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Artiste jusqu?aux bouts des ongles

9 août 2003, 20:00

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Père de Tizan le dodo, la mascotte des premiers Jeux des îles de l?océan Indien (Jioi) en 1985, Jean-Pierre d?Argent a aussi conçu Momo le dauphin, dix-huit ans plus tard. Architecte d?intérieur de profession, il a plus d?une corde à son arc et se voit confier toute la partie spectacle et animation des prochains Jioi. Rencontre.

Cette passion pour l?art sous toutes ses formes, Jean-Pierre d?Argent l?a ressentie très jeune. Elle avait une telle emprise sur lui qu?il a décidé d?aller se former dans de grandes écoles sud-africaines.

De retour à Maurice en 1976, il devient professeur de dessin dans une école confessionnelle des hautes Plaines Wilhems. Il y reste une dizaine d?années avant d?assumer les fonctions de directeur artistique de l?agence de publicité Mauritius Advertising Bureau. Ne tenant pas en place, il rejoint par la suite Mervyn Coombes chez Savitari.

En 1989, il se dit : « J?en ai assez de travailler pour les autres, je crois qu?il est temps que je me mette à mon compte ! » Une idée qu?il concrétise sur le champ en ouvrant sa propre entreprise d?architecture d?intérieur, Jean-Pierre d?Argent Interior Design Ltd, à Quatre-Bornes. Depuis, il va de succès en succès et est aujourd?hui l?un des décorateurs les plus sollicités

à Maurice, aussi bien par les entreprises privées que publiques.

Parmi ses réalisations : la conception de la décoration du Craft Market, du Sunset Café et de la boutique Out of Africa au Caudan, celle des locaux du port franc ou l?organisation de la dernière exposition sur l?eau qui a eu lieu récemment au Domaine les Pailles. L?art fait partie intégrante de sa vie. « Aujourd?hui, je suis de plus en plus convaincu que je n?aurais jamais pu faire autre chose que le métier que j?exerce actuellement ! », explique-t-il.

Mais attention, ne devient pas décorateur d?intérieur qui veut. Comme le souligne Jean-Pierre d?Argent, la seule volonté est loin de suffire. Il faut en effet suivre quatre années d?études, dont une de spécialisation, dans un établissement étranger reconnu.

Pour notre interlocuteur, la décoration se porte bien à Maurice et les particuliers n?hésitent pas à faire appel à des professionnels pour leur déco intérieure. « Les Mauriciens voyagent beaucoup. Ils visitent des maisons et des boutiques. Ils sont de plus en plus intéressés par le beau, ils savent ce qu?ils veulent et souhaitent reproduire chez eux ce qu?ils ont vu ailleurs ! », souligne notre interlocuteur. Il fait partie de ceux qui croient dur comme fer qu?il existe une architecture mauricienne. Selon lui, elle s?est forgée à travers les âges en mélangeant styles et cultures. « Il n?y a qu?à voir la beauté des maisons créoles que certains appellent vulgairement maisons coloniales. Moi, je préfère le terme créole, qui illustre parfaitement cette chaleur des îles. L?entretien de ces habitations coûte une fortune et j?estime que l?État doit pouvoir veiller à leur préservation en classant certaines d?entre elles au patrimoine national et en aidant à leur entretien ou du moins en accordant des abattements d?impôts pour cela. » Un rêveur, sans doute.

Un touche-à-tout de talent

Perfectionniste, il regrette l?absence d?harmonie dans le design des constructions mauriciennes car chacun fait ce qu?il veut. « C?est révoltant de voir des maisons en dur construites depuis plus de vingt ans et qui n?ont pas encore été crépies, celles qui ne sont pas entretenues depuis plusieurs années et d?autres dont les fers pourris dépassent. Ce sont de véritables horreurs exposées à la vue des touristes. Et il y a trop de petits dessinateurs autoproclamés qui gâchent le métier », s?insurge Jean-Pierre d?Argent. Dans le premier cas, il pense qu?il n?y a pas d?autres solutions que de légiférer. « Remarquez qu?il n?y a presque plus de fleurs dans la ?ville des fleurs". Bientôt, on ne les retrouvera plus que sur le blason de la municipalité ! », lance-t-il avec un sourire plein d?amertume.

Parmi les professionnels mauriciens associés de près ou de loin à son métier, Jean-Pierre d?Argent rend hommage à Maurice Giraud qui, selon lui, a redonné ses lettres de noblesse à l?architecture de Maurice et à l?industrie touristique en dessinant de véritables merveilles.

Il s?inspire également de Marcel Lagesse chez qui il avait effectué un stage professionnel. « J?ai été impressionné par une phrase qu?il avait affichée dans son bureau : ?La qualité attire et retient le client?. J?en ai fait ma devise et c?est l?un des plus grands secrets du succès pour une entreprise comme la nôtre ! », fait-il ressortir.

Mais la décoration intérieure ne représente qu?une partie des activités professionnelles de Jean-Pierre d?Argent. En effet, ce dernier est une espèce de touche-à-tout bourré de talent. Il est aussi décorateur de théâtre, animateur et metteur en scène. Le dernier spectacle d?Eva Dalais et Claude Paul Henry inspiré de West Side Story porte sa griffe. Ses connaissances en animation lui ont d?ailleurs valu d?être choisi par les autorités responsables des JIOI pour organiser l?animation au village des Jeux et sur le parcours de la flamme avec l?aide de Percy Yip Tong. Il a aussi demandé à ce même Claude Paul Henry de suivre les quelque 200 danseurs qui se produiront lors de la cérémonie d?ouverture et de clôture des sixièmes JIOI. Peut-on en avoir un avant-goût ? Jean-Pierre d?Argent sursaute et fronce les sourcils : « Certainement pas ! », répond-il avec fermeté. Inutile d?insister, nous ne saurons rien.

Un marlin ? pas sérieux !

Au sujet du débat qui a suivi la présentation de la mascotte Momo, certains estimant qu?un dauphin ne pouvait représenter Maurice, Jean-Pierre d?Argent s?explique : « Les gens qui disent que le dauphin ne peut pas symboliser notre île ont tort. Dans les eaux de Rivière-Noire, il existe un endroit où on rencontre des dauphins en grand nombre. Ces mammifères sont très sensibles à l?environnement et comme ils vivent en communauté, j?ai pensé que le choix du dauphin rejoint mieux celui des deux principaux thèmes des Jeux, qui sont la protection de l?environnement et l?unité nationale. On ne pouvait quand même pas reprendre le dodo de 1985. L?ironie, c?est que certains estimaient que l?idéal aurait été de choisir le marlin. Mais je me pose la question. Tout le monde bouffe du marlin à longueur d?année. Peut-on se permettre d?accommoder notre mascotte à toutes les sauces et de la déguster ? Non, ce n?est pas sérieux », insiste Jean-Pierre d?Argent.

Pour rester dans l?ambiance des Jeux, l?artiste, tout en affirmant ne pas trop s?y connaître en sport, risque quand même un pronostic : « Je pense que c?est en natation que nous avons les meilleures chances de remporter la plus grande quantité de médailles. » On espère quand même que ce sera également le cas de toutes les autres disciplines !

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