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Questions à...
Zaid Ameer : «Les concessionnaires de voitures n’ont pas les moyens de vérifier l’origine des fonds...»
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Zaid Ameer : «Les concessionnaires de voitures n’ont pas les moyens de vérifier l’origine des fonds...»
■ Zaid Ameer, président de la «Dealers in Imported Vehicules Association»
Zaid Ameer, président de la «Dealers in Imported Vehicules Association» (DIVA), qui représente les concessionnaires à Maurice, intervient sur le thème sensible du blanchiment d’argent et son lien potentiel avec le secteur automobile. Dans cet entretien, il répond sans détour aux questions sur la transparence, les risques et les mesures mises en place pour protéger la réputation de son secteur.
?Le secteur automobile, surtout celui des véhicules importés d’occasion, est parfois cité comme une porte d’entrée pour blanchir de l’argent. Quelle est votre réaction à cela ?
Je comprends ces inquiétudes, mais il faut éviter les généralisations. La grande majorité des concessionnaires travaillent de manière honnête. Oui, le secteur peut être vulnérable, comme d’autres marchés à forte valeur, mais cela ne signifie pas qu’il est systématiquement utilisé pour blanchir de l’argent. Nous avons un contrôle très rigoureux à travers le ministère du Commerce et les retours à la Mauritius Revenue Authority. Quand nous vendons des voitures, nous demandons aux clients des preuves. Si un véhicule est vendu à Rs 1 million, nous exigeons un dépôt de Rs 300 000 par virement bancaire. Si c’est à travers un compte d’épargne, nous demandons des documents originaux de la banque. Si c’est via une compagnie, nous exigeons les comptes audités des deux dernières années, la carte d’identité du directeur, le BRN, le certificat d’incorporation et un virement bancaire – jamais de cash pour le dépôt.
?Estimez-vous que les concessionnaires de voitures sont suffisamment outillés pour détecter les transactions suspectes ?
De mon côté, j’ai le flair des affaires et j’exige toujours des paiements par transaction bancaire. Quand un client vient avec de l’argent liquide, je décline l’offre et je fais toujours une diligence raisonnable. Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Certains concessionnaires n’ont pas de formation spécifique. C’est pourquoi, à la DIVA, nous plaidons pour plus de sensibilisation et de formation afin que les acteurs puissent identifier les red flags.
?Quels types de risques spécifiques au blanchiment existent dans votre secteur ?
Principalement les paiements en cash importants, l’achat répété de véhicules de forte valeur ou encore l’usage de prête-noms. Mais il est possible de limiter ces risques si l’on impose davantage de transparence dans les transactions.
?Beaucoup d’achats de véhicules se font encore en cash. Ne pensez-vous pas que cela facilite le blanchiment ?
Non, pas autant. En effet, le cash pose problème. Nous encourageons fortement les paiements bancaires et nous sommes favorables à l’introduction d’un seuil légal au-delà duquel le cash ne serait plus accepté. Par exemple, pour Rs 100 000, nous demandons toujours un virement bancaire.
?La DIVA recommande-t-elle à ses membres d’imposer un paiement par virement bancaire au-delà d’un certain montant ?
Oui. Nous encourageons déjà nos membres à privilégier les virements, surtout pour les montants supérieurs à Rs 100 000. Nous pensons que cela devrait devenir une obligation légale. Nous demandons la source de cet argent.
?Tenez-vous un registre des transactions de vos membres qui pourrait être partagé avec la Financial Intelligent Unit (FIU) ou la Financial Crimes Commission (FCC) en cas d’enquête ?
Actuellement , chaque concessionnaire tient ses propres registres.
?Est-ce que vos membres sont formés pour reconnaître les «red flags» ?
Pas tous. Sur 90 concessionnaires, seulement 42 sont membres enregistrés auprès de l’association. Nous travaillons à travers des plateformes numériques pour organiser des sessions de formation régulières. Nous avons aussi des groupes WhatsApp où nos membres échangent et partagent les nouvelles pratiques. Nous sommes toujours à l’affût de nouveautés. Je suis actuellement au Japon pour être à l’affût des informations et les communiquer à nos membres.
?Quelles sont les difficultés rencontrées quand il s’agit de vérifier la provenance des fonds des acheteurs ?
Même si nous suivons une guideline, la principale difficulté est que nous ne sommes pas des banques. Nous n’avons pas les moyens de vérifier l’origine des fonds comme le ferait un établissement financier. D’où l’importance de collaborer avec la FIU ou la FCC.
?Pensez-vous que quelques brebis galeuses nuisent à la réputation de tous les concessionnaires ?
Oui, malheureusement. Quelques cas isolés peuvent discréditer l’ensemble du secteur. C’est pour cela que nous appelons à des règles claires et uniformes.
?Comment la DIVA entend-elle protéger l’image du secteur automobile face aux accusations de blanchiment ?
Nous travaillons à instaurer un code d’éthique, nous collaborons avec les autorités et nous communiquons de façon transparente avec le public.
?Est-ce que la DIVA envisage d’imposer un code d’éthique ou une charte de transparence à ses membres ?
Oui, c’est un projet concret. Cette charte rappellera les bonnes pratiques et engagera chaque membre à refuser des transactions douteuses.
?Quels mécanismes de contrôle interne recommandez-vous pour réduire les risques de blanchiment ?
Nous préconisons : paiements bancarisés, tenue de registres détaillés, vérification de l’identité des clients et signalement automatique de tout achat suspect à la FCC.
?Si demain la FCC ouvrait une enquête sur les concessions automobiles, seriez-vous prêt à coopérer pleinement et fournir les données ?
Sans hésiter. Nous n’avons rien à cacher et nous voulons être perçus comme des partenaires dans la lutte contre le blanchiment.
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