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Centenaires

Une longévité célébrée, un avenir questionné

10 septembre 2025, 16:00

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Une longévité célébrée, un avenir questionné

Sonmowtee Motaye est devenue la 200e centenaire de la République de Maurice.

À d’Epinay, ce jeudi 5 septembre, la salle du Royal Ding Hall a résonné d’émotions et de fierté. Sonmowtee Motaye, née en 1925, a franchi le cap impressionnant des 100 ans. Pour l’occasion, le ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale lui a rendu hommage lors d’une cérémonie empreinte d’émotions.

Sonmowtee Motaye a été honorée comme il se doit : un bouquet de fleurs, une médaille symbolique, un certificat, un chèque de Rs 26 203 ainsi qu’une friteuse à air numérique. À cela se sont ajoutés un chèque supplémentaire de Rs 10 000 du National Solidarity Fund et un service téléphonique spécial offert par Mauritius Telecom.

Femme discrète, Sonmowtee Motaye a partagé sa vie avec un mari commerçant dans le commerce du prêt-à-porter. De leur union est né un fils, qui a agrandi le cercle familial avec deux petits-enfants et, aujourd’hui, deux arrière-petits-enfants. Derrière son sourire serein, la centenaire livre son secret : une alimentation équilibrée, une vie disciplinée et surtout, l’affection constante de sa famille. Des ingrédients simples, mais puissants, qui lui ont permis de traverser un siècle.

Maurice, une île de plus en plus centenaire

Sonmowtee Motaye n’est pas seule à souffler ses cent bougies. Selon les chiffres officiels, Maurice compte aujourd’hui 190 centenaires, dont 167 femmes et 23 hommes. À Rodrigues, on en dénombre dix, avec une nette prédominance féminine. Ces doyens bénéficient d’une pension de Rs 30 210 par mois, ce qui représente une enveloppe mensuelle de plus de Rs 6 millions pour l’État. La progression du nombre de centenaires n’est pas anodine. Elle traduit une évolution des soins de santé et des habitudes de vie, mais elle interroge aussi sur l’avenir de la santé publique.

Interrogé sur cette longévité croissante, le Dr Vinesh Sewsurn, médecin généraliste du service public, met en avant l’importance du dépistage précoce. «Aujourd’hui, le diabète, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires sont détectés beaucoup plus tôt grâce aux campagnes de prévention et aux check-up réguliers», explique le président de la Federation of Civil Services and Other Unions (FCSOU). Cette vigilance accrue permet une meilleure prise en charge, limitant ainsi les complications qui, autrefois, réduisaient drastiquement l’espérance de vie. Le praticien insiste : «Avec un bon suivi, le diabète ou l’hypertension n’empêchent pas de vivre longtemps. Mais laissées sans contrôle, ces maladies peuvent gravement affecter les reins, le cœur ou la vue.»

Cependant, l’optimisme reste nuancé. Selon le Dr Sewsurn, les années à venir pourraient présenter un tout autre tableau. «Déjà, nous constatons une montée alarmante de l’obésité précoce chez les enfants et un rajeunissement des maladies cardiovasculaires. Des jeunes de 26 à 30 ans arrivent avec des crises cardiaques, parfois sans dépistage préalable», prévient-il. En cause : un mode de vie où l’alimentation rapide et peu équilibrée s’impose. «Beaucoup privilégient les fast-foods, faute de temps ou par commodité. Mais cette tendance entraîne le développement du syndrome métabolique, véritable bombe à retardement.»

Discipline et prévention, la clé

Si les salles de sport et les cours de zumba fleurissent à travers l’île, l’expert rappelle qu’il ne suffit pas de «compenser» les excès alimentaires par de l’exercice ponctuel. «Penser qu’on peut manger n’importe quoi et se rattraper à la gym le lendemain est une illusion. La vraie solution, c’est une discipline de vie, une alimentation équilibrée et un suivi nutritionnel.»

Le témoignage de Sonmowtee Motaye prend alors tout son sens. Elle incarne une génération qui a su cultiver la sobriété, le respect des repas faits maison et le sens du rythme quotidien. Si son parcours inspire aujourd’hui ses proches, il devrait également servir de modèle à une société confrontée à de nouveaux défis de santé.

Maurice célèbre ses centenaires comme un trésor national. Mais au-delà des médailles et des chèques, ces hommes et femmes rappellent qu’une longévité heureuse se construit au quotidien, par de petites habitudes qui, cumulées, tracent le chemin d’une vie longue et épanouie. Et si, derrière chaque centenaire, se cachait une leçon de vie pour les générations futures ?

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