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Taxe touristique
Trois euros par nuit à partir d’octobre : Entre durabilité et inquiétudes du secteur
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Taxe touristique
Trois euros par nuit à partir d’octobre : Entre durabilité et inquiétudes du secteur
À partir du 1er octobre, chaque touriste séjournant à Maurice devra s’acquitter d’une taxe de 3 euros par nuitée. Cette contribution concerne les voyageurs âgés de plus de 12 ans et s’appliquera dans les hôtels, résidences touristiques, «guesthouses» et domaines enregistrés. La question qui se pose pour les groupes hôteliers ou les touristes est la suivante : comment cette mesure s’appliquera-t-elle et quelles en seront les implications ? Les Mauriciens établis à l’étranger seront-ils également concernés ?
La taxe touristique de trois euros, annoncée dans le Budget 2025-2026, a pour objectif de financer le développement durable du secteur touristique, notamment la gestion des infrastructures, l’efficacité énergétique ainsi que la préservation du patrimoine naturel et culturel de l’île. Elle sera collectée directement par les établissements d’hébergement, et non à l’aéroport ni par les touropérateurs, un procédé considéré comme simple et déjà appliqué ailleurs. Sydney Pierre, junior minister au Tourisme, précise que «chaque client âgé de 12 ans et plus, séjournant dans l’un de ces types d’hébergements, devra s’acquitter d’une taxe de 3 euros par personne et par nuit auprès de l’établissement. Cette taxe sera ensuite collectée et reversée mensuellement à la Mauritius Revenue Authority».
Qu’en est-il des Mauriciens établis à l’étranger qui viennent visiter leur pays natal ? «La question est très pertinente, car un touriste, c’est celui qui part en vacances, qu’il soit Mauricien ou étranger. Toutefois, cette taxe de 3 euros ne devrait pas s’appliquer aux Mauriciens. Je suis en discussion avec le secrétaire aux Finances pour inclure une clause d’exclusion concernant les Mauriciens et les résidents mauriciens», explique Sydney Pierre, en rappelant qu’environ 1,4 million de touristes séjournent chaque année à Maurice.
Si, pour le junior minister, cette taxe ne dissuadera pas les visiteurs et reste essentielle pour préserver le modèle touristique mauricien, elle soulève néanmoins des interrogations parmi les opérateurs, notamment quant à son impact sur les petits et moyens établissements, même si elle s’aligne sur les pratiques internationales. Pour les visiteurs, le coût supplémentaire demeure limité : un couple séjournant dix nuits dans un hôtel devra, par exemple, s’acquitter de 60 euros additionnels.
Pour Ajay Jhurry, président de l’Association of Tourist Operators, la taxe pourrait avoir des effets disproportionnés. «Pour un petit hôtel, 3 euros par nuit pour une famille séjournant sept nuits équivalent à une ou deux nuits supplémentaires», souligne-t-il. Selon lui, si les grands hôtels seront peu impactés, les petits et moyens établissements risquent, eux, de paraître plus chers, accentuant ainsi le déséquilibre au sein du secteur.
Il souligne également que le secteur aurait nécessité un plan de transition et une consultation de qualité des parties prenantes. «Le budget 2026 prévoit l’élaboration d’un blueprint pour le tourisme, visant à repenser le secteur autour de la qualité, de la durabilité, de l’inclusion et de la compétitivité. Ce plan stratégique pourrait intégrer la taxe touristique, en précisant les modalités d’application et les recommandations adaptées au contexte local». Pour Ajay Jhurry, toutes les mesures annoncées auraient peut-être dû être mises en attente jusqu’à la finalisation de ce blueprint, qui aurait permis d’évaluer leur impact sur l’ensemble des acteurs.
Bissoon Mungroo, président de l’Association des petits et moyens hôtels, met également en garde contre les conséquences de la taxe sur la compétitivité de Maurice, soutenant que le secteur est déjà suffisamment en déclin. Selon lui, les réservations des touropérateurs se font principalement entre septembre et février/mars. «Nous avons déjà des réservations pour les mois à venir comme novembre et décembre.» Il ajoute que cette taxe pourrait inquiéter les touristes qui voudraient venir à Maurice et impacter l’ensemble du secteur touristique, y compris les hôtels, les taxis, les restaurants, les commerces et les compagnies aériennes. Les familles avec enfants ou les touristes venant en groupe pourraient être particulièrement sensibles à cette augmentation, qui pourrait influencer leur choix de destination.
Les acteurs du secteur insistent sur le fait que si la taxation touristique est une pratique courante à l’international, son application doit être adaptée au contexte local, tenant en compte la diversité des établissements et de leur capacité à absorber ou répercuter cette charge, afin de ne pas nuire à la compétitivité de l’île et à l’attractivité de sa destination touristique.
Ramesh Jeenarain, Chief Sales & Marketing Officer de Sunlife, apporte un autre point de vue. «Avec l’introduction de cette taxe touristique de 3 euros par nuit et par visiteur, nous reconnaissons son rôle dans le soutien aux objectifs de durabilité de l’île et l’amélioration de l’expérience globale des visiteurs. Cette mesure comporte de nouveaux défis, mais elle souligne également l’importance de préserver le charme unique et la beauté naturelle de notre destination pour les générations futures. Chez Sunlife Resorts, nous restons déterminés à offrir une valeur exceptionnelle et à créer des expériences mémorables pour nos clients.»
Pour sa part, Jocelyn Kwok, Chief Executive Officer de l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice, a déclaré le 6 juin : «Bien entendu, le secteur sera affecté par l’ensemble des mesures annoncées sur les taxes et autres frais, ainsi que l’enlèvement de certaines facilités octroyées afin de favoriser l’investissement. Nous allons devoir les examiner dans leurs moindres détails afin de bien mesurer leur impact final. Nous resterons vigilants sur la mise en oeuvre de la nouvelle Tourism Levy ; il ne faudrait pas que cette taxe vienne encore encourager le secteur informel d’une part, et pénaliser davantage les opérateurs formels qui, de plus, s’acquittent déjà d’un Environmental Protection Fee historique et, pour les plus gros, d’une Corporate Climate Responsibility Levy depuis l’année dernière.»
Il attend désormais les modalités exactes de mise en oeuvre avant de se prononcer à nouveau.
Umarfarooq Omarjee, directeur d’Omarjee Aviation, la taxe est faible par rapport à ce qui se pratique à l’étranger : «C’est vrai que cette taxe aura un impact sur le prix pour le touriste venant à Maurice, mais 3 euros pour un touriste européen – notre marché principal – ne représentent pas une différence significative. Si l’on compare, par exemple, avec d’autres pays en Europe ou même au Moyen- Orient, la taxe touristique y est beaucoup plus élevée. Bien sûr, cette taxe pourrait avoir un impact pour les touristes venant d’autres régions, mais pour nos marchés principaux, l’effet sera limité.»
Quant à l’objectif de cette contribution, il a précisé : «On peut imaginer que cette somme sera utilisée pour le bien-être des touristes, afin qu’ils bénéficient des meilleures conditions lors de leur séjour à Maurice. Ainsi, contribuer à cette taxe, c’est avant tout participer à de meilleures vacances et, à long terme, à un service encore amélioré pour tous.»
Mais qu’en pensent ceux qui choisissent Maurice année après année pour leurs vacances ? Pour Brigitte, une Française qui séjourne presque chaque année sur l’île, la mesure est compréhensible. «Trois euros par nuit, ce n’est pas énorme quand on vient de si loin. Si cet argent sert vraiment à protéger les plages, les lagons et à améliorer les infrastructures, je suis prête à payer», dit-elle. Elle insiste toutefois sur la nécessité de transparence dans l’utilisation des fonds.
Arrivée touristique: Léger recul au premier quadrimestre
Selon Statistics Mauritius, les arrivées touristiques à Maurice ont légèrement diminué de 1,2 % au premier quadrimestre par rapport à la même période en 2024. Le premier trimestre a été particulièrement marqué par une baisse de 5,8 %, avec 326 389 touristes contre 346 562 en 2024. En Europe, les principaux marchés ont enregistré des baisses : France (-2,4 %), Royaume-Uni (-6,2 %), Île soeur (-3,1 %) et Allemagne (-39,2 %). En revanche, le marché sud-africain a progressé de 5,1 % et l’Italie a également connu une hausse significative, passant de 10 162 à 12 376 arrivées. Avril 2025 a connu un rebond historique avec plus de 14 500 touristes supplémentaires par rapport à l’an dernier. Toutefois, au niveau mondial, le dernier Baromètre du tourisme publié par l’ONU en mai 2025 indique que plus de 300 millions de touristes ont voyagé au premier trimestre, soit une hausse de 5 % par rapport à 2024 et de 3 % par rapport à 2019. Ce, malgré les tensions géopolitiques et commerciales.
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