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Yeshti Bissoondoyal : «L’IA doit soutenir l’analyse, pas remplacer la pensée critique»

19 janvier 2026, 16:00

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Yeshti Bissoondoyal : «L’IA doit soutenir l’analyse, pas remplacer la pensée critique»

Yeshti Bissoondoyal, spécialiste en intelligence artificielle.

Du 15 au 19 décembre, Maurice a accueilli le sommet «AI for Peace, Security & Governance», réunissant des représentants de l’Union africaine (UA), de la Southern African Development Community, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Yeshti Bissoondoyal y a agi comme facilitatrice et experte en intelligence artificielle (IA), participant à des ateliers sur son utilisation dans l’alerte précoce et la consolidation de la paix. Elle évoque pour l’«express» les enjeux, les limites et les conditions d’une intégration responsable de l’IA.

? Pourquoi la résistance à l’IA dans le travail de paix et de sécurité relève-t-elle davantage de l’incertitude que de la peur de la technologie ?

De nos échanges avec les délégués de l’UA, il est apparu que la résistance n’était pas liée à une crainte de l’IA en tant que telle. La plupart des participants étaient ouverts et curieux. Les hésitations venaient surtout de l’incertitude quant à la place de l’IA dans un domaine où la responsabilité et la redevabilité sont prises très au sérieux. Les analystes voulaient savoir qui reste responsable lorsque l’IA est impliquée. Une fois cette question clarifiée, une grande partie des résistances s’est dissipée.

? Comment l’intégration de l’IA dans les tâches analytiques existantes modifie-t-elle la perception de son utilité et de sa légitimité ?

Lors des sessions de travail, les perceptions ont évolué lorsque l’IA a été appliquée directement aux tâches que les délégués effectuent déjà. Lorsqu’elle soutenait la revue de données, la reconnaissance de tendances ou le test d’hypothèses, elle apparaissait comme pratique et pertinente. Elle n’était plus un concept abstrait. Cet usage concret a renforcé la confiance, car les participants voyaient l’IA comme un appui à leur travail, et non comme un substitut.

? Quels aspects de l’alerte précoce et de l’analyse des conflits bénéficient le plus de l’IA et lesquels doivent rester strictement humains ?

D’après les discussions et exercices menés avec les délégués de l’UA, l’IA est particulièrement utile pour gérer de grands volumes d’informations, identifier des tendances et mettre en évidence des signaux précoces. En revanche, un consensus fort s’est dégagé sur le fait que l’interprétation, la compréhension du contexte et la prise de décision doivent rester humaines. Elles exigent de l’expérience, du jugement et une connaissance fine des réalités locales que l’IA ne peut pas reproduire.

? Comment l’IA peut-elle servir à tester des hypothèses sans remplacer la responsabilité humaine ?

Dans la pratique, l’IA s’est révélée utile pour questionner les hypothèses plutôt que pour fournir des réponses définitives. Elle a permis de faire émerger des perspectives alternatives et d’interroger des narratifs établis. Les délégués ont jugé cela précieux, car cela renforce la rigueur analytique sans déplacer la responsabilité. Les jugements finaux restent pleinement du ressort de l’analyste humain.

? En quoi l’IA aide-t-elle à identifier des incohérences ou des angles morts dans les rapports analytiques ?

À travers des exercices pratiques, l’IA a permis de mettre en évidence des incohérences entre différents jeux de données et rapports, ainsi que des zones moins couvertes. Les délégués y ont vu un atout majeur dans des environnements marqués par la pression du temps et la surcharge informationnelle. Le jugement humain demeure essentiel pour interpréter ces signaux et décider de leur traitement.

? Comment les analystes définissent-ils des limites appropriées à l’usage de l’IA ?

En travaillant directement avec les outils, les délégués ont commencé à définir naturellement ces limites. Ils voyaient clairement où l’IA apportait une valeur ajoutée et où ce n’était pas le cas. Ces frontières se sont construites à partir des normes professionnelles, des considérations éthiques et des mandats institutionnels. Cette compréhension est venue de l’expérience, et non de règles abstraites.

? Quels risques apparaissent si les résultats produits par l’IA sont perçus comme des vérités incontestables ?

Une préoccupation majeure exprimée lors des discussions concerne le risque de considérer les résultats de l’IA comme des réponses finales. Les délégués ont souligné que l’IA peut paraître très convaincante, même lorsqu’elle se trompe ou reste incomplète. Sans questionnement critique, cela peut conduire à de mauvaises décisions. L’IA doit soutenir l’analyse, pas remplacer la pensée critique.

? Comment les institutions peuvent-elles s’assurer que l’IA reste un outil d’appui et non une solution imposée ?

Cela passe par un ancrage de l’IA dans les processus réels et par l’implication des analystes dès le départ. Dans nos sessions, l’adhésion augmentait lorsque l’IA était clairement reliée aux responsabilités et méthodes existantes. La transparence, la formation et une gouvernance claire ont permis de la percevoir comme un soutien pratique, et non comme un système imposé.

? L’adoption réussie de l’IA en matière de consolidation de la paix dépend-elle davantage de la culture organisationnelle que de la capacité technique ?

D’après notre expérience avec les délégués de l’UA, la culture organisationnelle est déterminante. Là où les institutions valorisent la responsabilité, l’apprentissage et la réflexion critique, l’IA peut être intégrée de manière responsable. Sans ces fondations, la technologie seule ne garantit pas de meilleurs résultats.

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