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Réforme du système des pensions
Vérités
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Réforme du système des pensions
Vérités
Commençons par le commencement, voulez-vous ? Ceux qui affirment, démagogiquement je pense, que la réforme des pensions attaque «l’un des piliers fondamentaux du Welfare State établi par le Parti travailliste et SSR» se fourrent historiquement le doigt dans l’œil, jusqu’au coude !
La pension non contributive a été inaugurée à Maurice en 1950 ! Sous la colonie. Cette pension de Rs 15 par mois, payée à partir de l’âge de 65 ans, était ciblée (means tested) et elle n’est devenue universelle qu’en 1958. Ce système non contributif était, au départ, une mesure «temporaire», en attendant un système contributif plus compréhensif… En 1965, l’âge de la retraite était ramené à 60 ans, mais ce n’est qu’en 1976 que le système contributif obligatoire est annoncé. C’est l’avènement du National Pensions Fund (NPF). En parallèle, la Basic Retirement Pension (BRP), dont les contributions étaient jusqu’alors restées basses, sont, dès 1976, sérieusement augmentées et, surprise, le means testing est aboli. Il y avait, bien sûr, des élections en 1976… Que gagnait le MMM, qui fut décoiffé par une alliance rouge-bleue. La pension universelle débutait son ascendance comme un outil politique !
En 1983, pour la première fois, la BRP se voyait augmentée à plus pour les plus vieux. Arrivée en 1996, la BRP pour les 60-89 ans atteignait Rs 1 000 (Rs 3 900 pour les +90 ans et Rs 4 000 à +100 ans). Dans les années qui suivirent, la BRP se voyait augmenter par bien plus que l’inflation annuelle et généralement plus que l’augmentation des salaires ! Un rapport des Nations unies de 2003 (Larry Willmore) le notait et signalait que la BRP couvrait alors PLUS que 100% des +60 ans, ce taux variant de 103% à 108% et suggérait que si les naissances étaient correctement enregistrées, les mortalités devaient l’être moins…
Le NPF est aboli en août 2020 pour être remplacé par la Contribution sociale généralisée (CSG) qui est contributive, mais largement déjà déficitaire à ses taux de lancement. Comme le NPF l’aurait été dans le futur, selon les projections…
Pourquoi donc la réforme de la pension universelle ? Parce que la réforme, c’est de s’orienter vers le contributif, d’inviter la population à mieux préparer sa retraite future et de libérer le Budget d’un item lourd qui phagocyte les autres de manière insupportable.
Parce que, aussi (on l’oublie ?), les finances de l’État laissées par l’ancien gouvernement se devaient d’être redressées, faute de quoi le pays s’acheminerait vers la catastrophe… Bien sûr que le gouvernement précédent avait dû composer avec le Covid. Assez bien, d’ailleurs. Mais il n’a pas hésité, d’une part, à endetter le pays anormalement pour essayer de «fer labous dou» à la population face à la dévaluation de la roupie et, d’autre part, à accélérer l’illusion que tout allait bien, en tripatouillant les chiffres et en ne s’attaquant pas aux gaspillages, aux pensions defined benefit et aux pertes accumulées des corps paraétatiques ! En plus, il masquait de nombreux cas de détournements délibérés des fonds publics…
La preuve de nos difficultés financières ? Le dernier Budget de Padayachy (2024- 2025) finissait avec un déficit (un «trou») de Rs 67 milliards. MILLIARDS ! Soit 9,3% du produit intérieur brut (PIB) ! L’endettement du pays avait atteint 90% du PIB alors que la norme pre-Covid était de 60 %… Vous me direz qu’à 90% du PIB, tout paraît normal, que les salaires sont payés, comme les pensions, et que l’on n’a qu’à continuer pareil ? Les projections à moyen terme, que Padayachy n’a JAMAIS VOULU rendre publiques, après son initiative de CSG déficitaire et de mise en panne du NPF, sont effrayantes. Le gouvernement, ayant négligé de les rendre publiques en amont du Budget pour expliquer les conséquences d’un Do Nothing Budget, devrait le faire immédiatement et sa com devrait bien expliquer ce que sa réforme sauvegarde pour le pays.
Bien sûr que l’on peut relever des milliers et des milliers de cas de citoyens qui vont «perdre» avec la State Age Pension (SAP) qui remplace la BRP. Bien sûr. Mais il faut quand même qu’un gouvernement responsable se soucie du bien commun de la nation et de l’avenir, même si des situations personnelles présentes vont heurter dans bien des cas particuliers ?
Des «anomalies» devront évidemment être corrigées. Ceux qui vivent de dividendes ou d’intérêts, ou de rentes non déclarées, ne devraient pas être en mesure de passer le means testing et toucher leur pension, par exemple… On y a sûrement pensé en amont ? Sinon, la réforme, pourtant inévitable, sera perçue comme précipitée, sinon partiellement irréfléchie, et, à des degrés qui restent à estimer, compromise ?
D’autant plus que les Rs 10,6 milliards espérées sur le dossier Chagos et dont dépend le Budget voté sont probablement sérieusement compromises aussi, avec la démission de Keir Starmer ?
Il y avait quatre options pour réduire le déficit budgétaire et la dette du pays, selon un conseiller du PM qui s’expliquait lundi dans l’express. On pouvait augmenter les impôts, emprunter encore, réduire d’autres dépenses publiques ou réformer le système (des pensions).
Les taxes n’augmentent pas sans conséquences sur l’investissement/ croissance. Or, les taxes ont augmenté de Rs 163,5 milliards en 2024-25 à Rs 179,7 milliards en 2025-26 (+Rs 16,2 Mds) et à Rs 198,5 milliards pour 2026-27 (+Rs 18,8 Mds), soit +21,4 % en deux ans. C’est énorme ! De plus, Top 100 Companies rappelle que les 400 compagnies qui y participent n’affichaient que Rs 33 milliards de profits en 2025…
Emprunter plus augmente forcément les intérêts. Or, à Rs 26,9 Mds (11,7 % du total), les intérêts payés sont déjà la troisième plus grosse dépense du Budget après les social benefits de Rs 83,4 Mds (36,2 % du total, ce qui est intenable…) et les salaires du service civil… de Rs 44,5 milliards.
La réduction d’autres dépenses publiques mérite attention. Avec, en toile de fond, le rapport de l’Audit, le PM se propose de siéger sur des comités ministériels pour étudier ce qui est nécessaire et possible, y compris sur les corps paraétatiques. Son intention est louable, mais il y aura énormément de résistance à ce vested interest colossal qui dame le pion au leadership politique depuis des décades ! Et Ramgoolam ne peut tout faire ! Bérenger aurait été d’une aide précieuse à ce niveau. Peut-être pas trop tard pour un patriote ?
Il restait la réforme de l’item le plus lourd du Budget qui, en plus, alimenté par la démagogie politicienne, progressait le plus rapidement : les transferts sociaux ! En effet, si les transferts sociaux représentaient 22,6% des dépenses courantes en 2004-05, ils progressaient à 25,5 % à juin 2015 avant de s’envoler aux 36,2 % de 2025-26 SANS ESPOIR DE NE PAS AUGMENTER ENCORE PLUS au cours des années à venir, au vu des promesses et du vieillissement national !
Padayachy, pourtant longtemps sollicité sur la question, n’avait jamais produit des projections de ce que coûteraient ses transferts sociaux et ses promesses de les augmenter, avec une population rapidement vieillissante. N’est-il pas temps pour le gouvernement d’expliquer enfin et de publier, dans des graphiques simplifiés peut être, le scénario Padayachy qu’il fallait éviter à tout prix versus le scénario endossé par le gouvernement, qui doit mettre de l’ordre pour nous éviter le sort du Sri Lanka ?
Reculer, c’est pour les mauviettes. Corriger et affiner relèvent du rationnel. Abandonner le means testing coûte combien ? Informer mieux est toujours nécessaire.
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