Publicité
75 ans de la Mission Catholique Chinoise
Un accompagnement spirituel constant des immigrants chinois
Par
Partager cet article
75 ans de la Mission Catholique Chinoise
Un accompagnement spirituel constant des immigrants chinois
Le 15 décembre, cela fera 75 ans que la Mission Catholique Chinoise (MCC) a été officiellement fondée en vue d’accompagner et d’évangéliser les immigrants chinois. L’express remonte le temps en compagnie de Marie Anne Fong et de Simon Wong, respectivement secrétaire administrative et membre du comité diocésain de la MCC, afin de vous faire découvrir cette mission particulière.
Selon le livret À l’aube de la Mission Catholique Chinoise, écrit par feu Mgr Amédée Nagapen, il y a eu trois cycles d’évangélisation des immigrants chinois dans l’île. Le cycle initial a commencé en 1873 sous la direction de Mgr William Scarisbrick, à l’époque évêque de Port-Louis, et s’est étendu jusqu’en 1919. Le second cycle s’est produit à l’entre-deux Guerres (1920- 1945). Et c’est vers 1949, sous l’épiscopat de Mgr Daniel Liston que le troisième cycle s’est fait plus important.
Pailles, berceau de la Mission chinoise
L’immigration chinoise commence en 1850 et est surtout masculine. Toujours selon le livret de Mgr Nagapen, cette année-là, 586 hommes, originaires de Chine ou de Hong-Kong, débarquent dans l’île. En 1861, ils sont 1550 Chinois et deux Chinoises à leur emboîter le pas. Et en 1891, sur un contingent de 3142 Chinois, il n’y a que neuf femmes. Presque tous ces immigrés appartiennent à la classe marchande et dès leur arrivée dans l’île, ils commercent. Comme la plupart d’entre eux sont célibataires, ils s’intéressent aux filles de l’île, dont beaucoup étaient de foi catholique car elles avaient été évangélisées par le Bienheureux père Laval. Ce qui a engendré des couples mixtes. Cependant, l’évangélisation des immigrants chinois restait généralement difficile car le catéchisme était enseigné en français, langue incomprise par eux. De plus, leurs commerces ouvraient dès 6 heures et fermaient vers 21 heures. Difficile avec un tel emploi du temps de se libérer pour aller suivre des cours de catéchisme.

Comme la communauté d’immigrants chinois et Sino-mauriciens commence à grandir à la périphérie de Port-Louis, l’évêque d’alors, Mgr Scarisbrick, qui avait entendu dire que les prêtres missionnaires lazaristes, à la longue tradition de mission en Chine, s’apprêtaient à quitter l’île de La Réunion, il a alors eu l’idée d’écrire au père Étienne, supérieur général de cette congrégation à Paris, pour lui demander d’envoyer des religieux disposés à évangéliser les Chinois de Maurice. «L’église catholique a toujours eu à cœur d’accompagner et d’évangéliser les personnes. Et l’évêque Scarisbrick avait vu loin», estime Marie Anne Fong.
La requête de l’évêque Scarisbrick au père Etienne fut agrée. C’est ainsi que le frère Emile Joseph Navarre arrive à Maurice en juin 1873. Sept autres missionnaires lazaristes le rejoignent et l’évêque Scarisbrick les loge à la cure de l’église St-Vincent-de-Paul, à Pailles. L’endroit devient le centre de la Mission Chinoise comme elle s’appelait alors. Voulant que l’accompagnement spirituel et évangélique des Chinois démarre sur des bases solides, la Congrégation de la Mission à Paris délégue dans l’île le père Glau, qui parlait couramment le mandarin pour avoir passé dix ans en Chine. Bien que ce prêtre ne restât que 20 mois, à la fin de 1874, il avait enseigné le catéchisme et baptisé une trentaine de Chinois. À Pâques 1875, le père Glau avait donné le sacrement du baptême à 49 Chinois adultes et préparait 22 autres à le recevoir.
Scarisbrick l’autoritaire
Selon le livre de Mgr Nagapen, le père lazariste Louis Marie Caillaux lui succéda à la fin de 1876 et l’année suivante, ce fut le père Beckman qui débarqua dans l’île pour prendre la responsabilité de la Mission Chinoise. Il est alors secondé par Mère Barthélémy, religieuse de Bon Secours, née Amélie Raynaud, qui avait décidé de consacrer sa vie à Dieu dès l’âge de 22 ans. Au contact du père Glau, Mère Barthélémy apprend le mandarin et peut converser avec les immigrants chinois. Le père Beckman ne fit pas long feu à Maurice. Et en 1880, tous les prêtres lazaristes avaient plié bagages, la raison étant attribuée, selon le livre de Mgr Nagapen, au caractère autoritaire de Mgr Scarisbrick.

Loïs Lagesse, qui a écrit une biographie de Mère Barthélémy, raconte que cette religieuse ne se contentait pas d’évangéliser mais qu’elle était aussi pour la paix des ménages. Bien qu’étant de bons maris et pères de famille, les Chinois considéraient qu’ils détenaient l’autorité maritale et que leurs épouses leur devaient obéissance. Un matin, alors qu’elle était occupée dans le couvent, Mère Barthélémy entend des cris d’orfraie. C’était une Chinoise, poursuivie par son mari. La femme courait pour trouver refuge au couvent. La religieuse la cacha dans sa chambre. Peu après, le mari se pointa au couvent, un gros rotin en main, pour récupérer son épouse.
Mère Barthélémy l’a autorisé à la chercher dans le couvent. Il ne s’est pas fait prier et a fouillé chaque chambre, sans toutefois oser entrer dans celle de Mère Barthélémy. Il est reparti déçu mais sa colère était retombée. Peu après, grâce à la douceur et au tact de la religieuse, le couple s’est rabiboché. Mère Barthélémy, qui avait fait construire un couvent à la Montagne des Signaux, versant Canal Dayot, y ajouta une école, une chapelle, un orphelinat, de même qu’un hôpital pour les Chinois, ce dernier établissement commençant à opérer à partir d’octobre 1867. Elle a poursuivi sa mission d’évangélisation et s’est tellement investie auprès de la communauté chinoise qui grossissait, qu’on l’a appelée «la maman» des Chinois. Un des immigrants qu’elle avait baptisé, Affan Tank-Wen, l’a d’ailleurs aidée à convertir plusieurs de ses compatriotes. Malade et ayant besoin de soins en France, Mère Barthélémy a quitté l’île à bord du navire Yang Tse des Messageries Maritimes. Souffrant de dysenterie à bord, elle a poussé son dernier soupir avant que le bateau n’atteigne les côtes françaises et sa dépouille fut immergée. Il y a d’ailleurs un cénotaphe à sa mémoire au cimetière de l’Ouest et le mémorial qui se trouvait au couvent de la Montagne des Signaux a été transférée au jardin de la Compagnie. D’autres prêtres prirent alors le relais de l’évangélisation des Chinois.
Premier fancy-fair en 1951
C’est le 15 décembre 1950, raconte Marie Anne Fong, que la Mission Chinoise fut réorganisée et officiellement renommée MCC. Cette réorganisation a été impulsée par le Français Emile Vanderwalle, prêtre jésuite, délégué sur place pour s’occuper de la MCC. Basé à la résidence de St-Ignace, il a évangélisé bon nombre de Chinois. Le père Vanderwalle fut aidé dans sa mission par un laïc originaire de Hong-Kong, Kwok Siang, arrivé à Maurice, le 22 mars 1951. Les deux hommes décidèrent de lever des fonds en organisant le premier fancy-fair de la MCC, la même année. La recette leur a permis d’acheter des livres pour les enfants défavorisés.
Ils ont mis sur pied la chorale chinoise et ont aussi organisé des baptêmes de groupe. Ce premier type de baptême a réuni 200 Chinois, hommes comme femmes et s’est déroulé à la Cathédrale St-Louis en 1957. Par la suite, c’est le père Paul Wu, qui est devenu l’aumônier de la MCC, entre 1968 e 1980. Il a essaimé des cellules de la MCC dans les paroisses où les communautés chinoises et sino-mauriciennes s’étaient installées, à savoir l’Immaculée Conception, la Cathédrale Saint-Louis, St-Malo, Mont-Roches, Curepipe et Vacoas. «Chacune des six cellules agit en soutien de la paroisse et intègre les activités du diocèse comme les messes, les baptêmes, les prières, la chorale. Elles organisent des retraites, des pèlerinages etc.» Ces cellules de la MCC répondent au comité diocésain, qui comprend 12 membres, nommés par l’évêque.
Marie Anne Fong ajoute que de nos jours, la MCC accueille aussi les travailleurs chinois de passage, qui ont des difficultés à communiquer et à ceux qui épousé des Mauriciennes. «Nous avons des accompagnateurs qui parlent hakka et qui aident ceux qui ne parviennent pas à communiquer. Nous aidons aussi les Chinois qui sont dans le besoin.»
Culture et religion diffèrent
Somme toute, le christianisme, religion monothéiste, est venu se greffer sur le bouddhisme et le taoïsme, qui sont polythéistes et dans lesquelles le culte aux ancêtres à la pagode tient une grande place. Comment les immigrants chinois et leurs descendants convertis au christianisme arrivent-ils à concilier ces croyances ? «Tout dépend de l’intention quand on se rend à la pagode. On peut accompagner un parent âgé qui veut s’y rendre mais pas pour aller prier une divinité. On ne parle d’ailleurs plus de culte aux ancêtres mais d’hommage à leur intention, cérémonie qui a été autorisée à la suite du Concile Vatican II. Cet hommage rejoint le quatrième commandement de Dieu qui dit “Tu honoreras ton père et ta mère”», affirme Marie Anne Fong.
Simon Wong déclare lui que : «Dans la croyance populaire, il est dit que l’esprit qui a été assigné à chaque Chinois part faire son rapport au Père céleste la veille du Nouvel An chinois. Ainsi, pour son voyage, on lui fait des offrandes sous forme de poulet, de porc, de poisson, de fruits, de sucreries et de vin… et aussi pour qu’il fasse un rapport positif sur le Chinois qu’il protège. Dans la foulée, on fait un autre service et on offre poulet, porc, poisson, etc… aux ancêtres pour leur dire d’accueillir et d’inciter l’esprit à faire un rapport positif sur leur descendant. Il faut ensuite faire éclater des pétards pour éloigner les mauvais esprits, qui pourrait nuire à l’esprit voyageur et ainsi ouvrir son chemin. Le matin du Nouvel An, l’esprit revient et à une heure précise, il faut faire éclater des pétards pour rouvrir son chemin. Les gens vont à la pagode accueillir l’esprit, toutes lumières allumées. Les catholiques eux ne font pas de l’adoration aux ancêtres mais leur rendent hommage.»
Si autrefois cet hommage se faisait après la messe organisée dans le cadre du Nouvel An chinois à la Cathédrale St-Louis, de nos jours, elle a lieu au cours de la messe, après la consécration de l’Eucharistie lorsque le prêtre prie pour les défunts. «Rendre hommage aux ancêtres et à leur mémoire reste un acte de vénération et non d’adoration. Car Dieu seul mérite l’adoration. Et nos offrandes d’encens, de fleurs, fruits, gâteaux, sont une expression de notre respect et de notre piété filiale et non pas pour que l’âme de l’ancêtre puisse en manger ou en jouir. Les fleurs que nous présentons devant l’autel représentent notre amour pour eux, le vin offert est un rappel des moments festifs que nous avons partagés, les fruits sont pour exprimer notre admiration pour les valeurs transmises et les sucreries pour les remercier d’avoir transmis leur savoir-faire.» Simon Wong ajoute que, lui, fait les deux services à la maison, la veille du Nouvel An chinois. «Comme vous le voyez, la culture et la religion diffèrent.»
Archives en ligne
La MCC, qui n’a pas d’aumônier depuis le départ du père Georges Cheung pour Rome en juin dernier, va célébrer son 75e anniversaire par une messe d’action de grâces animée, la veille de la date anniversaire, soit le dimanche 14 décembre, à la Cathédrale StLouis, par Mgr Jean-Michaël Durhône, évêque de Port-Louis. Messe qui sera suivie d’une collation à la cure et par une exposition retraçant les nombreux temps forts de la MCC.
Appelé à dire combien de Sino-mauriciens sont chrétiens, Simon Wong déclare que si 90% d’entre eux le sont, cette communauté, qui était dénombrée à 32 000 personnes lorsque la population comprenait 760 000 âmes, est estimée aujourd’hui à environ 13 000 personnes. «Les anciens meurent. Les jeunes quittent le pays pour leurs études supérieures et beaucoup ne reviennent pas. Et la famille nucléaire s’est rétrécie à trois ou quatre membres», indique Simon Wong.
Dans le cadre de ces 75 ans de la MCC, les membres du comité diocésain pensent sérieusement à inviter l’évêque de La Réunion, Mgr Pascal Chane-Teng, qui a exprimé le désir de collaborer avec la MCC, afin qu’il anime une causerie sur la culture chinoise à l’intention des jeunes et moins jeunes de la communauté. Celle-ci sera ouverte au public. Le comité diocésain sollicitera aussi la collaboration de Patrick Leong Son, qui a le souci de transmettre les traditions aux jeunes.
Mais le plus gros projet de la MCC est d’arriver à mettre ses archives en ligne. «Le père Louis Ha, né dans l’île mais qui a grandi à Hong Kong, a pris sa retraite en tant qu’historien et archiviste du diocèse de Hong Kong. Il est rentré au pays depuis quatre ans et a démarré ce travail d’archivage en ligne mais c’est un exercice laborieux, qui nécessite des ressources humaines et financières importantes», raconte Anne Marie Fong, qui précise que le fancy-fair que la MCC organisera l’an prochain servira de première levée de fonds pour ce projet conséquent.
Publicité
Publicité
Les plus récents