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«Nous arriverons à bout de l?extrême pauvreté»
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«Nous arriverons à bout de l?extrême pauvreté»
>>> Comment expliquez-vous qu?avec tout l?arsenal de soutien aux pauvres ? dont le Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups (TFSIVG) que vous présidez ? la pauvreté à Maurice recule si lentement ?
Il faut d?abord reconnaître qu?elle recule. Maurice améliore sa position. Les efforts entrepris depuis 2000, à travers des organisations non gouvernementales (ONG), des Trust Funds et les ministères ont payé. Mais il faut aussi comprendre la difficulté à combattre la pauvreté. Elle change, elle évolue. Lorsqu?on améliore ici la situation financière, là apparaissent d?autres formes de pauvreté, de misère. Il faut un processus permanent pour la combattre. C?est ce que nous essayons d?être. Nous faisons le maximum pour obtenir des résultats probants le plus vite possible.
>>> Le rapport du Pnud dit pourtant que le TFSIVG tarde à apporter des améliorations concrètes à ce problème?
Cela me fait sourire. Je repense à ce jour qui aura été peut-être le plus heureux de ma vie, quand un petit garçon m?a dit : «Mo content mo gagn mo la caz». Il avait vécu dans des longères dans des conditions inhumaines et a été relogé une maison en dur. Je peux déjà vous donner plusieurs exemples de résultats tangibles pour répondre aux critiques du Pnud. A Rodrigues, pour ne citer qu?un cas, nous avons fait construire 600 maisons en béton pour les personnes les plus pauvres, éliminant ainsi 500 maisons en paille.
Imaginez un peu ce que nous avons pu faire depuis 2000, avec Rs 75 millions par an écoulées dans des projets destinés aux plus pauvres? Une quarantaine de travailleurs sociaux professionnels conseillent et suivent les projets de ceux qui n?arrivent pas à bénéficier des aides de l?Etat. Et ils participent.
Je me demande par ailleurs comment le Pnud peut évaluer «ces améliorations» dans la mesure où il n?y a aucune étude scientifique qui n?ait fait l?audit des projets. Nous en avons, pour notre part, commandité une auprès d?un consultant privé. Et on l?attend.
>>> Mais quand vous offrez quelques poules à des personnes pour les inciter à se lancer dans l?élevage, pensez-vous sincèrement que cela va les sortir de leur misère ?
Bien sûr. Ce n?est pas 100 % viable, mais regardez les prêts à taux préférentiel que concède aux nécessiteux la Banque de développement. Le remboursement est très aléatoire. Doit-on pour autant conclure que le projet ne marche pas et qu?il faut l?éliminer ? C?est la même chose pour l?élevage. Pour certaines personnes, cela a marché. Au moins, ils mangent à leur faim... Mais il faut un suivi efficace pour qu?un projet réussisse.
>>> Je pense également aux projets de micro-crédit liés à l?artisanat. Vous aidez les pauvres financièrement dans cette voie alors qu?il y a très peu de débouchés.
Trop de personnes veulent obtenir un micro-crédit dans le textile. Mais ce secteur est saturé. Donc on réduit et on les pousse vers l?artisanat. Il y a certes un problème, il faut le reconnaître : l?artisanat mauricien est toujours au stade? artisanal. Au niveau de la qualité, il y a encore beaucoup à faire. Mais le potentiel est énorme, il faut persévérer et encourager les artisans à devenir plus professionnels pour mieux se vendre.
Les chômeurs viennent également à vous. Est-ce facile de les «recycler» ?
on, surtout lorsqu?ils ont dépassé la quarantaine. Mais nous offrons des formations pour aider ces gens à se reconvertir. Nous travaillons avec eux et c?est ensemble que nous cherchons une solution. J?ai une très grande confiance dans la capacité humaine à s?en sortir. Maurice a traversé de nombreuses catastrophes, mais a toujours réussi à se relever.
>>> Vous n?êtes donc pas inquiet du niveau de la pauvreté ? Maurice en arrivera-t-elle à bout ?
Mon rêve est que le TFSIVG disparaisse le plus vite possible. Mais c?est un rêve. La pauvreté existera toujours. Il sera impossible de l?éradiquer complètement. Cela m?inquiète, mais je ne suis pas désespéré, parce que nous sommes suffisamment conscients du problème, parce que nous connaissons les poches de pauvreté, parce que je suis convaincu que l?extrême pauvreté s?atténuera. L?amélioration est déjà remarquable.
Et puis, la situation à Maurice n?est pas aussi catastrophique qu?à Madagascar par exemple, ou que dans certains pays d?Afrique. Personne ne meurt de faim à Maurice, aucun Mauricien n?est abandonné à son sort.
>>> Notre pauvre n?est pas si pauvre que ça, dites-vous. Comment détermine-t-on que quelqu?un est pauvre ?
Le critère des Nations unies définit ainsi le pauvre : une personne vivant avec moins d?un dollar américain par jour, c?est à dire environ Rs ?. A Maurice, nous n?avons pas de tels cas. Nos critères sont donc autres. Nous prenons les dépenses moyennes des ménages, que nous divisons par deux. C?est ce chiffre obtenu qui représente le seuil de pauvreté. En 1997, l?on estimait à Rs 3 500 par famille, le seuil de pauvreté. Aujourd?hui, ce chiffre a dû augmenter et dépasser les Rs 4 000. Mais ce ne sont là que des chiffres et ils ne peuvent dire grand-chose. Il faut encore prendre en compte le nombre de personnes dans une famille. Il faudra repenser cette formule.
>>> Si on laisse tomber les chiffres et qu?on parle de la qualité de vie, comment définirait-on alors le pauvre ?
Je dirais que celui qui n?a pas de maison décente, avec eau et électricité et qui est sans emploi, vit au-dessous du seuil de pauvreté. Il y a encore des gens qui vivent dans des bicoques, sous des ponts. Et énormément de chômeurs. Les chômeurs sont les plus pauvres.
>>> Cette semaine a été lancé un projet majeur en faveur des régions pauvres, le projet de Zones d?education prioritaires. C?est un peu ce que vous faites déjà. Cela marche-t-il ?
Nous pratiquons en effet l?approche intégrée et nous la préconisions depuis longtemps. Nous ne pouvons que nous réjouir que cette approche soit désormais. Nationale. En prenant en considération tout l?environnement de l?enfant, le projet ZEP donnera les moyens aux enfants les plus démunis d?aller à l?école, mais surtout d?avoir le goût d?apprendre. Nous le souhaitons du moins de tout c?ur.
Nous accompagnons pour notre part une centaine d?enfants dans leur scolarité. Cela comprend bien évidemment les frais de transport, la nourriture, l?uniforme? mais l?on s?assure aussi que l?enfant va bien à l?école, et l?on suit ses résultats. Nous travaillons en outre sur un projet pilote qui concernera Vallée-Pitot. Il consistera à offrir à des enfants une table, une lampe de travail et une chaise pour qu?ils aient un coin d?études à eux dans leur maison. J?ai lu ce matin (NdlR : jeudi) un très bel article dans l?express sur Barkly. Un projet qui s?inscrit dans la même philosophie et auquel le TFSIVG a participé. C?est un très bon signe. Je souhaite que cela se passe de la même façon dans d?autres endroits de l?île.
>>> Et la population mauricienne, est-elle solidaire des plus démunis ?
Je dois avouer que je souhaiterais plus de solidarité. Bien sûr, lorsque l?on fait appel aux gens, ils répondent présents. Mais il faut constater qu?il y a moins de volontarisme. Les gens ont moins de temps pour cela. Mais ce n?est pas catastrophique. Nous ne sommes pas là pour faire la charité. Nos aidons les gens à se mettre debout. Là encore, j?ai beaucoup d?espoir dans la jeunesse, qui de plus en plus s?investit dans des ?uvres sociales, notamment les Youth Councils du ministère de la Jeunesse et des Sports.
>>> Le secteur privé aussi.
Oui, en effet. Je suis très content de voir que des grosses boîtes, comme Rogers, IBL, Beachcomber participent dans des programmes sociaux. C?est un très bon signe de responsabilité sociale. Le gouvernement seul ne put réduire la pauvreté.
>>> Et les Ong ?
Il y a beaucoup d?ONG qui luttent contre la pauvreté. Quand on fait le compte, ce sont plus d?un milliard de roupies qui sont utilisées chaque année. Mais trop souvent, il y a un manque de coordination. Trop souvent, les ONG travaillent seules dans leur petit coin. En résulte un gaspillage de ressources financières et humaines.
Heureusement, nous aborderons cette question au séminaire d?Anou Diboute Ensam, où toutes les parties concernées seront présentes et nous allons étudier ce problème.
>>> Comment voyez-vous le combat contre la pauvreté à l?avenir ?
Il faut une action concertée entre tous les partenaires. Nous allons mettre à l?épreuve notre capacité à collaborer en lançant un projet pilote dans la région de Port-Louis. Nous nous occuperons du logement, de l?emploi, de l?éducation des parents et des enfants de 25 familles. On verra ce que ça donne. Si ce travail de coordination marche, j?aurais aimé que dans le futur, dès qu?une poche de pauvreté s?installe dans une région, cela devienne un état d?urgence, que toutes les parties concernées fassent une action commune.
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