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Vision 2050

Trois mots pour conjurer le déclin économique

20 décembre 2025, 06:00

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Le titre est solennel. L’ambition, immense. La question, brutale : quelle vision pour un pays qui vieillit plus vite qu’il ne se projette ?

Le lancement officiel des consultations nationales sur Vision 2050, hier à l’auditorium Octave Wiehe, a remis au centre du débat public un mot presque oublié : le temps long.

Trois piliers ont été posés comme un triptyque fondateur – prosperity, sustainability, inclusion. Pris ensemble, ils signalent une rupture avec la logique du court terme, de la croissance arithmétique et des ajustements à la marge. Ils traduisent une ambition plus exigeante : celle d’un développement structurel, humain et durable. Mais encore faut-il accepter ce que ces mots impliquent réellement.

La prospérité, d’abord, ne se résume plus à un taux de croissance ou à une embellie conjoncturelle. Elle renvoie à la productivité, à l’innovation, à la capacité d’un pays à créer de la valeur dans un monde dominé par la technologie, l’intelligence artificielle (IA) et la compétition mondiale des talents. Consolider les pôles de croissance existants, en lancer de nouveaux, épouser les ruptures technologiques : c’est l’axe rappelé par Navin Ramgoolam. «Nous devons consolider nos pôles de croissance existants, en créer de nouveaux et embrasser les nouvelles technologies, notamment l’IA, pour améliorer durablement notre productivité», a insisté le Premier ministre. Le diagnostic est juste. Mais il appelle des choix lourds, cohérents et assumés.

Car l’IA n’est pas un slogan de conférence. C’est un choc systémique. Elle transforme le travail, redéfinit les compétences, recompose les chaînes de valeur. Elle promet des gains de productivité indispensables à une économie confrontée au vieillissement rapide de sa population. Mais elle exige aussi une infrastructure robuste, une énergie fiable, des institutions capables d’anticiper – et non de subir – le changement. L’IA ne corrigera pas nos faiblesses structurelles. Elle les révélera.

La durabilité, ensuite, ne peut être réduite à une incantation verte. Elle interroge la solidité de notre modèle énergétique, la soutenabilité de nos finances publiques, notre capacité à absorber les chocs climatiques et technologiques. Une croissance qui repose sur une énergie instable, sur des importations massives ou sur des arbitrages budgétaires de court terme est une croissance vulnérable. Là encore, l’IA agit comme un révélateur : sans énergie continue et de qualité, la souveraineté numérique reste un mirage.

L’inclusion, enfin, est le pilier le plus politique – et le plus inconfortable. Elle pose la question de la répartition des fruits de la croissance, de l’égalité des chances, de la cohésion sociale. Une croissance qui exclut affaiblit le capital humain, nourrit la défiance et finit par se retourner contre elle-même. Inclusion sans prospérité est une illusion morale. Prospérité sans inclusion est une bombe sociale. Et durabilité sans inclusion est une injustice programmée.

Mais une vision n’est pas un exercice de communication. Comme l’a rappelé la ministre Jyoti Jeetun, visiblement fière d’être à la tête du ministère de la Planification économique ressuscité, une vision est un acte de foi collectif. Or, le temps long est précisément ce que notre classe dirigeante a désappris, prisonnière de l’urgence budgétaire, des équilibres électoraux et d’un imaginaire forgé au siècle dernier.

Peut-on sérieusement penser 2050 quand ceux qui tiennent le stylo ont 78 ou 80 ans ? La question n’est ni irrespectueuse ni âgiste. Elle est structurelle. Une vision de 2050 ne peut être conçue uniquement par ceux qui, biologiquement, n’y seront plus. Elle doit être écrite avec ceux qui la vivront.

C’est là que le diagnostic de Jyoti Jeetun mérite d’être entendu. Elle a nommé l’éléphant dans la pièce : la crise démographique. À 1,4 enfant par femme, Maurice ne renouvelle plus sa population. Le dividende démographique est consommé. La population active stagne, puis décline, tandis que les 65 ans et plus augmentent rapidement. La démographie ne négocie pas.

Vision 2050 sans politique démographique est une fiction. Sans réflexion sérieuse sur l’immigration, l’intégration et le retour de la diaspora, c’est de l’auto-hypnose collective. Vision 2050 sans jeunesse, c’est une maquette sans fondations.

Dans ce contexte, la réforme des pensions est nécessaire. Mais elle est insuffisante. Repousser l’âge de départ à la retraite sans refonder le contrat intergénérationnel, sans politique familiale ambitieuse, sans investissement massif dans le capital humain, c’est déplacer le problème, pas le résoudre.

Vision 2050 devrait être l’occasion d’un sursaut : repenser l’État non comme distributeur de rentes électorales, mais comme architecte du long terme. Accepter que la souveraineté de demain se jouera dans l’énergie, l’éducation, les données et les talents – et non dans la nostalgie des modèles passés.

Mais pour cela, une révolution silencieuse s’impose : céder de l’espace. Écouter ceux qui ont 25, 30, 40 ans. Leur donner le droit de contredire, d’imaginer autrement. Une vision ne se décrète pas depuis un pupitre. Elle se construit dans le frottement des générations.

Vision 2050 ne doit pas être le testament d’une élite fatiguée. Elle doit être le contrat fondateur d’un pays qui accepte enfin de regarder l’avenir sans peur – et sans béquilles.

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