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Jimmy Cliff nourrit le reggae d?influences neuves

27 juillet 2003, 20:00

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En 1972, Jimmy Cliff incarnait Ivan, jeune voyou jamaïcain devenu chanteur, dans le film fondateur de l'histoire du reggae The Harder They Come, de Perry Henzel, dont la chanson Many Rivers to Cross était extraite. Il est aujourd?hui en tournée française, enchaînant des festivals qui ont eu à voir avec le jazz avant de se replier sur des formats plus aguicheurs, passant de Swing? in Deauville à Jazz à Nice, ouvert le 22 juillet par une soirée consacrée au jazz, dominée par Jacky Terrasson et Diane Reeves.

Le jazz et les genres assimilés sont à Nice une grande foire, sympathique par son public, cohérente dans sa programmation. La soirée du 23 juillet offrait ainsi un pertinent canevas de musiques noires, avec le Jamaïcain Jimmy Cliff donc, les Sénégalais de l?Orchestra Baobab, le Malien Salif Keita, les rappeurs américains The Roots ou encore le Brésilien Carlinhos Brown. Quand Jimmy Cliff ouvre le feu vers 19 heures, les oliviers des jardins de Cimiez ont manifestement soif et les VIP invités des sponsors sont barricadés dans leur espace chic et antimusical.

En costume jaune bouton d?or, foulard noué sur la tête, Jimmy Cliff, 55 ans, tonifie le reggae d?influences neuves, comme le rap ou le dance-hall (notamment grâce à sa vocaliste, Tessane Chin). Le chanteur a à c?ur de sauver la planète, les ancêtres, les causes justes, dans un monde où il paraît normal de laisser mourir des millions d?Africains du sida et d?admettre l?arrogance de l?argent.

Many Rivers to Cross était une arme d?espérance, avant de devenir un slow. Aux premières mesures, les spectateurs niçois écrasent une larme, des portables connectés se lèvent, comme hier les briquets, témoins à distance d?une émotion passagère, vite transmise à ceux qui sont restés à la maison. Les réseaux téléphoniques saturent, et Jimmy Cliff chante Stop That War ? arrêtez cette guerre. Oui, mais laquelle ?

Carlinhos Brown entre en scène au moment où Jimmy Cliff est kidnappé ? direction le village VIP où il sacrifiera à la photo clientéliste avec une élue locale tout en blondeur. Le Brésilien ? chapeau, cheveux longs, bracelets d'argent ? n?est pas à son aise isolé face à un micro. Il en ressent des tressaillements de voix, des hésitations du corps, un relâchement.

Son monde est peuplé de tambours, de cuica, de clochettes, de bâtons de pluie, de calebasses emplies de graines, de caisses claires. Il s?en nourrit, n?est rien sans. Percussionniste d?exception, surdoué et carnavalesque, Carlinhos Brown a aussi composé des succès qu?il chante bien quand il est entouré de ses tambourinaires du Candeal, son quartier d?origine à Salvador-de-Bahia.

Un monde de tambours

Au public qui scandait tout à l?heure Reggae Night avec l?enfant du ghetto de Kingstown, le Brésilien sert Ja Sei Namorar ? le tube inventé en compagnie de Marisa Monte et Arnaldo Antunes, alias Os Tribalistas ? et l?entraîne à un refrain plus ancien, A namorada tem namorado (l?amoureuse a un amoureux), qui fut illico presto détourné grâce à une facile permutation du a et de l?o par les communautés gay (o) et lesbienne (a) du Brésil.

?Le rastafarisme est une voie que nous avons dû emprunter?, dira, après la photo, Jimmy Cliff, scandant un ironique ?rasta far I?. Les chemins du jeune Bahianais ne sont pas si éloignés de cette mystique de la nature. Comme son aîné jamaïcain, Carlito Marron(titre de son dernier album très inspiré de Cuba) puise dans une cosmologie particulière, toutefois transformable en tubes une fois dévoilées les intuitions fulgurantes de ce qui peut emballer un été brésilien.

Dans ce paysage d?individus d?opinions, The Roots, à Nice, ont opté pour la frappe dure. En comparaison, l?Orchestra Baobab et Salif Keita, en scène aux Arènes voisines à la même heure, sont des innocents. Les rappeurs de Philadelphie créent une sorte de république indépendante et farouche dont le porte-parole (Black Thought) a choisi son bras armé (?estlove, le batteur) parmi les ultras, tout en défendant une vision romantique de l'art (Kamal, au clavier) et de la musique funk.

Véronique MORTAIGNE

© Le Monde distribué par

The New York Times Syndicate

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