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Faut-il une pension de vieillesse sélective?

9 août 2003, 20:00

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OUI

Virjanan Mulloo, ancien PS au bureau du Premier ministre

Expliquez votre prise de position?

Si l?on ne fait rien maintenant, d?ici 30 ans, les conséquences du vieillissement de la population seront graves pour le pays. Selon les statistiques disponibles, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans passera d?ici 2035 à environ 315 000. Il est actuellement de 116 000. On estime que le pourcentage de vieux par rapport à la population sera alors de 21 % contre 9 % actuellement. Cela va affecter de façon défavorable toutes les sphères de la vie socioéconomique du pays. L?État aura alors besoin d?un budget d?environ Rs 10 milliards, basé sur le taux actuel, pour les vieux, contre Rs 3 milliards aujourd?hui. Où trouver cet argent sinon à travers davantage de taxes, surtout indirectes.

Vous dresser un tableau très noir de l?avenir?

Le vieillissement de la population mauricienne, qui suit une tendance mondiale, peut ne pas occasionner une telle crise. Il suffit pour cela de tout planifier dès aujourd?hui. Il s?agit surtout de mieux redistribuer, dès maintenant, les maigres ressources de l?État, pour faire face aux besoins croissants du futur.

Comment mieux redistribuer ces ressources ?

Actuellement 25 % de nos personnes âgées ont plus de 75 ans. Mais il leur faut attendre 90 ans, pour avoir une augmentation substantielle de leur pension. Or, il y a beaucoup de nos aînés qui n?ont pas assez de revenus pour faire face à des dépenses pour leur loyer ou leurs soins médicaux, par exemple. On aurait pu prendre cette pension dont certains n?ont pas vraiment besoin et la redistribuer à ceux qui sont démunis. Ce n?est qu?à ce prix qu?il y aura plus d?équité chez les vieux..

Pensez-vous que certains vont accepter d?être privés de leur retraite ?

Beaucoup de personnes qui ont les moyens renoncent déjà volontairement à cette pension et en font don à des institutions charitables. Mais j?admets que c?est une mesure impopulaire pour le gouvernement. Je suis persuadé toutefois que cela va aider ceux au bas de l?échelle. Cependant, le gros casse-tête reste les critères objectifs qu?on adopterait pour départager ceux qui possèdent et ceux qui ont vraiment besoin de cette nouvelle attribution des pensions.

On vous taxera de démanteler

le Welfare State?

Oui. Mais c?est à ce prix qu?il y aura une redistribution plus équitable de revenus. Imagine-t-on un ancien directeur d?une entreprise venir toucher sa pension de Rs 1 790 à côté d?un vieux qui n?a que ça pour vivre ? Il est grand temps de repenser à l?income security de certains vieux dans ce pays. Les gens doivent pouvoir vieillir avec dignité.

NON

Sarat Lallah, ancien ministre de la Sécurité sociale

Pourquoi êtes-vous contre une pension sélective ?

J?estime que cela revient à remettre en question l?État providence (Welfare State). Si Maurice est parvenue à ce stade de développement dont nous nous sommes tous fiers aujourd?hui, c?est en grande partie grâce à l?éducation gratuite, à la santé gratuite et à la sécurité sociale, notamment la pension accordée aux vieux, aux veuves et aux orphelins. La pension de vieillesse est un des piliers du Welfare State. J?ai bien peur que cette proposition ne marque le début du démantèlement du Welfare State et qu?ensuite, le gouvernement ne s?attaque à la santé gratuite, puis à l?éducation gratuite et ainsi de suite.

Votre prise de position n?est-elle pas plutôt idéologique ?

Effectivement, dans une certaine mesure et il est bien que ce soit ainsi. Je suis socialiste. J?appartiens à un parti politique, le Parti travailliste, qui a jeté les bases de l?État providence, avec une panoplie de mesures en faveur des plus démunis. Sous le prime-ministership de Navin Ramgoolam, la pension de vieillesse est passée de Rs 675 à Rs 1 000, pour atteindre Rs 1 500 en septembre 2000. Aujourd?hui que représentent les Rs 1 790 que perçoivent nos aînés par rapport à la cascade d?augmentation des prix que nous subissons depuis trois ans ? Nos vieux ont du mal à joindre les deux bouts toutes les fins de mois. Comme on le dit à Maurice, ils « tirent le diable par la queue ». J?estime en outre que le taux de la pension doit être indexé en fonction de l?augmentation du coût de la vie

Il y a pourtant des gens qui n?ont pas besoin de cet argent?

Il y a une injustice dans cette proposition. Ceux qui atteignent 60 ans, n?ont-ils pas tous, indistinctement, contribué au développement et à la richesse du pays ? Je crois que Maurice peut se permettre de traiter tous ses citoyens âgés sur un pied d?égalité, quitte à ce qu?on donne la possibilité à un bénéficiaire de renoncer à cette pension volontairement.

Or cette option existe déjà, mais on ne la vulgarise pas assez. Une fois arrivée à l?âge de la retraite, un bénéficiaire doit être informé qu?il peut renoncer à sa pension en faveur des plus démunis. Encore faut-il qu?il soit assuré que son argent ira aux nécessiteux, à travers de projets sociaux, et non à des projets inutiles. Par ailleurs, sur quels critères va-t-on se fonder ? En outre, la gestion d?un tel système peut coûter très cher.

On avance que d?ici 30 ans, on ne pourra plus payer la retraite à tous?

C?est sans compter le génie mauricien . Devant la monoculture, on a crée la zone franche et développé le tourisme, puis l?offshore et maintenant on parle de l?informatique. Je pense qu?on fera face à la situation d?ici 30 ans.

Par Patrick Yvon

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