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Création théâtrale

Trois femmes ordinaires : Amour et amitié au goût de sang

15 septembre 2025, 16:30

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Trois femmes ordinaires : Amour et amitié au goût de sang

Ananda Devi le 9 septembre dernier dans les locaux d’Immedia à Port-Louis

La pièce inédite en français, d’Ananda Devi, «Trois femmes ordinaires», est à l’affiche les 19 et 20 septembre au Caudan Arts Centre.

Trois amies: Mariam, Veena et Charlène. Mariam vit une relation «anxiogène avec son mari. Elle se sent piégée, peutêtre plus psychologiquement que physiquement. Il y a une solidarité féminine qui se crée autour d’elle». Ainsi parle Ananda Devi de sa pièce, Trois femmes ordinaires. Actuellement à Maurice, elle en a profité pour présenter cette pièce de théâtre, qui se distingue par sa singularité, dans une œuvre surtout composée de romans et de poésie.

Trois femmes ordinaires, un polar à suspense, est à l’affiche au Caudan Arts Centre, les 19 et 20 septembre à 20 heures. La mise en scène de cette production de Rama Poonoosamy et Immedia est assurée par Gaston Valayden. Sur scène, les trois femmes «ordinaires» se retrouvent après avoir commis l’irréparable : le meurtre du mari de Mariam, Jibril.

Abordant la genèse de la pièce, Ananda Devi a expliqué l’entremêlement de deux idées. La première lui est venue lors d’un festival littéraire en Écosse. «Évidemment, en Écosse, on parle beaucoup de whisky. J’ai visité une distillerie. Les vapeurs de whisky s’échappant des fûts, cela s’appelle la part des anges. Parce que tout le reste sera bu par les hommes.»

Le séjour en Écosse s’est déroulé avant la pandémie de Covid. Arrivent les confinements. Ananda Devi, qui ne voyage plus, termine deux romans, Le Rire des déesses (paru en 2021 chez Grasset) et Le jour des caméléons (paru en 2023 chez Grasset). Et après ? «J’ai eu envie de sortir de mon domaine habituel, d’écrire quelque chose de l’ordre du thriller.» Revient l’idée de la part des anges. En parallèle, elle réfléchissait aussi à l’histoire de trois femmes, où l’une d’elles est soumise à des violences conjugales. «Toutes les trois vont planifier le meurtre parfait d’un des maris.» «Comme quoi, parfois, un whisky peut avoir un goût de sang», dit la présentation de Trois femmes ordinaires.

Dans cette pièce écrite d’un seul trait, l’auteure affirme avoir gardé «beaucoup d’ambiguïté à propos de qui a tort, qui a raison, est-ce que ce sont les hommes, est-ce que ce sont les femmes ? Pourquoi elles commettent cet acte terrible ? C’est toute la complexité humaine». Thème central de la pièce : le *«gouffre dans le couple. Même si on se connaît très bien, il y a une incompréhension totale entre l’intention et la perception des gestes et des mots. Le spectateur va vaciller. Se dire d’un côté, oui, c’est un mari violent, et de l’autre, on va entendre son point de vue».

Ananda Devi a choisi Gaston Valayden pour la mise en scène. Il a notamment adapté le recueil de poésie d’Ananda Devi, Ceux du large. «Il y a une différence entre le texte et la mise en scène. Je vais interpréter la pièce selon ma sensibilité, sans m’écarter de l’histoire», dit-il. Le dramaturge de la Trup Sapsiway s’est emparé de Trois femmes ordinaires en gardant sa préférence pour les «décors très simplistes». Parce que c’est au public de «compléter. Lui aussi a une sensibilité». Les trois personnages de femmes sont joués par Shrita Hsssamal, Sonia Messain et Kelly Ang-Tin-Hone. «C’était important de monter la pièce à Maurice en premier», confie Ananda Devi. Des discussions ont été entamées avec une directrice de théâtre en France, pour une adaptation.

Billets orchestre : Rs 800 et Rs 600. Balcon : Rs 500.


Questions à… Ananda Devi, écrivain multi-récompensée

«Au niveau politique, comme ils ne me lisent pas, ils ne savent pas à quel point je suis critique»

Le 4 septembre, vous avez reçu le prix Gide contemporain capital. Une réaction ?

C’était une belle surprise parce qu’en plus, c’est un prix qui récompense une œuvre, pas juste un livre. C’est quand même merveilleux de se rendre compte que le travail qu’on a fait – pour moi, c’est plus de cinquante ans – a porté ses fruits, dans un sens. Que cela porte le nom de Gide, c’est important, parce que quand j’étais adolescente, j’ai lu tous ces livres. Il m’a beaucoup marquée, dans mon enfance.

Dans votre carrière jalonnée de prix littéraires, est-ce qu’il y a un avant et un après prix Neustadt 2024 ?(NdlR : le prix Neustadt reconnaît le mérite littéraire exceptionnel d’un auteur dans le monde. Ananda Devi l’a eu pour Le jour des caméléons)

Oui, surtout aux États-Unis, où ils connaissent très peu les prix littéraires français. Le prix Neustadt a un rayonnement important. Jusqu’ici, mes livres traduits en anglais étaient publiés chez des petits éditeurs américains et anglais. Le prochain, Manger l’autre, qui a été traduit, va sortir en avril 2026 chez Farrar, Straus and Giroux, l’un des plus grands éditeurs américains. Donc, oui, ça fait une différence. Mais cela dit, plus le temps passe, plus ce qui est important, c’est ce qu’il me reste à écrire.

Il y a aussi ceux qui écrivent sur vous. Profaner Ananda de Sami Tchak est paru en mars. C’est un titre qui choque. L’auteur explique qu’il s’agit de «profaner dans le sens de libérer toute la tension intime». Cela va chercher loin, non ?

Il me connaît depuis très longtemps, il connaît bien mon œuvre.

Il dit que vous êtes un «couple littéraire fusionnel». Il a beaucoup écrit sur moi. Ce qu’il voulait dire, c’est qu’on pense toujours, dans le milieu littéraire, en tout cas, ou même dans le public, que je suis une personne très secrète. Que tout est dans mes livres et que moi, je reste un peu en retrait, en tout cas du monde littéraire, médiatique. Lui, il dit au contraire que je me révèle beaucoup dans mes livres et surtout dans ma poésie, qu’il cite beaucoup dans ce livre.

Donc, la profanation, c’est dans le sens de montrer à quel point je suis présente dans tous mes livres, mais qu’on ne me lit pas forcément de cette manière. Dans ce livre, il y a Annie Ferré aussi qui a écrit un texte. Il y a deux fictions et deux essais sur mes livres. Ce qui m’a étonnée en le lisant, c’est qu’en même temps, j’avais l’impression que ce n’était pas moi, que c’était comme un personnage.

On y établit un parallèle avec le moine Ananda.

Ananda, qui est un disciple de Bouddha. C’est une expérience étonnante, presque comme si ce n’était pas moi. Il y a une définition en particulier, qui va assez loin dans la profanation. Si j’avais été plus jeune, je n’aurais probablement pas accepté. À mon âge, je me suis dit : Pourquoi pas ? [rires]

Toute cette reconnaissance se passe à l’étranger. La reconnaissance au pays natal vous manque ?

Celle du public, d’une part et de l’État d’autre part. Je suis bien connue à Maurice. Je rencontre des étudiants de l’université de Maurice par exemple, qui ont étudié Le voile de Draupadi au Higher School Certificate, Rue La Poudrière ou Eve de ses décombres. Il y a quand même une reconnaissance. Maintenant, je pense qu’au niveau politique, comme ils ne me lisent pas, donc ils ne savent pas à quel point je suis critique de tous les travers de la société mauricienne. Depuis toujours, je remets en question, que ce soit la religion, l’identité, la politique. Le jour des caméléons, c’est mon livre le plus politique. Mais, je ne sais pas si ça a un impact, au niveau politique.

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