mauvais caractère, un sale caractère ?

Non, vous vous trompez. Ce sont les circonstances qui me forcent à agir ainsi. Je ne suis pas le père Laval. Je crois que ce sont les circonstances de mon enfance difficile qui font que je n?arrive pas à supporter le mensonge et l?injustice. Mes années d?étudiant alors que j?étais laboureur, charretier et vendeur de légumes avec mon père et mes années d?étudiant en étant en même temps infirmier (nursing officer) à Londres?

Je n?aime pas les menteurs et les voleurs. Je ne suis cependant pas perfectionniste. J?ai mes défauts. Mais j?ai l?impression que les gens ne me connaissent pas. Il faut me connaître.

Mais quand même, vos relations avec la police ne sont pas amicales?

Les policiers sont mes meilleurs amis. Mais quand ils mentent en cour et sous serment, ils me mettent hors de moi. Je vous demande comment vous réagirez lorsque vous avez la preuve qu?un policier qui dépose à la barre ment. Il sait qu?il ment. Il le fait sciemment et sous serment.

A quand remonte le dernier incident entre vous et la police ?

Il y en a eu tellement, en cour, pendant les enquêtes. Je ne me souviens plus. C?est pour cela que depuis l?affaire Bholah en mai 2000 qui a résulté en ma condamnation, je n?assiste plus aux enquêtes et aux interrogatoires. Vous savez aujourd?hui, on peut fabriquer n?importe quoi contre un avocat. Il n?est un secret pour personne que la police préfère qu?un suspect ne soit pas accompagné de son avocat lors des enquêtes. Sans les avocats, les choses sont plus faciles pour la police.

Vous maintenez donc que l?accusation de complot portée contre vous et pour laquelle vous avez été condamné est une fabrication ?

Absolument. D?ailleurs j?entame des poursuites contre ces gens et je réclame des dommages.

En sus de la police, vous vous en êtes pris à certaines personnes au parquet allant jusqu?à accuser un juge d?avoir caché des revenus ?

Mes déboires ont commencé lorsque j?ai décidé de poursuivre des policiers. Quant à l?affaire de paiement d?impôt par un juge, j?ai eu recours à une question parlementaire sur ce sujet après ma suspension. Je me révoltais contre cette suspension tellement dure et tellement déraisonnable. Il y a eu un avocat qui a craché au visage d?un magistrat, qui l?a pourchassé avec des amis et qui n?a écopé que d?une suspension à Rodrigues. Et je n?ai pas fini avec tout cela. J?ai déposé une plainte en Cour suprême réclamant des dommages de plusieurs millions à tout ce beau monde.

Vous estimez que vous réussirez dans votre entreprise à faire tomber certaines personnes au parquet ?

Je ne dis pas que des gens vont tomber. Il y a la séparation des pouvoirs. Mais je dis que les juges, magistrats, Directeur des poursuites publiques et autres sont des gens trop protégés. Il faut une commission pour revoir la marche de l?administration de la justice. Cela afin de s?occuper des manquements de la justice mauricienne. Je suggère la mise en place d?un Judicial Complaint Ombudsman. Vous savez combien de fois les Law Lords de la Grande-Bretagne ont critiqué nos juges dans les jugements du Privy Council ?

Et vous réussirez seul ?

J?ai commencé ce combat seul, maintenant je suis entouré. Si cela continue, on finira par avoir la population d?un côté et le parquet de l?autre. Vous savez que la commission Sachs a déjà recommandé la réforme du judiciaire.

Mais si la Cour suprême maintient votre condamnation, vous vous retrouverez derrière les barreaux de la prison centrale ?

Si mon combat mène vers la prison, je laisse le soin au Tout-Puissant de décider de la voie à suivre.

Vous voulez dire que vous n?irez pas en prison ?

Mon expérience de juriste me dit qu?en matière de droit, il n?y a pas de case contre moi.

Quelle sera la prochaine étape si le jugement est cassé ?

Cette étape est déjà enclenchée. Je poursuis en dommages et intérêts l?Attorney General et ministre de la Justice, l?ex-Directrice des poursuites publiques, Ah Foon Chui Yew Cheong, deux enquêteurs de la police et deux personnes condamnées dans l?affaire du hold-up de la State Bank de Grand-Bois. La plainte a été déjà déposée en Cour suprême et elle sera appelée le 16 octobre prochain. Il y a déjà un procès en cours contre le magistrat Rashid Hossen.

Vous êtes aujourd?hui propriétaire d?une maison qui vaut plusieurs millions. On dit que vous avez réussi et que vous avez fait fortune en défendant les barons de la drogue.

Absolument pas. Je vis avec des découverts bancaires. Cette maison, je l?ai construite morceau par morceau depuis 1983 et elle n?est pas terminée encore. Je n?ai pas pu me payer une Mercedes à laquelle j?ai droit duty-free et ce n?est que l?année dernière que j?ai pris une BMW à crédit. Je n?ai pas de bungalow au bord de la mer ou ailleurs. J?ai paru dans des affaires de drogue, mais ce n?est pas ma spécialité. La drogue ce n?est pas moi, allez voir plutôt ailleurs.

Feu Madun Gujadhur disait que si Dev Hurnam n?existait pas, il fallait l?inventer. Etes-vous content de votre personnage ?

Oui, je vis bien, je m?amuse bien. Sauf qu?aujourd?hui, la politique prend beaucoup de mon temps. Elle m?épuise mais je garde toujours mon franc-parler.

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